La tendance s’est esquissée timidement. Par petites touches discrètes. Ici, un bracelet rose ou une lunette rouge, là un cadran bleu. Il y a encore cinq ans, rares étaient les modèles à oser la couleur. Hormis quelques garde-temps conçus pour les sportifs ou les poignets féminins, les grandes maisons d’horlogerie se contentaient généralement de designs achromatiques.

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Cadran blanc classique ou en version noire chic, les basiques étaient de bon ton. Ils le sont toujours mais, dans l’histoire horlogère contemporaine, là où la couleur relevait de l’exception, elle se décline aujourd’hui à profusion dans la plupart des collections. Après une déferlante de bleu, la palette chromatique s’enrichit et se déploie en mille nuances sur les créations des maisons réputées pour leur attachement aux traditions horlogères.

Au tournant des seventies, Audemars Piguet a été l’une des premières manufactures à mettre de la couleur dans ses montres en offrant un cadran bleu à la Royal Oak, dès sa naissance en 1972. Après de multiples variations colorées observées sur cette collection puis sur la Royal Oak Offshore, c’est aujourd’hui au tour de la collection Code 11.59 de se teinter de nouvelles audaces chromatiques. En version chronographe ou automatique à trois aiguilles avec date, son cadran soleillé flirte avec la lumière de ses nuances fumées en dégradés de rouge bordeaux, de bleu profond ou de violet. Pour une touche de couleur supplémentaire, chaque modèle est prolongé par un bracelet en cuir au coloris assorti.

Rajeunir

Chez Patek Philippe, c’est aussi la teinte azur qui a ouvert le bal dans les années 1970 avec l’arrivée de la Nautilus et son emblématique cadran texturé bleu. Depuis, la marque s’est peu aventurée sur le terrain de la couleur. Dans ses collections où dominent le blanc et le noir, le bleu s’est peu à peu imposé comme l’une des trois nuances incontournables. Dans la collection féminine Twenty-4, il partage l’affiche avec le brun chocolat et le vert olive qui se marient respectivement avec l’or rose et l’acier. Là aussi, le cadran affiche une finition soleillée, histoire de jouer avec les reflets de la lumière.

Mêmes finitions soleillées sur le cadran de la Datejust 31 que Rolex habille d’un vert menthe rafraîchissant ou d’une lumineuse teinte aubergine. Manière originale de rajeunir ce modèle lancé en 1945 par la marque à la couronne qui le décrit comme «l’archétype de la montre classique, tant par son esthétique indémodable que par ses fonctionnalités». Celle qui fut la première montre-bracelet chronomètre, automatique et étanche à afficher la date dans un guichet à 3h a toute la légitimité nécessaire pour s’autoriser cette touche d’impertinence.

Car finalement, les classiques sont peut-être les mieux placés pour s’essayer à la fantaisie des couleurs sans risquer le faux pas. A la veille du 90e anniversaire de la Reverso, Jaeger-LeCoultre réinterprète d’ailleurs ce modèle culte dans une édition limitée Reverso Tribute Duoface Fagliano. L’un des deux cadrans de cette montre réversible se teinte de bordeaux laqué soleillé. Original? «Avant même que la montre ne souffle sa première bougie, des cadrans colorés sont apparus», communique la manufacture. Nous étions en 1921, à l’aube des fantastiques années folles. Ici, on parlera donc plutôt d’un retour aux sources.

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