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Villa Sandmeier, dans le canton de Genève.
© MiniMac

Reportage

Béton désarmant

Libre interprétation d’un pavillon japonais, cette villa contemporaine construite en bordure d’un quartier résidentiel de Genève semble flotter au pied du Salève

Pour prendre toute la mesure du lieu, il faut monter. Quelques marches. Juste assez pour atteindre le socle de cette villa construite à l’extrémité d’un quartier pavillonnaire de Veyrier dans le canton de Genève. Car cette élévation d’un mètre change tout. Le rez-de-chaussée largement vitré prend ainsi la force d’un promontoire. «Les champs de hautes herbes alentour, lorsqu’ils sont ondulés par le vent, font penser à un marais en mouvement sur lequel la maison semble flotter. Et lorsque la brume d’automne vient chatouiller le palier comme une mer de brouillard, on baigne étrangement au-dessus», laisse imaginer Hiéronyme Lacroix, partenaire à la tête du bureau d’architecture genevois Lacroix Chessex. Ce paysage, il le connaît bien, pour y avoir joué enfant. Le terrain appartient à son oncle. Et lorsque ce dernier a envisagé de construire un pavillon sur la parcelle attenante aux deux maisons familiales existantes, l’une datant du début 1900 et l’autre des années 1980, il a spontanément fait appel à son neveu, dont le bureau a entre autres conçu la Maison des étudiants de l’IHEID, à Genève, comme un empilement de plateformes ceinturées qui s’élève, en diminuant ou augmentant de volume.

Vibrations modernistes

Compte tenu des limites de terrain et de la loi des alignements sur cette parcelle trapézoïdale, seuls 140 m² pouvaient être construits dans le fond, en quinconce, pour ne pas être en vis-à-vis direct avec la bâtisse historique voisine, tout en profitant de la vue sur la campagne et le Salève. «Pas féru d’architecture contemporaine, le propriétaire collectionne des vieilles pièces africaines et autres objets ethniques ramenés de ses voyages. Son fils est fan du Japon et souhaitait un pavillon avec des prolongements en bois. Je leur ai répondu que puisque Ludwig Mies van der Rohe s’inspirait du Japon et que nous nous inspirons de son œuvre, il y aurait un lien mais pas aussi direct que ce qu’ils pourraient imaginer», s’amuse l’architecte.

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Au vu de la taille réduite du volume, les concepteurs privilégient l’idée d’une boîte, en prenant le parti de laisser le béton apparent à l’extérieur et d’isoler à l’intérieur comme on pouvait le faire dans les années 1960. Seul habillage de l’enveloppe: des volets en bois de mélèze réchauffent la minéralité de la pierre et font écho aux cordons boisés des alentours. «L’image du bâtiment est née d’une réflexion sur l’archétypique de l’habitat. Au fond, un abri se constitue au minimum d’un plateau et de quatre pieds. Dans la liaison du poteau, on peut lire un T. Cette figure se retrouve partout dans le projet, pensé comme une structure habitable plutôt qu’une forme forte. Evoquant l’image d’un pavillon dans un jardin japonais, la villa se présente donc sous la forme d’un empilement de trois tables en béton armé, portées par des lames de taille et de position variables», détaille Hiéronyme Lacroix.

Toiture sculpturale

La première concerne le socle qui dégage le niveau du sol pour monumentaliser un peu ce tout petit projet, la deuxième abrite la zone jour, la troisième la zone nuit. Le dernier plateau est une toiture inversée par un pli, prolongé à ses extrémités par un canal qui réinterprète la figure de la gargouille et rejette les eaux de pluie en cascade dans un bassin de récupération qui devient fontaine d’ornement. «Ce couronnement particulier inscrit le projet dans le grand paysage et établit un lien architectural avec une pagode japonaise. Tout en rendant hommage aux grandes gargouilles de la chapelle Notre-Dame-du-Haut construite par Le Corbusier sur la colline de Bourlémont à Ronchamp. Ce toit sculptural est aussi une manière de terminer le projet dans son rapport au ciel. On sent qu’on ne pourra pas remettre un étage de plus», précise l’architecte dont le bureau a reçu la distinction suisse Das beste Einfamilienhaus 2018 pour ce projet.

L’accès à la maison, louée par une famille, se fait par le côté gauche du rectangle ouvert sur tous les côtés. Un noyau central habillé de bois du sol au plafond, contient tous les services. Un petit dressing dans le corridor, à l’arrière, une cuisine compacte face à une grande table à manger, du côté du séjour, une cheminée et deux portes de placard qui dissimulent l’accès au sous-sol. Ce dernier abrite un local technique, une buanderie, une chambre d’amis et une salle de jeu. Les lignes verticales que dessine l’essence de mélèze, aux tons parfois caramel, parfois blond, rappellent, elles aussi, la figure de la lettre T.

Côté Salève, un escalier en béton brut rompt la douceur boisée pour monter à l’étage où se trouvent trois chambres à coucher. «Chacune d’entre elles donne sur un angle de la maison (le quatrième angle étant occupé par le dressing et la salle de bains parentale) devant lesquels les plateaux en béton font saillie aussi comme un balcon, sans être fonctionnels», montre l’architecte. Ces zones inaccessibles portent le regard au loin, en rompant la vue avec le terrain de la maison. Dans les salles d’eau, des mosaïques avec des motifs colorés au sol et une couleur unie en hauteur créent une atmosphère particulière à ces petits espaces. Une richesse visuelle qui contraste avec la sobriété monochrome de l’ensemble du décor axé sur l’unité du bois, du verre et du béton. Un béton qui semble désarmé de toute mélancolie, tant ses lignes étirées vers le paysage et le ciel racontent une sérénité de vivre, une poésie minérale.

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