Un jour, une idée

Le Beau-Rivage, 150 ans de dolce vita

Angelina Jolie et la duchesse de Windsor, Karl Lagerfeld et Donald Sutherland, Yoko Ono et le prince Philip, Kofi Annan, Lambert Wilson, Catherine Deneuve, Jean Cocteau… Sacré casting pour un salon grand comme une pochette de soie. Les voilà pourtant réunis dans le petit Cabinet de curiosités installé au cœur du Beau-Rivage, regroupant souvenirs, photos fanées, autographes et dessins à l’occasion des 150 ans du palace. Un monument de luxe et de volupté qui fait partie de l’identité genevoise aussi sûrement que le Jet d’eau, la longeole ou le Jardin anglais…

Derrière sa façade pâle en pierre de Meillerie, gardienne de secrets d’Etat et d’alcôves, les lieux ont vu naître la Déclaration universelle des droits de l’homme et mourir l’impératrice Elisabeth d’Autriche, arbitrer l’affaire de l’Alabama en 1872 et signer l’acte de naissance de la Tchécoslovaquie… Des salons nommés Masaryk, Windsor, Sarah Bernhardt ou Salon de l’Impératrice, avec leurs bibelots Art nouveau, leurs dorures et leurs marbres, les vitraux d’origine et les 160 angelots potelés qui se cachent dans les moindres recoins. En face, Jet d’eau, clapotis des quais, dolce vita…

Originaire d’un village proche de Stuttgart, la famille Mayer s’exile au début du XVIIe siècle pour changer de vie et se vouer aux métiers de l’accueil. Le Beau-Rivage verra le jour à une époque plutôt troublée, quand Genève, bourgade de quelques dizaines de milliers d’habitants, est embrasée par les luttes ouvrières; James Fazy redessine ses contours en abattant les fortifications. C’est sur l’emplacement de ces anciennes fortifications que sera érigé l’hôtel, en 1865.

A la veille de la création de la Croix-Rouge, la ville voit naître sa vocation d’arbitre des querelles internationales, elle se fait cosmopolite. Le rêve du petit immigré Johann Jakob Mayer? Construire un lieu dévolu au luxe et au rêve, bien avant César Ritz, annonçant l’âge d’or du tourisme, la fascination pour les Alpes et le romantisme.

L’établissement reçoit toute l’aristocratie de la Belle Epoque, voit défiler acteurs et artistes, têtes couronnées, hommes d’Etat et diplomates. En 1925, le maharadjah de Patiala déboule avec 250 malles, dit-on, et autant de petites mains… Seule éclipse, la fermeture, quatre ans durant, de l’hôtel au moment de la Seconde Guerre mondiale, faute de clientèle. Aujourd’hui? Ce bijou est le dernier palace genevois encore en mains familiales. La cinquième génération vient d’accéder à la tête de l’entreprise: Alexandre Nickbarte-Mayer est nommé CEO, alors que les autres membres de la famille sont toujours impliqués dans la gestion et le rayonnement de la «Maison».

Aujourd’hui surtout, on y mange délicieusement grâce à Dominique Gauthier et sa brigade étoilée: une carte ensoleillée et légère, une cuisine à la hauteur du décor, invitant de même à prendre le large. Même voyage dans l’assiette que dans les salons des maharadjahs, même éblouissement, à vous faire croire à la dolce vita…

Un album souvenir paraît à l’occasion de cet anniversaire, mêlant aquarelles et archives, documents historiques et anecdotes; suivront une exposition dans l’hôtel et un programme de festivités variées.

www.beau-rivage.ch