Aux Etats-Unis, la route 1 est l’une des plus mythiques au monde. L’ultime road trip américain qui longe toute la côte californienne, du Mexique à l’Oregon, offrant des vues à couper le souffle sur le Pacifique et l’expérience fascinante d’une nature passant des côtes arides aux séquoias géants. Big Sur est son tronçon le plus spectaculaire. Il s’étire de Monterey, à 200 km au sud de San Francisco, à San Simeon, à 400 km au nord de Los Angeles. La route est sinueuse et s’élève à 1500 mètres au dessus de l’océan en son point le plus haut. Les couleurs y sont changeantes. Selon les saisons, l’eau passe du bleu au vert, la végétation du rouge au mordoré, donnant ces tonalités féeriques à une région parmi les plus isolée du pays dont la fameuse route, terminée en 1937, reste le seul moyen d’accès. Malgré les milliers de touristes et les Mustangs décapotables qui se succèdent sur la 1, Big Sur conserve sa nature sauvage et authentique, prohibe les signaux cellulaires et propose à la pompe l’essence la plus chère du pays. Comme un retour au temps des beatniks dont l’esprit plane toujours sur la région.

L’ombre de Miller

Historiquement, le premier intellectuel à s’y installer est Henry Miller. C’était en 1944, alors que Big Sur s’ouvrait à peine. Dans son roman Big Sur et les oranges de Jérôme Bosch, l’auteur décrit ses moments de félicité, sa sérénité retrouvée dans une vie simple et proche de la naturel où il résida jusqu’en 1962. Les beatniks suivront. Jack Kerouac aussi qui passera, en 1960, quelques jours dans le petit chalet du poète Lawrence Ferlinghetti. Bibliothèque nichée dans les bois, le Mémorial Henry Miller accueille aujourd’hui colloques et concerts dans l’un des chalets où l’écrivain vécut. Nimbée d’une aura à la fois libertaire et bohème, l’endroit attirera ensuite les communautés à vocation spirituelle et contemplative, dont les monastères catholiques et bouddhistes, Camaldoli Hermitage et Tassajara Zen Retreat. Sans oublier, le célèbre institut Esalen qui mêle spiritualité, science, Gestalt et yoga, implanté sur le domaine des Big Sur Hot Springs en 1962. Inventeur du journalisme gonzo, Hunter S. Thompson en état alors le gardien et Joan Baez, déjà une star folk, l’une des résidentes.

Bain nocturne

Destination prisée, Big Sur néanmoins se préserve. Des normes sévères empêche ainsi la construction de nouveaux bâtiments. Un hameau, au centre des parcs naturels qui bordent la route des deux côtés, regroupe une épicerie, la poste et une station-service. Quelques autres restaurants, quelques hôtels s’étalent sur des dizaines de kilomètres. Le désert? Par vraiment. Des randonnées dans les forêts de séquoias, des plages sauvages, parfois les deux – la découverte, après avoir gravi les chemins escarpés du parc Julia Pfeiffer, de la cascade qui tombe à pic sur la plage est inoubliable. Le pont Bixby, enjambant la mer, et le phare de Big Sur, comme une presqu’île dans la brume, rendent ces paysages plus extraordinaires encore. A condition de réserver bien à l’avance, on peut aussi se baigner dans les sources d’eau chaude d’Esalen, entre une heure et trois heures du matin.

Un resto sur l’Océan

Si l’on doit ne s’offrir qu’une étape grand luxe, c’est au Post Ranch Inn qu’il faut s’arrêter. Constitué de cottage individuel, les résidences culminent sur un point très élevé de la falaise, les chambres épousent la végétation qui s’accroche au relief, tandis que les piscines (il y en a 3!) rejoignent le ciel en vous donnant l’impression de flotter au-dessus des nuages. Quant au spa, il respecte l’esprit Big Sur. Comme au temps des premiers habitants de la côte, un authentique shaman réveille des pratiques ancestrales. Et fait appel aux forces de la nature et à la sagesse des indiens Esselen pour un voyage vers le bien-être physique et mental. Côté montagne, quelques cabanes dans les arbres offrent le même faste, de calme et de volupté. Une escale «romantique», mais dont les enfants sont exclus, politique de la maison.

Pour se restaurer, rendez-vous au Sierra Mar. Vitré du sol au plafond, en lévitation au-dessus de l’Océan, l’enseigne vaut autant pour son cadre que pour sa carte qui propose une cuisine californienne, évidemment bio, inspirée et locavore à mort. Tous les soirs, c’est un festin de fruits de mers, de sanglier, de caviar du coin et de légumes fraîchement cueillis du potager.