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Collection Watercolour du studio Nendo, Japon.
© Akihiro Yoshida

Design

A Bâle, le design, c’est aussi de l’art

Entre mobilier aquarellé et raretés vintage, le 13e salon Design Miami/Basel a ouvert ses portes en parallèle à Art Basel. Du très haut de gamme

Chaque mois de juin depuis treize ans, Design Miami/ déménage de la côte Ouest des Etats-Unis pour les bords du Rhin. Le climat n’est pas exactement le même, mais le but reste identique: proposer aux collectionneurs d’art contemporain de quoi meubler leurs intérieurs.

A Design Miami/Basel, il n’y a donc que de la pièce rare destinée à un public habitué à n’exiger que du très haut de gamme. Même si ce sont souvent les mêmes figures historiques qui circulent – Prouvé, Perriand, Mouille, Royère –, le challenge est d’exposer l’objet qui fera la différence. Ce qui fait passablement courir les galeristes après une marchandise de plus en plus difficile à trouver. Et qui explique que lorsque l’on tombe sur une table «tropicale» de Jean Prouvé, elle vaut facilement plus de 200 000 euros. Celle au plateau en alu jaune exposée par la galerie Downtown de François Laffanour avait été fabriquée spécialement pour l’Afrique. Il en reste peut-être encore cinq dans le monde. «De la même manière, si on veut exposer une bibliothèque Nuage de Charlotte Perriand, il faut qu’elle soit vraiment exceptionnelle», continue Hélin Serre, directeur de la galerie parisienne, qui présente une étagère de la designer française à une taille inhabituelle, posée sur un bahut. «Il s’agit d’une commande spéciale d’un professeur de la Sorbonne de 1951. Pour trouver ces objets, il faut se plonger dans les archives, retrouver les acheteurs, dont les héritiers ont souvent conservé ces meubles.» Et puis arrive le plus compliqué: les convaincre de s’en séparer. «On met parfois quinze ans pour y arriver.»

Le stand d’Ivan Mietton n’est pas immense. Le Parisien n’est pas marchand, mais expert et collectionneur de l’œuvre d’Ettore Sottsass. Il a intitulé son exposition Una piccola stanza, petite chambre intégralement meublée avec des pièces de 1965 du designer milanais. On connaît bien le Sottsass fondateur du groupe Memphis en 1980, moins le Sottsass d’avant cette orgie de mobilier en couleur nourrie à la pop culture. «Le vocabulaire qu’il utilisera tout au long de sa carrière est déjà établi: l’emploi des formes géométriques simples, le soin apporté au travail du bois, à la couleur, l’expérimentation sur les matériaux et une technicité redoutable. Ces objets ont été produits dans les années 60. Ils coûtaient cher aussi bien à la fabrication qu’à la vente. Les riches familles italiennes qui les ont achetés les ont transmis à leurs enfants, qui n’éprouvent pas la nécessité de les vendre.» Ceux qu’Ivan Mietton expose, il les a trouvés il y a des années, «à une époque où ils n’intéressaient qu’une poignée de collectionneurs».

Engouement pour le mobilier du Nord

Comme son nom l’indique, chez Dansk Mobelkunst, on ne vise que les créations scandinaves du XXe siècle. Précis, pur, élégant et inspiré par la nature, le mobilier du Nord profite depuis quelques années d’un énorme engouement. «Une mode sans doute liée au fait que le bois est le matériau principal des designers danois», observe la directrice de l’antenne parisienne du marchand de Copenhague, qui présente la fameuse lampe de cuisine de Poul Henningsen, mais dans sa version en verre de 1929. La suspension est toujours en production, mais est désormais uniquement disponible en version métallique. «C’est un modèle extrêmement rare. C’est le marché qui nous impose de ne présenter que ce genre de première pièce.»

Cela dit, il n’y a pas que du vintage à Design Miami/Basel. Il y a aussi du très ancien – pour la première fois, le salon accueille des antiques gréco-romains – et du très nouveau. La New-Yorkaise Friedman Benda consacre une exposition monographique à Nendo. Dans une boîte à la blancheur virginale, le designer japonais déploie sa Watercolour Collection, ensemble splendide de canapés, étagères et tables qui donne l’impression d’avoir été fabriqué en papier recouvert d’une caresse d’aquarelle bleue. Du mobilier poétique à l’apparence tellement fragile qu’on hésiterait presque à l’utiliser. Tout aussi délicat, mais dans un autre genre, le directeur artistique de Calvin Klein, Raf Simons, est fan d’art contemporain. Chez Dior, il avait dessiné toute une collection à partir des œuvres de Sterling Ruby. Après son départ de la maison parisienne, le styliste flamand poursuit cette association entre la mode et l’art – il vient de lancer un partenariat avec la Fondation Andy Warhol –, mais aussi avec le design. A Bâle, il présente 50 fauteuils Feltri de Gaetano Pesce, produits depuis 1987 par Cassina, mais tapissés avec des patchworks amish matelassés typiquement américains, tous faits main, tous uniques et disponibles en deux tailles. Leurs prix? Ils démarrent aux alentours de 9000 francs suisses.

Un stand «fun»

Le stand le plus fun de la foire est sans doute celui de Suzanne Syz. La designer bijoutière a demandé à Sylvie Fleury de concevoir la scénographie et les écrins de sa nouvelle collection. Pour la première, l’artiste genevoise a repris les éléments d’exposition classiques des vitrines de bijouteries, mais en les agrandissant. «Ce qui révèle non seulement leur aspect sculptural, mais font aussi que le visiteur devient lui-même bijou», explique-t-elle. Un porte-boucles d’oreilles devient ainsi une immense sculpture et les présentoirs coniques sur lesquels s’enfilent d’ordinaire des bagues servent de support aux fameuses boîtes. Les seconds donc, que Sylvie Fleury a moulés en céramique dorée en leur donnant la forme de blob qui rappelle, mais en plus petit, les expansions du sculpteur César. Il y en a d’ailleurs un exemplaire en bronze, exposé un peu plus loin, chez le marchand Demisch Danant, qui sert de pied à une table en verre. Comme quoi, le design, c’est aussi de l’art.


Design Miami/Basel, jusqu’au 17 juin, Messe Basel, basel2018.designmiami.com 

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