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these boots were made for riding

Bottes secrètes

Pour toute publicité, rien d’autre que leur réputation et le bouche-à-oreille. Les Schnieder Boots sont aux pieds de tous les plus grands cavaliers. La famille royale d’Angleterre et la garde à cheval de la reine ne sont pas en reste. Etrangers aux box et manèges, quelques citadins avisés connaissent l’adresse du seul et unique bottier de Londres. Visite exclusive d’un lieu unique

Commençons par le sésame, l’adresse pour s’y rendre. 16, ­Clifford Street. Pas besoin de mot de passe. L’accès au seul et unique bottier de Londres se fait par l’intermédiaire d’une banale ­sonnette, vissée sur la brique d’un immeuble discret de Mayfair.

Une fois à l’intérieur, d’abord l’odeur, entêtante. Celle des peaux de bovidés, devenues cuirs de ­premier choix. Des produits nobles qui, sublimés par les mains d’artisans, sont devenus des ­bottes à la qualité irréprochable et à l’esthétique parfaite. Saut d’obstacles, dressage, polo, chasse, ­cavalerie, etc. Toutes les activités équestres sont représentées chez «Schnieder boots», le seul véritable bootmaker de Londres, à savoir le seul fabricant de bottes uniquement. L’art le plus difficile, la ­quintessence du métier.

Pour visiter ce sanctuaire bottier, il faut d’abord en avoir entendu parler. Aucune publicité dans les magazines. Le nom ­Schnieder n’apparaît nulle part ailleurs que sur la discrète enseigne de l’immeuble sage de ­Clifford Street. Un indice: la rue est perpendiculaire à Savile Row, l’artère londonienne qui n’est pas étrangère aux hommes de goût. C’est là, dans le Golden Mile, que se bousculent tous les élégants qui viennent chercher entre autres le savoir-faire des meilleurs tailleurs du monde. Tout au plus, quand le soleil est de la partie, aperçoit-on depuis le trottoir, quelques bottes présentées à la rue, derrière les étroites fenêtres du premier étage improvisées en vitrines.

La «modernité» du site web de la marque donne elle aussi une idée de l’importance que l’on accorde chez Schnieder à la communication. La qualité des produits qui y sont vendus parle pour elle seule. Toute l’histoire de la marque repose d’abord sur les pieds, ensuite sur la bouche et les oreilles. A tel point que les dandys, les plus avisés, viennent y acheter les cinq modèles produits par la marque, compatibles avec le macadam des villes, à savoir des bottines: les ankle boots et autres strap Jodhpur .

Royal Warrants

Les bottes Schnieder ont une réputation planétaire. Seuls les Royal Warrants of Appointment (certificats royaux de la Couronne britannique qui garantissent le sérieux et la qualité d’une marque) constituent le bagage promotionnel officiel de la marque centenaire. Outre les pieds royaux de la monarchie britannique, ­Schnieder Boots est aussi le fournisseur de la garde à cheval de la reine avec les fameuses Jack Boots .

Première surprise: rien au rez-de-chaussée. Tout se passe à l’étage, dans le joyeux capharnaüm d’un autre temps. Meubles cirés victoriens, lustre à pendeloques, moulures et gravures old school : des scènes de chasse à courre et des militaires, à moustaches, à cuirasse et à cheval. Tout ce beau monde botté de près comme il se doit. Des selles, des licols, des longes, des mors, des éperons, et des bottes (et bottines). Deux mille paires sont stockées ici. Deuxième surprise, un homme, seule présence humaine sur place, nous reçoit. 78 ans, ­regard bleu rieur, distinction et gentillesse extrêmes. Le patron en personne.

«Ce qui rend les choses plaisantes ici, c’est que nous sommes affranchis de la mode, dit Rudolf Schnieder, l’unique propriétaire de la marque. Nous ne sommes pas des faiseurs de mode. Chez d’autres, il faut changer sans arrêt, s’adapter, même devancer pour vendre. Les bottes que nous faisons sont toujours les mêmes, avec la même qualité, depuis toujours. Les patrons, les formes et les gestes n’ont jamais changé. Loin du tumulte de la mode et de ses vertiges, vous n’avez pas mal à la tête chez nous. Vous pouvez voir ici à Londres ce que nous proposons. Si cela ne vous convient pas, ayez la gentillesse d’aller chercher ailleurs.»

«Nous»? Rudolf Schnieder dirige en fait une trentaine d’artisans. Tous officient dans sa fabrique de Northampton, à une centaine de kilomètres au nord de la capitale et du showroom qui fait également office de boutique. Clifford Street est le seul et unique point de vente de la marque. Le maître bottier connaît tout le métier sur le bout des doigts, ce qui lui vaut le respect de ses employés. Son père et son grand-père étaient bottiers avant lui, depuis 1907, en Allemagne. Né à Hanovre, c’est lui qui a déplacé les activités de la marque en Angleterre.

Rudolf Schnieder vend ses bottes dans 87 pays. Tous ses clients ne viennent pas à Londres. Pour le sur-mesure, une bonne moitié ont recours au document qu’il propose de lui retourner, avec toutes les données nécessaires: «Il suffit de remplir la feuille recto verso, avec toute une série de mesures, ainsi que la forme de l’empreinte des deux pieds. C’est très facile. Et il ne peut y avoir aucune erreur. Quand j’ai le moindre doute sur la façon dont un client a pris telle ou telle mesure, je le recontacte aussitôt.»

Toutes les bottes et bottines sont fabriquées en trois versions: prêt-à-porter – que l’on peut acheter directement dans le stock londonien –, et sur mesure, fabriquées soit à l’aide de machines, soit entièrement à la main. Hors commandes spéciales, les prix sont compris entre 1000 et 4500 livres la paire (1500 et 7000 francs).

«Pour le dressage par exemple, les bottes sont très longues et très droites, détaille le bottier. Pour le saut d’obstacles, elles sont plus courtes, et les jambes du cavalier étant pliées, ses bottes ont un angle différent. Pour la course, il faut des modèles très légers et très souples. Les joueurs de polo ont besoin eux de bottes dures et rigides, renforcées sous le milieu du pied. Car ils balancent tout leur poids en permanence sur leurs éperons.» Rudolf Schnieder est intarissable. Il est lui-même cavalier depuis 75 ans. Pour compléter son offre équestre, il a racheté il y a 15 ans la société bicentenaire W&H Gidden, qui fabrique tout l’équipement du cheval.

«Ici, rien ne change»

Pas une once de caoutchouc ici. Du cuir, uniquement du cuir, en provenance d’Angleterre principalement. Box-calf et wax calf . Cette dernière catégorie, le veau graissé, est un type de peau chargé en graisse et huile pour une plus grande imperméabilité. Au moment de notre visite, un client impatient vient chercher en avance une paire de bottes d’équitation sur mesure. «Vous devrez attendre un jour de plus, le sermonne gentiment Rudolf Schnieder. Elles doivent sécher sur mes formes en bois pendant un jour et une nuit. Je veux que les choses soient faites dans les règles et que vos bottes soient fabriquées comme elles le sont toutes, ce qui requiert de la patience.» La religion ici? La qualité bien évidement, au détriment de la quantité.

«Ici, rien ne change, commente-t-il sobrement. Une botte de chasse sera toujours une botte de chasse. Certains de nos clients utilisent nos bottines comme articles de mode. Ils les portent en ville, car ils aiment l’élégance de ces bottines équestres, coupées en une seule pièce. Nous en sommes ravis. Peu importe l’usage qu’on fait de nos bottes. J’ai un client qui en a 80 paires. Il ne monte jamais à cheval!»

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