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la fleur du cuir

«La belle chaussure est une distinction»

Interview de Michel Perry, le directeur artistique de Weston depuis 2001

Le Temps: Comment avez-vous appris le métier?

Michel Perry: Dans ma famille, on ne parlait que de cela puisque mes parents géraient des boutiques de chaussures en province, dans le nord de la France, entre Lille, Valenciennes et Lens. Après mon Bac et un passage aux Beaux-Arts, dans les années 70, ce fut mon tour.

J’ai traversé toutes les étapes nécessaires à la création d’une chaussure, du dessin au patronage en passant par la fabrication manuelle, la vente et la présentation. J’ai notamment fait mes armes dans l’est de la France pour la marque Bata qui avait alors sa propre ville, Bataville, où se trouvaient l’usine, les ateliers mais aussi des maisons, des hôtels. Le matin, quand je partais travailler il y avait dans les rues de la musique pour motiver les gens. C’était assez militaire.

En 1985, vous créez votre propre marque, Michel Perry. A quel moment avez-vous décidé de vous lancer?

Je me suis rendu compte que les chaussures ne servaient pas qu’à marcher et je voyais bien dans les yeux des femmes cette petite étincelle qui s’allumait lorsque je leur parlais de mon métier et de modèles à hauts talons… J’ai commencé par travailler avec des artisans de Belleville qui réalisaient mes modèles sur la base des dessins que je leur donnais. J’imaginais des histoires autour de ces chaussures, je fantasmais la femme qui les porterait. Plus tard, un chausseur italien m’a demandé de dessiner des collections pour différentes marques, dont Sergio Rossi. Et à chaque fois, mes modèles rencontraient un franc succès. Alors je me suis lancé!

Quelle était votre volonté?

Je voulais que la chaussure passe du statut d’accessoire à celui d’élément indispensable au style. Je regardais comment s’habillaient les femmes. Je voyais celles qui portaient des marques des pieds à la tête, je trouvais ça affreux. Tout autant que celles qui portaient des robes de créateur avec des escarpins de mauvaise facture! Pour moi, avoir du style c’est savoir mixer les éléments.

Et comment êtes-vous devenu directeur artistique de Weston?

Il y a toujours eu chez Michel Perry une petite collection confidentielle pour hommes. Une ligne très excentrique, pour dandy du genre David Bowie, des pièces très rock’n’roll dans l’inspiration. Mais dès les années 2000, le rock était servi à toutes les sauces, la mode mettait des têtes de mort et des clous partout.

Cette surenchère m’a lassé. Et c’est à ce moment que Weston m’a appelé. Ils me proposaient de créer d’abord une collection. Mon cahier des charges était le suivant: ne pas faire la révolution mais réactualiser les modèles. J’ai trouvé cela très intéressant de revenir aux fondamentaux de la chaussure, à la tradition. C’est ainsi que je suis passé de Ziggy Stardust à Oscar Wilde.

Qu’est-ce qui, selon vous, fait le succès de vos modèles chez Weston?

Je crois que j’ai toujours eu des antennes pour capter l’air du temps. Il faut aussi dire qu’en termes de consommation masculine on note une évolution. L’étincelle que j’observais dans les yeux des femmes quand je leur parlais de chaussures, je la retrouve chez les hommes à présent! En matière d’élégance au masculin, la belle chaussure est une distinction.

Cela fait presque quinze ans que vous imaginez les modèles Weston. Comment fait-on pour ne pas se répéter?

Heureusement, je fais beaucoup d’autres choses à côté. Je peins énormément. Mais ce faisant, je pense tout le temps aux chaussures! C’est plus fort que moi! Chaque fois que je termine une collection, j’ai l’impression d’avoir tout dit. Et puis ça revient, naturellement. Dès que je tiens le fil d’une histoire à raconter, je redeviens passionné comme un gamin.

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