Boire et manger

Bernard Bosseau, au bonheur des bulles

Arrivé à Genève il y a vingt ans, le vigneron d’origine nantaise a commencé à vinifier des vins effervescents par hasard. Ils sont devenus des références et sa marque de fabrique

Avec son éternelle marinière, Bernard Bosseau revendique ses origines atlantiques. Pourtant, c’est à Genève que ce Nantais d’origine a fait son trou, s’imposant en vingt ans comme une figure incontournable de la viticulture locale. Une sacrée réussite pour ce fils de vigneron qui n’a jamais envisagé reprendre le domaine familial. «Mon père est du type patriarche, je me suis très vite dit qu’on allait avoir du mal à s’entendre», raconte-t-il avec un regard de défi.

La trajectoire de l’artisan à la carrure imposante est constellée de ce qu’il appelle des «coups du destin». Le premier a lieu pendant ses études en viti-œno à Bordeaux quand il rencontre celle qui va devenir sa femme. Coup de foudre et destin chamboulé: en 1989, le jeune couple décide de s’installer dans la région d’origine de cette dernière, à Saint-Julien-en-Genevois, à quelques kilomètres de la frontière suisse.

Vin tranquille

Le jeune diplômé se met à la recherche d’un emploi. Il prospecte dans le vignoble genevois, le plus proche de son domicile. Il enchaîne les boulots en passant successivement au Domaine des Charmes, au Domaine de la Devinière puis au Domaine des Rothis, à Dardagny. II apprend alors que le domaine voisin de La Planta cherche un gérant en raison des problèmes de santé de son propriétaire, Jean-Pierre Gaillard. Le vigneron reprend les clés de l’exploitation le 1er avril 1997. «J’étais le premier frontalier à devenir patron», souligne-t-il avec fierté.

A La Planta, Bernard Bosseau s’est fait un nom et une réputation. Il y est parvenu à la force du poignet en apprenant à domestiquer ses 12 hectares de vignes. Au début de son activité, alors qu’il se promène dans une parcelle, il remarque un duvet blanchâtre sur les feuilles d’une vigne de pinot noir. «J’ai cru que c’était une maladie, précise-t-il en rigolant. Un de mes collègues, Jean Hutin, m’a dit qu’il s’agissait de pinot meunier, un cépage emblématique de la Champagne. Comme j’apprécie beaucoup les vins effervescents, je me suis dit que c’était un signe du destin. J’ai décidé de me lancer dans la production de bulles.»

La première cuvée de mousseux est issue du millésime 1998. Depuis l’origine, Bernard Bosseau produit le vin tranquille, qu’il confie à Xavier Chevalley, spécialisé dans la prise de mousse, le remuage et le tirage final selon la méthode traditionnelle champenoise. «C’est le client qui fait tous les choix œnologiques, précise le vigneron. Personnellement, j’ai toujours cherché à produire des effervescents vineux, secs, avec de l’acidité, en rupture avec le côté aromatique et doux style clairette de Die.»

Médaille d’or

Pour son coup d’essai, le Nantais réalise un coup de maître: sa cuvée Bartholie issue de pinot noir et de pinot meunier élevée dix-huit mois sur lattes remporte en 2001 une Grande Médaille d’or au concours Vinitaly à Vérone. «L’Office de promotion des vins genevois a utilisé cette médaille pour parler des crus du canton. Cela m’a conforté dans l’idée de continuer à produire des bulles.»

Pour Bernard Bosseau, le tournant a lieu en 2006 lors d’une dégustation de vins effervescents organisée par l’émission de télévision A Bon Entendeur. C’est un nouveau «coup du destin»: le Bartholie obtient le meilleur pointage des vins sélectionnés, dont plusieurs champagnes avec notamment la Special Cuvée de Bollinger, deux fois plus chère que le vainqueur du jour.

Amoureux du football et de la glorieuse incertitude du sport, le Nantais d’origine ne fanfaronne pas pour autant: «Il y a une part de chance, rien ne dit que la même dégustation menée le lendemain aurait donné le même résultat. Mais pour moi, cela a été un sacré tremplin.» Le lendemain, les 500 bouteilles qui lui restent sont vendues en à peine quelques heures.

Vendre du rêve

Douze ans plus tard, Bernard Bosseau a multiplié sa production de mousseux par trois et élargi sa gamme. Elle comporte désormais quatre cuvées: le Bartholie, La Luis' (un rosé à base de garanoir et de gamay), la Cuvée Alix (version non dosée du Bartholie) et le dernier venu, Azimut, un blanc de blancs millésimé. «Les effervescents représentent 10% de ma production et 20% de mon chiffre d’affaires, détaille-t-il. Le prix relativement élevé pour la Suisse (entre 27 et 42 francs) ne constitue pas un handicap, au contraire. Cela m’a permis de me positionner, de donner envie aux gens. Mon plus grand succès, c’est quand je n’ai plus rien à vendre.»

Admiratif de la capacité des grandes maisons de Champagne à vendre du rêve, Bernard Bosseau a les pieds bien ancrés dans la terre genevoise. Le 1er janvier dernier, il a remis les clés de La Planta à Frédéric Gaillard, fils de Jean-Pierre. Il a repris à temps plein la Cave de Sézenove, où il a déjà vinifié le millésime 2018. Avec la ferme intention de continuer à être connu et reconnu pour ses effervescents. «Je continuerai à faire du Bartholie, j’ai acheté la marque. Pour définir la proportion d’effervescents, je me laisse un peu de temps. J’ai une certitude: le potentiel est là.»

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