Part de marché des voitures électriques (VE) en Suisse fin 2013: 0,06%, soit 3500 unités sur 5,7 millions de voitures en circulation. En 2009, le No 1 helvétique de l’électricité Alpiq estimait pourtant que les autos carburant aux volts seraient 720 000 sur les routes en 2020, soit 15% du parc automobile. Il existe deux manières d’interpréter ce pourcentage lilliputien qui ridiculise tous les futurologues.

La première est optimiste, relève de la méthode Coué: le nombre de VE a doublé sur les routes depuis 2012. Grâce notamment au succès de la Tesla Model S américaine, qui dispose depuis quelques jours d’un second point de vente en Suisse à Genève (après Zurich). La seconde est réaliste: l’électrique ne prend pas. Très loin des envolées lyriques de Carlos Ghosn au début des années 2000, la voiture «verte» n’est pas le nouveau paradigme de la mobilité contemporaine. Au mitan de la première décennie des années 2000, seul parmi ses pairs, le patron du groupe Renault avait fait le pari de l’électrification de l’auto. Cinq milliards d’euros sur la table, et une prévision de 10% de VE sur les routes de France et d’Europe en 2020. Pourtant aujourd’hui, les Renault Zoé et autre véhicules «zéro émission» de la marque au losange que l’on peut croiser se comptent sur les doigts de la main. Que s’est-il passé?

Trois raisons expliquent la désertion des consommateurs.

1. Le prix Compter 7000 à 10 000 francs de plus pour une VE que pour le même modèle à combustion. Pendant longtemps, les fabricants ont cru pouvoir compter sur les Etats pour combler le trou, sous la forme de généreuses primes à l’achat (jusqu’à 7500 francs). Mais depuis la crise de 2008 et la débâcle des finances publiques, ces largesses ont disparu, à de très rares exceptions (Scandinavie, quelques Etats américains).

2. La batterie L’autonomie s’améliore, pourtant on est encore loin du compte. Tesla annonce 300 km pour sa Model-S. C’est pourtant sans appuyer sur le champignon, sans essuie-glace, sans les phares... Autrement dit, sans les consommations d’énergie imprévues, qu’il est recommandé de prévoir. Les VE les plus courants disponibles sur le marché (Renault Zoé, Nissan Leaf, Mitsubishi iMiev) disposent d’une autonomie réaliste de 150 km. Largement suffisant pour un pendulaire, pour faire ses courses, pour la circulation en ville. Mais encore trop peu pour faire sauter le verrou psychologique de la range anxiety (angoisse de l’autonomie.)

3. Le pétrole La décennie 2002-2012 a été marquée par la guerre en Irak et l’irruption d’un brut cher, à plus de 100 dollars le baril. Soudainement, la voiture électrique devenait une alternative. Une aubaine économique potentielle permettant de s’affranchir de la dépendance au pétrole du Moyen-Orient et de sa cohorte de soucis géopolitiques, tout en sauvant le climat par la diminution des émissions de CO2. Mais l’argument ne tient plus. La révolution des gaz et des huiles de schiste a redessiné la carte mondiale des approvisionnements en cinq ans. Plus personne ne parle de quitter le pétrole avant qu’il ne nous quitte, et les Verts s’effondrent dans les élections. Du coup, la VE pourrait bien ne jamais dépasser son statut de gadget pour bobos.

Des motifs d’espérer, toutefois. Tout d’abord, la guerre technologique pour améliorer les batteries, nerf de la guerre, bat son plein. Tesla vient d’annoncer l’ouverture en 2017 dans le Nevada d’une usine à 5 milliards de dollars. La société qui parviendra à maîtriser cette technologie en offrant des performances comparables à celles des voitures à essence sera le Google de demain dans le secteur des transports. Il y a aussi les politiques urbaines, voire étatiques. Oslo, par exemple, permet aux voitures électriques de se garer n’importe où gratuitement, d’emprunter les passages réservés aux bus, etc. Résultat: le marché norvégien de la VE est le plus dynamique d’Europe; une voiture sur cinq dans la capitale norvégienne roule aux électrons. Et puis il y a ceux qui n’ont pas le choix, comme la Chine. Etouffant sous un smog mortel, les métropoles (Pékin, Shanghai, Tianjin, Hangzhou) encouragent toutes la mobilité sans hydrocarbures. Bientôt elles devront probablement même l’imposer.