Immobilier

Bain de pierres en Valais

En plein cœur d’Ollon dans le Valais central, une ancienne grange écurie a été aménagée en loft pour une amatrice de patrimoine bâti par les architectes sédunois Savioz Fabrizzi

Redonner vie à d’anciens bâtiments agricoles en faisant fusionner leur cachet et de nouvelles vibrations contemporaines n’est pas du goût de tous les architectes. Les contraintes de ces bâtiments en bois et pierres construits dans la tradition suisse et plusieurs fois centenaires sont nombreuses. Après la vague des transformations de fermes en logements dans les plaines, le temps est aux réaffectations de granges, mayens ou greniers d’altitude en résidences principales ou secondaires. Autant de petites bâtisses qui expriment un rapport authentique à la montagne d’antan. Celle qui a toujours été là. Bien avant l’arrivée des néo-chalets en bois usé récupéré sur de vieilles constructions d’Europe de l’Est.

«Composer avec des contraintes fortes»

«Ces biens patrimoniaux sont la plupart du temps très modestes en termes de matériaux de construction et de gabarit. Ils représentent donc un défi particulier. Parfois il est possible de les agrandir, parfois il faut imaginer un projet dans le volume existant. Devoir composer avec des contraintes fortes dès le départ d’un projet est un défi que nous aimons justement relever», analyse Laurent Savioz, architecte du bureau Savioz Fabrizzi, basé à Sion, qui a déjà réalisé une vingtaine de rénovations de ce genre.

Selon lui, le durcissement important en termes de transformations hors zones à bâtir risque de pénaliser les amateurs de mayens. Dans les zones à construire des communes valaisannes, en revanche, un inventaire est en cours pour répertorier les bâtiments dignes d’intérêt. «S’il n’est plus possible de les utiliser pour l’agriculture, un changement d’affectation, notamment pour des résidences secondaires, sera possible. Cette piste peut être un futur potentiel de développement, suivi de près par les communes, et donc judicieux pour la préservation du patrimoine», note le spécialiste.

Une ancienne grange en moellons 

L’un des derniers projets en date concerne une ancienne grange en moellons située au centre du village d’Ollon, densément bâti, près de Crans-Montana. Construite dans une pente, entre deux bâtisses agricoles et des habitations, elle accueillait une écurie au rez inférieur et un espace de stockage avec tout un côté partiellement ouvert par des lames ajourées pour permettre la ventilation du foin.

Achetée par une amatrice de vieilles pierres qui souhaitait y faire son logement, elle devait répondre au programme très simple d’une partie séjour et cuisine, d’une chambre à coucher, d’une deuxième pièce flexible bureau-chambre d’ami, de deux sanitaires, d’un local technique et d’une cave sur 84 m2. Les architectes ont privilégié une organisation de type loft pour mettre en valeur le volume de la grange. La partie séjour est répartie à l’entrée, à l’ouest, la cuisine et les sanitaires forment un îlot central, sorte de boîte de service, qui sert d’écran pour séparer l’espace arrière du volume consacré à la chambre principale.

Claustras avec lames de mélèze

«Le plancher originel de la grange était en pente pour profiter de la relation au terrain et maximiser le stockage, avec jusqu’à 70 centimètres de différence. Nous avons reconstruit une dalle horizontale en reprenant les deux anciens niveaux reliés par quelques marches», détaille l’architecte, qui a confié la direction du projet à Barbora Pisanova. Dans l’ancienne écurie, la deuxième pièce reliée à un sanitaire se trouve à l’avant d’un local technique et d’une cave.

La structure originelle a pu être conservée, à l’exception de la partie ouest, qui a été refaite en raison de gros problèmes de tassement et de fissuration liée à la qualité médiocre du terrain. Ce côté bénéficie du coup d’une grande ouverture pour privilégier le dégagement sur la plaine du Rhône et l’ensoleillement. Les autres façades étant proches des édifices voisins, les architectes ont misé sur des systèmes de claustras avec des lames de mélèze recouvrant les fenêtres existantes. Une manière de créer de l’intimité tout en préservant l’histoire de la grange et l’image originelle de ce type de biens agricoles pensés pour maintenir une ventilation correcte.

Clarté et sobriété

Une dalle de béton apparent teintée en noir s’étend sur tout le rez. Les parois, le plafond, la cuisine et toutes les autres boiseries sont revêtus de panneaux en sapin lasuré en noir. «Le loft étant très lumineux grâce à ses ouvertures sur trois côtés, on trouvait intéressant de miser sur une teinte soutenue qui calme l’éclairage naturel. Cette unité de matériaux béton-bois assure de plus une lecture claire et sobre qui est en quelque sorte notre marque de fabrique. Dans ce type de projet, on cherche à exprimer le volume plutôt que les détails, pour une meilleure perception de l’espace à disposition», poursuit Laurent Savioz.

Point fort du projet, une baignoire rectangulaire est creusée dans la dalle en béton de la chambre à coucher. Puisque la grange est le logement d’une personne, ce choix atypique tire la détente au cœur du paysage et du volume plutôt que dans une salle de bains fermée.


Jardins suspendus

Au cœur du quartier industriel de la gare de Sion qui représente la ville du XXIe siècle (campus de l’EPFL Energypolis, future HES-SO Valais, logements, bureaux et commerces en cours de planification, future liaison téléphérique Sion-Veysonnaz et aménagement paysager des rives du Rhône), les architectes ont acquis un ancien jardin privé pour y construire un bâtiment multifonctionnel.

Le projet propose quatre niveaux formés par de grandes dalles qui se prolongent en coursives. Le rez-de-chaussée est occupé par un atelier d’informatique. Au premier, un laboratoire de recherche (extension du campus de l’EPFL) est en cours d’aménagement. Les deuxième et troisième étages abritent respectivement un cabinet médical et le bureau des architectes.

Sur trois faces, les coursives permettent une protection solaire en été. Elles sont habillées de végétation en pots dessinés par les architectes et édités par Eternit qui forment un filtre entre les espaces de travail et les dépôts environnants. A l’est, ces coursives s’élargissent pour devenir des balcons accessibles. Cerisiers et graminées balancés par le vent tirent aussi un lien vers l’histoire du potager-verger de Jean-Luc, l’ancien propriétaire, à qui le nom du projet, «le Jardin de Jean-Luc», rend aussi hommage.

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