Les bâtiments de Reiulf Ramstad cultivent une intimité nordique

Architecture Le Norvégien donne aujourd’hui une conférence sur son travail au Pavillon Sicli à Genève

> Son approche sculpturale se fond dans la beauté des paysages scandinaves

Son nom frappe le palais comme un éboulis au fond d’un glacier. Reiulf Ramstad compose avec les paysages grandiloquents de son pays, créant des ouvrages à la mesure de cet environnement naturel indompté marqué par l’ère glaciaire et les accidents géologiques. Côtes escarpées, cascades bouillonnantes et étendues d’eau. L’architecte est, paradoxalement, invité à faire un parallèle entre ses réalisations et la notion d’intimité, l’intitulé du cycle proposé cette année par la Maison de l’architecture. Un concept à facettes, qui selon les organisateurs «lie affectivement un architecte à son projet, de même que chaque habitant à son foyer» et «détermine la transparence, en modulant le dévoilement d’un intérieur selon ce qui veut bien être montré, un rapport à l’extérieur, une ouverture sur le monde».

C’est l’intrication spatiale des bâtiments avec le paysage tout d’abord qui étourdit dans les réalisations du bureau Reiulf Ramstad Architectes (RRA) basé à Oslo. Telle l’intime proximité visuelle entre la coque de bois aux arêtes saillantes de la Community Church de Knarvik sur la côte de Bergen et le site côtier, sauvage et rocailleux dans lequel elle se découpe. Une église aux contours escarpés paraissant taillés à la hache qui jaillit de l’amas rocheux et épouse le dénivelé du terrain. Une réalisation qui a fait le tour de la blogosphère consacrée au bâti et que certains ont même désignée comme «bâtiment de l’année 2014».

«Un lieu est indivisible, explique l’architecte. Il est unique et possède une expressivité qui lui est propre. Par conséquent l’architecture doit toujours reconnaître le caractère inné de l’endroit.»

Entre les fjords, ces ravins creusés par les glaciers dans lesquels s’est engouffrée la mer, les falaises surplombant des vallées fertiles, les habitants doivent composer avec un paysage minéral que les architectes ont appris à apprivoiser. Car comment délimiter un cocon de protection, une sphère privée au cœur d’une nature abrupte? Reiulf Ramstad évoque la relation étroite que tissent des individus entre eux ou l’imbrication d’une personne et de l’espace dans lequel elle vit. «La maison, dit-il, est l’endroit où la plupart des gens expriment leur moi profond. L’intimité spatiale implique d’une certaine manière la fermeture au monde extérieur. Dans mes constructions, surfaces horizontales et verticales conspirent pour créer une atmosphère protectrice, entourant étroitement les habitants.» D’un côté inscrire l’architectonique de l’édifice dans un décor grandiose en lui imprimant un caractère dramatique et de l’autre offrir à l’humain un lieu de vie, lui façonner une zone de confort.

Ses ouvrages reflètent donc une volonté de projection dans l’espace extérieur. Comme la Trollstigen, ce tronçon d’acier et de béton ponctué de belvédères, sur une centaine de kilomètres, parcours touristique traversant un site, auparavant inaccessible, à travers les fjords. Constituée de matériaux qui se patinent avec le temps et intégrant les éléments du paysage environnant, plans d’eau et roche, pour une connexion intense du promeneur avec le décor naturel dans lequel il évolue.

A l’inverse d’une imbrication dans l’espace, l’école maternelle de la congrégation Fagerborg à Oslo, établie au milieu d’un parc public a été conçue comme une carapace de bois qui isole le microcosme enfantin des dangers de la cité. Une intimité protégée au sein d’un ouvrage aux lignes fluides comme une sorte de navire amarré.

Lucie Rihs, historienne de l’art et administratrice de la Maison de l’architecture, explique le choix de l’institution de présenter le travail du bureau norvégien pour illustrer ce thème de l’intimité, dans les pas du designer Erwan Bouroullec ou du bureau LVPH, primé lors de la Distinction romande d’architecture 3 pour ses unités cubiques d’habitation au sein d’un parc. «Reiulf Ramstad a beaucoup réfléchi à l’approche formelle du module. En plus de l’aspect sculptural de ses réalisations en rapport avec l’environnement, ce qui nous intéressait c’était cette vision nordique où la notion d’intériorité est importante: l’atmosphère du lieu, son rapport à la lumière et aussi le lien entre tradition et contemporanéité.» Et soudain l’appel du Nord vous saisit.

Conférence jeudi 19 février à 18h30, Pavillon Sicli, 45, route des Acacias, Genève, www.ma-ge.ch

«L’architecture doit toujours reconnaître le caractère inné de l’endroit»

Comment délimiter un cocon de protection, une sphère privée au cœur d’une nature abrupte?