Il y avait foule mardi au Lausanne Palace. Au cœur de toutes les attentions: les primeurs bordelais 2012. Deux semaines après les dégustations organisées au bord de la Garonne, une septantaine de châteaux étaient présents pour faire découvrir leurs «bébés» en pleine gestation: encore en barrique, ils seront mis en bouteille dans 12 ou 18 mois.

Une expérience aussi intéressante que déstabilisante pour mon palais, peu habitué à un tel exercice. Avec une question non résolue: comment diable évaluer en une minute les qualités d’une esquisse et la noter, comme le fait Robert Parker (photo), le pape des dégustateurs? Les difficultés sont nombreuses. D’abord, la dégustation ne se fait pas à l’aveugle, ce qui fait intervenir dans le jugement d’autres éléments que la seule qualité du vin. Les crus les plus cotés – absents à Lausanne – se dégustent sur rendez-vous, avec une mise en con­dition soigneusement organisée. Enfin, les échantillons proposés sont souvent hétérogènes, ce qui peut fausser les comparaisons.

Le cas du Château Pape Clément 2010 est édifiant. Noté 93-95+ par Robert Parker lors des primeurs, en avril 2011, il a vu sa note prendre l’ascenseur en mars dernier, pour obtenir un 100 sur 100. La cotation à la hausse semble faire partie du système Parker: en 2009, «meilleur millésime depuis 1982», 19 châteaux ont finalement obtenu la note idéale. Bien plus que lors des primeurs.

Bien sûr, Robert Parker n’est pas le seul avis autorisé. Mais il reste la référence pour les vins de Bordeaux, malgré la vente de The Wine Advocate en décembre dernier. Du coup, une note de 100 fait exploser la cote d’un vin – et donc son attrait pour les spéculateurs. Avec des conséquences aberrantes pour l’amateur de vin: en 2009 et 2010, des domaines voisins pouvaient présenter des prix qui variaient d’un facteur dix pour quelques points de plus ou de moins.

Après 2011, millésime moyen, 2012 consolide le retour à des prix plus raisonnables. Selon Robert Parker, qui a publié ces notes samedi dernier, il y a de bonnes ­affaires à faire à Pomerol et Pessac-Léognan. Personnellement, j’ai beaucoup aimé Rauzan-Ségla (Margaux), Château Smith Haut Lafitte (Graves) et Canon La Gaffelière (Saint-Emilion). Bien sûr, je n’ai pas mis de notes. A quoi bon, d’ailleurs? Cela n’aurait strictement aucun effet sur les prix.