«L’être humain est ainsi fait: il ne prend véritablement conscience de la valeur des choses que lorsqu’il en est privé. Que de privations vivons-nous depuis presque un an! Impossible de passer à côté des injonctions liées aux gestes barrières et de la première de toutes, l’interdiction de se toucher. Avez-vous remarqué comme cette consigne était difficile à respecter, comme elle n’était pas naturelle? Enfants déjà, combien de fois avons-nous entendu: «Ne touche pas!» sans y parvenir? Les adultes que nous sommes devenus souffrent aussi de ne pouvoir appréhender le monde avec nos mains qui vont spontanément à la recherche de l’autre, à la recherche d’un objet, d’un vêtement, d’une fleur…

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Par l’obligation de réfréner ces gestes, de les retenir, nous prenons conscience de leur place, de leur nécessité car tout ce qui fait notre humanité réside justement dans ce lien. Ne dit-on pas: «Cela me touche» lorsque l’on veut exprimer une émotion que les mots peinent à définir? Car c’est bien cela qui crée un vide, un manque, dans nos vies covidiennes: la manifestation de l’amour, de la tendresse, par le toucher. Ce lien direct entre notre cœur et nos mains dans un élan vers l’autre. Cette pandémie interdit toute manifestation tactile de la tendresse. Et pourtant, paradoxe s’il en est, nous aurions tant besoin de ce toucher bienveillant, affectueux, de ce réconfort, qui nous montre que nous sommes importants, les uns pour les autres, pour contrecarrer nos peurs.

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Si le toucher est la voie royale vers les émotions, nous pouvons inventer et mettre l’accent sur d’autres façons de nous reconnecter à l’autre. Nos autres sens deviennent plus en alerte, plus vifs. Nos masques mettent l’accent sur nos yeux, nos regards, peuvent dire notre affection, notre compassion lorsqu’ils se font plus profonds. Là où le geste était aisé, faisons l’effort des mots, vrais et sincères qui deviennent nos meilleurs messagers pour nous toucher. Même si le toucher est mis entre parenthèses, la tendresse trouvera toujours sa voie.»


Céline Rivière, «La Câlinothérapie – Une prescription pour le bonheur», Ed. Michalon.