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Quel avenir pour l’open space?

Aménager les espaces de travail répond à des contraintes, parfois contradictoires, comme le besoin de pouvoir communiquer et celui de s’isoler. Des projets naissent, qui offrent une grande liberté aux employés et suivent une éthique de développement durable

Si vous savez quel film votre voisine de bureau a été voir hier soir, à quelle heure votre collègue prend sa pause-café (noir avec deux aspartames) et le nom de la personne qu’il tente désespérément de joindre par téléphone pour boucler son dossier, vous voilà démasqué: comme des millions d’autres cols bleus, vous travaillez sans doute dans un bureau en open space. La bonne nouvelle, c’est que les nuisances corrélatives à ce type d’aménagement de l’espace de travail sont aujourd’hui largement reconnues et documentées, si bien que les modèles architecturaux évoluent vers des configurations plus vivables. Le spectre de la grande salle dans laquelle les bureaux s’alignent en rang d’oignons s’éloigne à mesure que les limites de ce modèle – en termes de bien-être et d’efficacité des collaborateurs – sont démontrées. En témoigne une récente étude menée par la Haute Ecole des sciences et des arts appliqués de Lucerne, The swiss office survey, qui a comparé les conditions de travail des employés suisses en open space avec celles des employés en bureau individuel.

Le résultat est éloquent. Les conditions de travail se dégradent significativement à mesure que le nombre de personnes dans le bureau augmente. Les nuisances sonores, les multiples interruptions, les conversations subies sont un facteur majeur de déconcentration, de perte de temps et de stress ressenti. La qualité de l’air ambiant est également directement liée à l’espace et se dégrade nettement dans les open spaces. Par voie de conséquence, l’environnement de travail semble avoir un impact direct sur l’absentéisme. Dans les bureaux privés, 50% des personnes interrogées n’ont pas dû s’absenter pour cause de maladie au cours des six derniers mois. Dans les espaces où travaillent plus de 16 personnes, cette proportion chute à 30%.

Faut-il pour autant en revenir à l’isolement et fragmenter l’espace en autant de cellules? Les effets sur l’environnement – on ne peut pas construire toujours davantage à mesure que le nombre d’employés augmente – et sur l’organisation du travail – puisque l’on se rend aujourd’hui dans une entreprise avant tout pour communiquer et échanger des idées – semblent indiquer que l’on ne peut pas revenir en arrière.

A l’invitation du fabricant suisse de mobilier Vitra, six leaders issus du monde de l’architecture, de la recherche et de l’industrie se sont réunis à Weil am Rhein en septembre dernier pour débattre du futur de l’aménagement des espaces de travail. Le professeur Holder Hagge, à la tête des infrastructures de Deutsche Bank, a entamé en 2007 la rénovation des immeubles du siège à Francfort. Ces buildings sont aujourd’hui considérés parmi les plus écologiques au monde. «Nous avons constaté que seulement 50 à 60% de nos places de travail parmi les 70 000 que nous comptons à travers le monde étaient utilisées chaque jour, d’où une déperdition d’espace et d’énergie phénoménale, explique-t-il. Nous avons fait une distinction entre les collaborateurs super-mobiles (ceux qui passent moins de deux jours au travail par semaine), les mobiles et les résidents, ce qui nous a été utile pour différencier les différents besoins des employés. L’époque où l’on a une photo de sa grand-mère et de son équipe de foot préférée derrière son bureau est pour ainsi dire révolue.»

L’idée vers laquelle convergent la plupart des spécialistes aujourd’hui est la flexibilité des espaces et la mobilité des employés qui, en fonction de leur type d’activité, peuvent naviguer entre ces différents lieux au cours de la journée. «En tant qu’architectes, nous devons employer tous nos efforts à créer des environnements de travail qui offrent de petits îlots d’intimité dans un environnement à échelle humaine», explique Sevil Peach, la directrice du bureau Architecture + Design à Londres, qui a travaillé à l’aménagement de nombreuses grandes entreprises. Selon elle, «il est essentiel de respecter la possibilité pour chacun de se retirer, d’être en privé, et de personnaliser son rapport à l’espace. Nous devons créer un lieu qui offre des choix, un lieu qui reflète le fait que nous fonctionnons de manière plurielle tout au long de la journée, et qui permette aux utilisateurs d’avoir la liberté de choisir l’espace et les outils qui conviennent le mieux à leur personnalité, leur humeur, et au type de travail qu’ils sont en train d’entreprendre. Il est également important, avec l’usage d’espaces communs, d’avoir une sorte de protocole, de code de conduite. Dans la gestion de ces lieux, le comportement est essentiel: on doit savoir signaler, détecter et respecter les besoins d’intimité et de solitude, lorsque quelqu’un a besoin de se concentrer par exemple.»

Le gain d’espace peut ainsi être réinvesti dans les pièces communes ou semi-publiques, des espaces de repos, de restauration ou de prière dans les pays musulmans. Pour Martin Wagen, le fondateur et manager de Spectraseis à Zurich, une jeune entreprise de pointe dans le domaine des ressources d’énergie, l’aménagement de son bureau a été une phase essentielle: «Durant les cinq dernières années, nous avons réussi à recruter des scientifiques extrêmement performants dans leur domaine. Leur offrir un environnement de travail agréable et efficace était évidemment essentiel. Nous avons opté pour un open space avec des stations de travail non territoriales et des espaces de discussion autour de sofas. Cela a créé une véritable culture d’entreprise et nous a permis de vraiment bien communiquer. Pour des gens qui passent une dizaine d’heures par jour au travail, je pense qu’économiser sur les infrastructures est marginal par rapport à la dépense que représentent les salaires. En revanche, investir dans cet environnement représente un gain inestimable dans le plaisir que prennent les employés à venir au travail.»

Les nuisances sonores, les multiples interruptions, les conversations subies sont un facteur majeur de déconcentration

«Nous devons créer un lieu qui reflète le fait que nous fonctionnons de manière plurielle tout au long de la journée»

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