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Pas de porte, pas de fenêtre: une bulle dédiée à la création artistique 
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Reportage

Bienvenue à Casa Wabi, idyllique refuge d'artistes... et de designers suisses 

A l'initiative de l'ambassade de Suisse au Mexique, Julie Richoz et Nicolas Lemoigne sont devenus les premiers designers industriels à pouvoir séjourner à Casa Wabi, idyllique refuge d'artistes situé sur la côte pacifique sud du Mexique

Pour se rendre en Antarctique, il suffit de nager non-stop direction sud, nous apprend-on. Drôle d’idée. Qui serait assez fou pour se jeter à corps perdu dans les fougues de l’océan? Surtout, qui pourrait avoir envie de quitter cet endroit? Cette maison. Un complexe de villas idyllique situé sur la côte pacifique de l’Etat mexicain d'Oaxaca, à une trentaine de kilomètres du village de Puerto Escondido. Au sein du bâtiment principal, un immense salon/salle à manger s’offre complètement à la mer. Pas de porte, pas de fenêtres.

Juste trois parois coulées dans un soyeux béton gris et ponctuées d’un imposant toit façon palapa locale, en feuilles de palme séchées. L’über moderniste et le traditionnel, le brut et le fragile. De ce choc naît une harmonie rappelant les monastères zen, ces lieux sacrés capables d’absorber et de neutraliser l’hostilité du monde. Un point d’ouverture permet d’admirer le Pacifique d’un côté, la chaîne montagneuse Sierra Madre del Sur de l’autre. La nature n’avait jamais paru aussi puissante.

De l’art au design

Bienvenue à Casa Wabi, une résidence d’artistes fondée en 2014 par Bosco Sodi. Grand admirateur de Tadao Andō, l’artiste mexicain est parvenu à convaincre l’architecte japonais, Prix Pritzker – le Nobel de l’architecture – 1995, de concevoir ce refuge créatif, qui comprend aujourd’hui un complexe polyvalent, six villas, deux studios, une galerie d’art et un jardin botanique de plus de 27 hectares. Très prisées, les retraites de Casa Wabi n’accueillaient jusqu’ici que des artistes issus des Beaux-arts. Mais sur proposition de l’ambassade de Suisse au Mexique, la fondation à but non lucratif chapeautant la résidence a pour la première fois convié des designers industriels. Julie Richoz et Nicolas Lemoigne, deux alumni de l’Ecole cantonale d’art de Lausanne (ECAL).

Pendant cinq semaines, le duo a développé des paravents (Richoz) et des luminaires (Lemoigne) en feuilles de palme, en étroite collaboration avec des artisans locaux. Ces objets ont ensuite été exposés à Mexico City dans le cadre de Swiss Design Mexico, un programme visant à célébrer le design de la Suisse, pays invité de la Semaine mexicaine du design 2017, qui s’est déroulée du 11 au 15 octobre dernier. «Je voulais que notre pays ait un panel d’activités qui aille au-delà des traditionnels événements organisés pendant la Semaine du design mexicaine. Casa Wabi n’est pas seulement une résidence artistique, c’est aussi un projet social, c’est cela qui m’a poussé à les solliciter», explique Francisco Torres, attaché aux affaires de design de l’ambassade de Suisse au Mexique et responsable de Swiss Design Mexico.

Projet communautaire

Comme toute résidence d’artistes, Casa Wabi permet à ses hôtes de s’extirper des tracas du quotidien pour s’adonner à l’introspection, au dialogue avec soi-même et avec les autres résidents, jamais plus de six à la fois. Mais il y a plus. A Oaxaca, les artistes sont priés de développer un projet communautaire afin d’établir un dialogue avec les autochtones. Une façon pour la fondation de familiariser la population locale à l’art et de participer ainsi à son émancipation sociale et culturelle. Une manière aussi de remettre en question la figure de l’artiste solitaire enfermé dans sa tour d’ivoire. «Cet échange doit permette aux deux partis de grandir ensemble. De nombreux artistes arrivent ici pleins de bonnes intentions et s’imaginent qu’ils vont apprendre un tas de choses aux locaux. Mais à la fin, ils comprennent que c’est l’inverse et que les autochtones avaient bien plus à offrir», développe Carla Sodi, la directrice de Casa Wabi.

Pour adapter les techniques ancestrales de tissage de feuilles de palme à du mobilier contemporain, Julie Richoz et Nicolas Lemoigne ont dû s’immerger dans le quotidien des artisans de Santa Catarina Mechoacan, un village situé à deux heures de route de Casa Wabi. «Contrairement aux Européens, les artisans de cette région travaillent dans leur propre maison, ils n’ont pas d’atelier. La famille faisait donc partie intégrante du workshop et nous avons pu partager leur façon de vivre. Ce qui m’a aussi frappée, c’est que les gens d’ici utilisent les objets qu’ils produisent. Il n’y a pas de tradition d’artisanat de luxe comme en Occident», analyse Julie Richoz.


Les échanges interculturels ne vont pas sans défis. Pour Nicolas Lemoigne, la première barrière à abattre était celle de la langue, puisque ces artisans s’exprimaient uniquement en dialecte local, le mixtèque. «J’avais besoin de deux traducteurs, l’un pour passer du mixtèque à l’espagnol et l’autre pour aller de l’espagnol à l’anglais. Mais au final, on parlait tous le même langage, celui du design. Bien sûr, il y avait des incompréhensions, mais ces gens ne voient pas les difficultés, ils ont toujours une réponse positive à apporter à un problème», souligne le designer romand.

Parfaite imperfection

Au Japon, la patrie de Tadao Andō, le terme de wabi-sabi désigne une forme imparfaite de perfection, la beauté dans la sobriété et l’usure. Comme son nom l’indique, Casa Wabi s’est directement inspirée de ce concept. «Notre fondation est basée sur l’idée que rien n’est parfait dans l’art et que l’imperfection devient toujours parfaite», expose Carla Sodi. Et quoi de plus imparfait que l’artisanat, son caractère irrégulier, non réplicable? «La feuille de palme est un matériau très brut, et les tissages de nos artisans pleins d’irrégularités. Le but était de trouver du raffinement dans cette rudesse, mais il fallait rester humble et accepter de devoir réadapter son projet en permanence. Au final, les erreurs peuvent faire émerger des choses intéressantes et apportent un charme inattendu à nos projets. Il s’agit simplement de l’assumer», expose Nicolas Lemoigne.

Pour Julie Richoz, le résultat final n’était pas le plus important. «Ces objets étaient juste un prétexte pour discuter avec ces artisans et mettre en valeur leur technique. C’est comme si vous aviez à cuisiner avec quelqu’un, cela rend le dialogue plus facile.» Le chemin plutôt que la destination, le parcours plutôt que l’arrivée: bienvenue à Casa Wabi, un voyage de rêve.

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