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Certains adeptes du vélotaf parcourent plus de 50 kilomètres par jour à vélo. 
© Lea Kloos

Sport

Au boulot à vélo

Le vélotaf, c’est pédaler sur de longues distances depuis son domicile jusqu’à son lieu de travail. Trois cyclistes pendulaires sur l’Arc lémanique expliquent pourquoi ils ont épousé la petite reine

Ils avalent les kilomètres et les transforment en énergie positive. A écouter Frédéric Lambelet, Gaëtan Fragnière et Eric Marguerat parler de leur passion, on troquerait volontiers notre voiture ou abonnement général contre un deux-roues qui se pousse à la force des mollets. Tous les jours, ces trois actifs utilisent le vélo pour se rendre au travail depuis leur domicile, dépassant au moins les 60 kilomètres au compteur pour un aller-retour. La pratique a aujourd’hui même droit à son néologisme: le vélotaf. Ses adeptes forcent l’admiration, mais leurs arguments révèlent un choix évident comportant des avantages qui ne sont plus à prouver: écologie, économie et bien-être psychique autant que physique. Et pourquoi pas vous?

Pratique et écolo

Habitant La Tour-De-Peilz, Frédéric Lambelet est allé jusqu’à choisir son nouveau lieu de travail en fonction de ses ambitions sportives. «J’avais décidé de parcourir un trajet de plus de trente minutes pour aller au travail, explique-t-il. J’ai trouvé un nouveau poste d’enseignant sur les hauts de Lausanne, qui me demande moins d’une heure pour effectuer environ 30 kilomètres.» Depuis une année, le quadragénaire ne s’épargne pas le dénivelé qui effraie même les piétons de la capitale vaudoise, mais s’évite en revanche les désagréments d’un véhicule quatre-roues. «Le matin, les places de parc libres sont des denrées rares.» Sur son fidèle compagnon de route qu’il a baptisé Tornado, il peut commencer la journée du bon pied. «Le fait de pédaler produit un effet yoga sur moi. Quand j’arrive au travail, j’ai les idées claires et je me sens boosté. Sur le trajet du retour, j’évacue ma journée.» Pour autant, ce père de famille ne tient pas absolument à encourager son entourage à faire de même.

Lire aussi: Tous les voyages à vélo mènent à Lausanne

Face à la pollution et à l’augmentation du trafic, le vélo s’avère un choix logique. «La majorité des voitures ne sont occupées que par leur conducteur. Quel gâchis! Ce sont aussi des raisons écologiques qui m’ont convaincu.» Pour celui qui ne connaissait pas l’expression «vélotaf», l’activité doit aussi rimer avec plaisir. Pas question pour lui de prendre des risques inutiles si la météo ne le permet pas. Une voiture, un vélo électrique et un abonnement de train constituent ses moyens de transport supplémentaires, de quoi conserver une réelle liberté. En général, il n’a cependant pas à réfléchir à deux fois. «A 6 heures du matin, il y a très peu de circulation. Apprécier le lever du soleil dans le Lavaux, ça n’a pas de prix.»

Investissement personnel

Cela dit, une bécane peut parfois coûter aussi cher à l’achat qu’une voiture. Gaëtan Fragnière a investi 12 000 francs dans l’achat de son vélo. De course, le vélo: cadre et roues en carbone confèrent résistance et légèreté à l’engin de compétition qui pèse seulement 6 kilos. «Je ne le considère pas seulement comme mon moyen de locomotion, mais aussi comme un sport», explique-t-il. Actif à 100% et père d’un petit garçon depuis janvier, ce jeune Nyonnais chargé de communication à Morges dispose d’un temps libre restreint pour se consacrer à une activité physique. Trois heures avant de commencer le boulot, il emprunte un détour dans la campagne vaudoise, ce qui représente un entraînement supplémentaire. «Quand je pédale, je pense parfois à des idées ou des solutions concernant le travail. Les choses m’apparaissent différemment.»

Le long de La Côte, Gaëtan évite les grands axes. «Je fais partie de ces cyclistes qui ne prennent jamais les pistes cyclables. Je ne m’y sens pas particulièrement en sécurité et il est bien plus agréable d’emprunter de petits chemins.» Une fois sur la route, il profite du paysage pour prendre des photos et alimenter son compte Instagram. Sur les réseaux sociaux, le vélotaf gagne d’ailleurs en visibilité et possède même son propre hashtag.

Une tendance accessible à toutes et tous? Pas si sûr. «Le vélotaf demande tout de même que quelques conditions soient réunies. Déjà, il faut savoir s’organiser et jongler entre vie professionnelle, vie personnelle et vie de famille, précise celui qui amène son fils à la crèche à vélo. Ensuite, il faut avoir la possibilité de se doucher une fois arrivé au travail, ce qui n’est pas le cas de tout le monde.» A l’approche de l’hiver, lui privilégiera donc le train.

200 bornes par semaine

Vélotafeur autoproclamé, Eric Marguerat franchit, quant à lui, la barre des 100 kilomètres, deux fois par semaine. «J’en fais une pratique extrême, admet-il. Le vélotaf représente environ deux tiers de mon entraînement annuel.» De Chevry, en France voisine, jusqu’au centre de Lausanne, moins de deux heures sont nécessaires à ce maître de sport dans l’enseignement spécialisé pour rejoindre son bureau. «J’ai pu rencontrer d’autres cyclistes avec qui je fais parfois les trajets. C’est tout aussi agréable et ça permet d’aller plus vite.»

Le vélotaf demande tout de même que quelques conditions soient réunies. Déjà, il faut savoir s’organiser et jongler entre vie professionnelle, vie personnelle et vie de famille

Gaëtan Fragnière

Mais combien sont-ils ces forcenés du guidon? Difficile d’estimer leur nombre. «Je vois de plus en plus d’adeptes. Je pense que c’est surtout dû à l’augmentation du trafic. Avec mon vélo, au moins, je suis sûr d’arriver à l’heure au travail», observe Eric, qui fait la distinction entre vélo de course et son équivalent électrique. «Je note que certaines personnes ne sont pas à l’aise sur ces machines, ce qui peut augmenter le risque d’accidents.» Quand il en a l’occasion, il encourage son entourage à choisir la bonne vieille pédale classique. «Le vélo, c’est une façon de vivre. Même si, paradoxalement, je vais encore chercher le pain en voiture le matin.»

Avantage fiscal

Et comme pour ajouter une raison supplémentaire pour sortir son deux-roues de la cave ou investir dans un nouveau modèle, les coûts de déplacement entre le domicile et le lieu de travail peuvent être déduits des impôts à l’instar d’autres frais professionnels. Qu’importe la distance parcourue, le contribuable peut retrancher jusqu’à 700 francs par an sur sa déclaration.

Lire aussi:  Le TF autorise la déduction fiscale du vélo pour aller au travail

Revoir la vidéo de la promenade en vélo avec les lecteurs du «Temps»:

Symptomatique d’une société qui manque de temps, le vélotaf serait-il le nouveau couteau suisse du quotidien? Car au-delà de leur amour pour le sport, le point commun entre Frédéric, Gaëtan et Eric, c’est la recherche d’optimisation de leurs horaires. Il est donc plus facile de passer outre l’aspect physique de l’activité et l’envisager sous un angle pratique. Nul besoin d’être un Christopher Froome en puissance pour s’y mettre.

Reste un point noir: le réseau routier. Est-il adapté au vélotaf? Les habitudes de ces trois vélopendulaires révèlent des différences, au vu des longues distances que ceux-ci parcourent plusieurs fois par semaine. Eric préfère les bandes cyclables aux pistes, qui sont physiquement séparées de la chaussée. Pour Frédéric, Lausanne n’est tout simplement pas adaptée aux vélos, tandis que Gaëtan évite autant que possible les voies principales de circulation. Le vœu de développement de la mobilité douce par les autorités politiques se confronte à la domination des voitures sur les routes. Sécurité et cohabitation sont donc encore loin d’être optimaux sur l’Arc lémanique. Allez, roulez jeunesse!

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