C'est une mode qui a de bonnes «dispositions». Puisque les robes y sont souvent disposées en drapés. Puisque les étoffes s'y retrouvent mises en plis. Puisque la taille extralarge d'un sarouel peut finir serrée et froncée par une ceinture nouée sur le nombril. Relief, plissements, ridules, circonvolutions, psychologie des profondeurs.

Les défilés féminins pour le printemps-été 2009 viennent de s'achever à Paris, après avoir fait tourner leurs carrousels de silhouettes à New York, Londres et Milan. Dans les grandes lignes, on y aura vu décliner le tailoring, le droit, le raide, le très construit, le figé, les surfaces laquées, les carapaces. Même les éclats métalliques acquièrent de la légèreté. Partout, des surfaces soufflées, des vêtements dont les ondulations rappellent l'étendue d'un champ de neige modulé par le blizzard. Pour parler comme à la charcuterie: une saison emballée-plissée.

A Milan, Prada a réhabilité les chiffonnages avec des robes semblant de papier (style: je l'ai faite moi-même avec l'agrafeuse et le scotch double face). Burberry a déstructuré de sublimes panoplies de jardinières, à peine fripées par le passage des saisons. A Paris, plein de maisons, Balmain Gaultier ou Givenchy ont joué sur les bandes de tissus emballantes, sur les drapés entre Acropole et Hollywood. Bustes et dos développent leurs sophistications luxueuses, histoire d'échapper, aussi, aux copies bon marché.

Comme le drapé, le pli n'appartient à personne. Il est la trace d'un événement passé. Mais il porte la menace de son effacement. Le pli est souvenir et amnésie, regret et promesse, frein et métamorphose. Passé versus repassage.

Le pli est condamné à être toujours nouveau et déjà obsolète. Comme quoi? Comme la mode, cette fiction littéralement compliquée et toujours en quête de dénouements.