On ne peut qu’être troublé à l’idée de rencontrer Betony Vernon, après avoir lu sa Bible du boudoir. Destiné aux deux sexes, le livre a été écrit avec l’intention d’inciter les femmes à prendre en main leur plaisir. Son auteure, qui est également designer d’objets érotiques, habite le Marais parisien, dans une forteresse à deux pas du Musée de la magie. On pousse une lourde porte cochère, qui s’ouvre sur une cour à la végétation luxuriante. Lorsqu’il pénètre dans son showroom-boudoir, le visiteur, séduit par une odeur de sous-bois sublimé, a l’impression d’être transporté dans un bosquet enchanté. Sur la moquette en trompe-l’œil, des feuilles semblent être fraîchement tombées d’un arbre.

Une main fine et diaphane entrouvre un lourd rideau de velours vert et soudain Betony Vernon se tient devant nous, très droite, très grande (1 m 80, juchée sur 12 cm de talons). Elle enlève sa cape et s’apprête à vous embrasser… mais nous sommes début mars, la rumeur d’une pandémie bruisse. «On se salue d’une nouvelle façon à Paris. On ne se fait plus la bise, joue contre joue. Maintenant c’est fesse contre fesse.» Elle joue sur les mots, clin d’œil coquin. Hanche contre hanche, on entre dans le vif du sujet. Même assise, ou plutôt lovée dans un fauteuil de Gio Ponti, elle sidère par sa présence. Le contraste de sa longue chevelure rousse sur la blancheur de sa peau est presque violent. On songe immédiatement aux créatures baudelairiennes alanguies dans la pénombre, pupilles dilatées par la belladone. A la mention d’une vision d’elle, sorcière livrée aux flammes, son rire fuse: «Bien sûr! J’ai été brûlée plusieurs fois dans mes vies antérieures.»