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«Aucun voilier sur le marché ne répondait à mes critères, il fallait donc en créer un»
© Gilles Martin-Raget

Luxe

«Aucun voilier ne répondait à mes critères, il fallait donc en créer un»

Ses Wally Yachts en carbone, aux ponts boisés minimalistes et cabines lumineuses, sont parmi les plus beaux de la Méditerranée. Rencontre avec Luca Bassani Antivari, créateur d’une nouvelle manière de fendre les flots

On les reconnaît à leur pont lisse, entièrement recouvert de bois précieux, sur lequel rien ou presque n’entrave la caresse des pieds nus. Une essence de bois clair, couplée à une coque en carbone, couleur argent, anthracite ou noir, dans laquelle des cabines contemporaines baignent dans la lumière naturelle et s’ouvrent sur le grand bleu, grâce à de larges percements à peine visibles de l’extérieur. Plus simples à piloter, plus sûrs et plus rapides, les voiliers Wally ont le pouvoir de faire cohabiter les adeptes de régates avec ceux du bronzage intégral sur d’épais matelas blancs ou taupe. Sans doute parce qu’au fond, leur style est celui, très personnel, d’un homme de goût, qui s’est mis en quête de splendeur et de performance pour naviguer en famille.

Lire aussi:  Naviguer sans contrainte grâce à la location de voiliers

Né d’une mère tessinoise et d’un père milanais, Luca Bassani Antivari a grandi à Milan, mais passait tous les étés à Portofino, sur la mer ou sur le port, initié à la voile et tout ce qui se trame autour par son père. Si bien qu’à 33 ans, lorsqu’il décide de vendre l’entreprise familiale BTicino, spécialisée dans les composants électriques, après y avoir travaillé dix ans, il souhaite prendre le large, avec son épouse et ses enfants en bas âge, et imagine pour eux un voilier idéal, simple, rapide et chic, sans savoir à l’époque que cette vision inédite de la plaisance allait inaugurer un business.

Une innovation récompensée 

Du speed boat Wallyone, plus petit modèle amarré dans les ports liguriens, au voilier «Esense» de 43 mètres, l’un des plus beaux coureurs des mers qui sillonnent la Méditerranée, les bateaux Wally poussent l’élégance, la puissance et le confort bien plus loin que la plupart des fabricants n’osent s’aventurer. Sans l’opulence des grands yachts aux coussins imprimés léopard, puisque le luxe de sa flotte se révèle dans la pureté des lignes et le minimalisme du design intérieur. Un style récompensé deux fois (en 2004 et en 2008) par le Compasso d’Oro (compas d’or), prix décerné aux designers du monde les plus innovants. Autre force: Wally est la seule marque de yachts à même de produire des bateaux à voile ou à moteur ayant la même âme, alors que ces deux produits sont radicalement opposés dans l’univers nautique, tant au niveau de leur style que de leur public cible.

Sa flotte compte donc une cinquantaine de voiliers et près de 150 bateaux à moteur. Des plus futuristes, tels que le 118 Wallypower, piloté par Ewan McGregor dans le film The Island, aux plus extravagants, à l’image du «WHY», né en collaboration avec Hermès: une sorte d’île flottante conçue pour 12 passagers et 20 membres d’équipage, avec 3400 m² de surface habitable face à d’immenses baies vitrées, une piscine de 25 mètres, une plateforme pour hélicoptère et 900 m² de panneaux solaires pour réduire la consommation de carburant, qui n’a pas encore trouvé d’acquéreur.

 
Qu’est-ce qui vous a poussé à dessiner des bateaux de luxe?


En 1989, après la vente de l’entreprise de composants électriques BTicino de mon père pour laquelle j’avais travaillé dix ans, j’étais dans une période de transition, avec beaucoup d’argent et de temps libre. J’avais 33 ans, une épouse et deux bébés. Je me suis donc mis en quête du bateau de mes rêves. Un vaisseau sur lequel nous pourrions naviguer en famille, partout en Méditerranée. Je cherchais un bateau confortable, sûr et rapide, aussi bien pour les régates que la navigation de plaisance. J’avais notamment en tête un mat en carbone pour plus de légèreté, un deck libéré de tout élément dangereux pour les enfants qui marchent à peine et une grande cabine à l’avant. Puisque aucun voilier sur le marché ne répondait à ces critères, il fallait en créer un. Connaissant beaucoup de monde dans l’industrie navale, j’ai rassemblé les meilleures idées et technologies dont j’avais eu vent. 

Le nom de votre premier voilier, dont la première partie allait devenir celui de la marque, provient d’un personnage de dessin animé des années 1960...

Oui, cela prouve que nous n’avions aucune intention d’en faire un business. Nous cherchions un nom amical, rassurant, qui rende ce long bateau de 25,3 mètres, que nous avions souhaité vert foncé, moins intimidant aux yeux de nos tout jeunes fils. Wallygator est un crocodile avec un chapeau violet qui veut s’échapper du zoo. Je regardais ce dessin animé dans mon enfance. Ma femme aussi.

Concrètement, en quoi le voilier Wallygator sortait du lot?

Dans le milieu, on faisait soit des voiliers de régate, soit de plaisance, d’où la peur des architectes de nous suivre, car c’était une vraie révolution. En termes de lignes, c’était quelque chose de contemporain et épuré, avant-gardiste pour les années 1990. Toute la technique est dissimulée dans la coque, ce qui permet un pont lisse et épuré. Les grandes ouvertures vitrées assuraient des cabines lumineuses, au design inspiré des intérieurs de yacht. En utilisant du carbone, on pouvait avoir un bateau plus léger, et donc un plan de voilure réduit. En bref, des bateaux beaucoup plus simples. J’ai passé deux ans à naviguer et à participer à des régates. Les gens étaient stupéfaits de voir un voilier de croisière, avec l’air climatisé en cabine et un deck en teck aller aussi vite que leur bateau de course. Pour promouvoir cette nouvelle génération, j’ai créé Wally Yacht en 1994. Aujourd’hui, nous sommes copiés sur tous les marchés. On ne peut rien y faire, alors on prend cela comme une belle légitimité de ce que nous avons osé inventer.

Puisez-vous votre inspiration en scrutant la mer?

Pas forcément, même s’il est vrai que nos bureaux sont situés à Monaco avec vue sur la baie de Monte-Carlo et que cela est plus stimulant que le brouillard milanais. Mais les inspirations artistiques sont partout. Je suis Italien, et quand vous vivez en Italie, tout est exceptionnel, l’architecture, les paysages. C’est une question de goût. Le goût d’aujourd’hui pour les lignes contemporaines est le résultat de milliers d’années d’évolution de la recherche du beau dans notre pays.

Qui sont vos clients?

Notre clientèle est Européenne, en majorité Allemande, très friande d'innovations technologiques et de design italien. Nous avons toujours eu des clients ayant beaucoup de succès dans leur vie et qui mènent des carrières innovantes. Ils ont aussi en commun d’être des preneurs de risques, plutôt enclins à définir une nouvelle mode plutôt que de suivre les tendances. Encore aujourd’hui, acheter un Wally est hors-norme. Dire au cours d’un dîner qu’on a acheté un Wally, ne fait pas autant d’effet qu’un Swan, par exemple. En revanche, cela contribue au sentiment de faire partie d'une petite communauté. Les propriétaires se côtoient notamment lors des Wally Class, des régates que nous organisons en Méditerranée.

Vous entretenez avec eux un rapport étroit dans la genèse de leur navire...

Le client est engagé dans un processus de création très stimulant, qui va durer au moins deux ans. Il a souvent en tête une longueur, mais tout le reste naît de nos échanges sur leurs idées et envies, d’où l’importance de bien connaître le client. Je dois comprendre ce qu’il veut, mais aussi ce qu’il peut vraiment faire avec son bateau. Souvent, il demande un bateau très bon pour la Méditerranée mais aussi pour faire le tour du monde. Sauf qu’après avoir partagé un long dîner, je me rends compte qu’il est bien trop occupé dans sa vie professionnelle pour pouvoir faire le tour du monde. Dans ce cas, j’essaie de le convaincre que cela sera peut-être le cas de son prochain bateau.

Avez-vous encore l’occasion de naviguer en famille?

Pas vraiment. Nous avons d’autres priorités avec ma nouvelle épouse, l’avocate milanaise Daniela Missaglia. Je navigue désormais sur les bateaux de mes clients lors des quatre régates organisées par année à Mayorque, Porto-Cervo et Saint-Tropez. A l’époque, j’adorais longer les côtes de la Corse et de la Sardaigne, très préservées. Quand je fais des croisières, je ne m’arrête jamais dans les ports. Je mouille dans les baies pour être coupé du monde.

Vos clients ont-ils une forme de culpabilité de l’achat?

Souvent, oui, parce qu’un bateau est l’une des choses les moins utiles que l’on puisse acheter. Les avions privés sont justifiés par la vie professionnelle, pas le bateau. Jusqu’au début des années 2000, ce genre d’investissement était par exemple peu aimé des femmes, qui préféraient une villa ou une maison. Nos clients avaient donc une double culpabilité: celle économique, pour un entrepreneur, et une autre vis-à-vis de leur épouse! Les choses ont bien changé. Le marché immobilier est tel qu’on ne trouve plus de propriétés pieds dans l’eau, alors ceux qui ont les moyens d’avoir un bateau comparable y voient un intérêt. Ils ont ainsi toujours les pieds dans l’eau, que ce soit à Saint-Tropez, en Sardaigne ou en Grèce.

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