Colons du vin suisse

Augusto Magallanes, vigneron du Pérou au Paradou

Originaire de la région viticole d’Ica, Augusto Magallanes a commencé par étudier l’économie avant de s’installer à Nax en 1994. Il y a pris racine

Tout autour, une forêt de pins et de mélèzes. Au bout de la petite route sinueuse, on aperçoit les murs de la Cave du Paradou, nid d’aigle isolé qui domine le Valais central. Un drôle d’endroit pour faire du vin: on est à 1000 mètres d’altitude, les vignes sont absentes. Sur le perron de pierre, Augusto Magallanes accueille le visiteur de passage avec chaleur et retenue: «Soyez le bienvenu.»

A Nax, sur la rive droite de la Borgne, Augusto est chez lui. Péruvien originaire de la région viticole d’Ica, il est arrivé en Suisse en 1989. Installé dans son carnotzet truffé de récompenses vinicoles, il évoque son changement de vie sans nostalgie. «Au Pérou, la situation était difficile. J’avais fait des études d’économie à Lima, il était difficile de trouver du travail. A cette époque, le Sentier lumineux faisait régner la terreur. J’ai décidé de partir.»

Ce sera la Suisse. Un hasard de circonstance. «C’était facile de ­venir ici, il n’y avait même pas besoin de visa. Je m’étais inscrit à HEC Lausanne, cela suffisait pour obtenir une autorisation de séjour. Je m’étais également renseigné pour aller aux Etats-Unis et en France. C’était beaucoup plus compliqué. J’ai fini par renoncer.»

A son arrivé à Fribourg, où il a appris le français, puis à Lausanne, Augusto ignore que la Suisse produit du vin sur 15 000 hectares, soit presque la même surface qu’au Pérou. «Le vignoble d’Ica fait partie des plus anciens d’Amérique. J’ai toujours bu du vin, mais je ne connaissais rien à la viticulture. J’ai tout appris en Suisse.»

Augusto a toujours ressenti l’appel de la terre, comme ses ­parents, petits cultivateurs de café, de cacao, de bananes et d’oranges dans la région amazonienne. Après deux ans, il abandonne HEC. «Ce n’était pas pour moi.» Il envisage d’abord de faire des études d’agronomie avant de changer d’avis suite à sa rencontre avec Jean-Laurent Spring, son actuel associé. «Nous nous sommes connus grâce à des amis communs. Il m’a proposé de travailler au domaine qu’il voulait créer à Nax. Pour cela, il fallait que je suive une formation en œnologie. Je n’ai pas hésité longtemps.»

En 1994, Augusto commence sa formation à l’école spécialisée de Changins. La même année, les deux associés créent la Cave du Paradou – du nom d’un massif provençal qui ressemble au rocher de Nax. Au début, ils ne possédaient que quelques parchets de vigne. Vingt ans plus tard, ils règnent sur 5 hectares disséminés entre les communes de Mont-Noble, Ayent, Flanthey et Chermignon. L’œnologue péruvien s’occupe du domaine à plein-temps. Jean-Laurent Spring, chef du groupe de recherche viticulture à l’Agroscope Changins-Wädenswil, apporte son expertise en appoint.

Augusto a très vite trouvé ses marques. Avec le fendant, le pinot noir et le gamay, les premiers cépages qu’il a vinifiés, mais aussi avec les Naxards, surpris de voir un Péruvien débarquer sur leurs terres. «J’ai tout de suite cherché à m’intégrer en participant à la vie locale, souligne-t-il. Je n’ai jamais senti de réserves à mon égard. Les gens sont directs, ils disent les choses. J’aime ça. Je me sens bien ici.»

Sous l’impulsion de Jean-Laurent Spring, qui fait partie des pères de divico, premier cépage multirésistant, la Cave du Paradou multiplie les expériences viticoles. Le domaine recense pas moins de trente variétés différentes. Plusieurs ont été développées par la station de Changins comme le diolinoir, le gamaret ou le doral. Il y a des spécialités valaisannes, bien sûr, comme l’arvine et l’humagne rouge. Ou encore de grands cépages internationaux comme le viognier, le chardonnay, le savagnin blanc (païen), le merlot ou la syrah.

Dans ce foisonnement, plusieurs très jolis vins, dont un humagne rouge au fruit éclatant et un païen issu de vignes situées à 900 mètres d’altitude, un des vignobles les plus élevés d’Europe. Sans oublier une référence aux origines d’Augusto: un sylvaner (johannisberg) baptisé païtiti, ce qui signifie «paradis retrouvé» en langue quechua. «C’était autrefois un cépage très répandu dans les vignobles de Nax et de Vernamiège, c’est une façon de lui rendre hommage», explique le vigneron, incollable sur l’histoire du lieu.

Le Naxard d’adoption a gardé des liens étroits avec le Pérou. Chaque fois qu’il traverse l’Atlantique pour rendre visite à ses ­parents et à sa famille, il emmène quelques bouteilles, témoins de son savoir-faire. Il choisit notamment du muscat et du gewurztraminer, deux blancs secs et aromatiques. «Ils accompagnent très bien le plat national, le ceviche, souligne-t-il. Le succès est assuré.»

«J’ai toujours bu du vin, mais je ne connaissais rien à la viticulture.J’ai tout apprisen Suisse»

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