Un jour, une idée

Eva, l’ex-danseuse qui réenchante le quotidien des objets

Fichée entre une solide boulangerie portugaise et l’échoppe d’un tapissier, en plein quartier de la Jonction à Genève, voici La Boutik Eva Staub: 15 m2 de rêve et de délicatesse pour des objets au quotidien.

Mais d’abord, la patronne. Staub, le nom ne sonne guère genevois. On parie pour Zurich, on ne tombe pas loin: Zoug. D’où cette jeune femme moderne part, passant par Zurich, puis Paris et enfin Genève.

C’est qu’une première passion l’habite, artistique: la danse. Eva Staub fut danseuse, mais aussi chorégraphe, costumière, décoratrice pour ses propres spectacles. «J’ai joué toutes les cartes en même temps.»

Des cartes qu’elle rebat ensuite pour se lancer dans une seconde carrière: le monde de la décoration intérieure. Elle y est vendeuse, gère les stocks, apprend à soigner la clientèle, à surveiller les chiffres. Elle approche là le design, goûte aux plaisirs des étoffes, des tissus, des matières, des couleurs, et surtout, apprivoise toujours plus l’univers de la couture.

Elle rebat une fois encore les cartes, car une idée la taraude: créer sa propre petite entreprise. L’objectif: réenchanter les jours et les heures des gens. Son idée de business: s’emparer des menus objets qui peuplent notre quotidien pour les transfigurer à sa façon. Les rendre ludiques et colorés. Et par-dessus tout: personnalisés.

Sa spécialité, ce sont toutes ces trousses, ces pochettes, ces petits sacs, ces sachets dans lesquels trouvent refuge les objets qui nous sont chers: souliers, ballerines, chaussons de danse, crayons, gommes, maillots de bain. Mais aussi sandwichs, bouteilles, fruits, légumes, miches de pain.

Il y a donc les petits sacs «Mon goûter»; «Mes chaussons de danse»; «Mon maillot». Louise, une cliente, a donné son nom à toute une déclinaison de sachets à commission réutilisables pour fruits et légumes. Une ligne fait dans les cadeaux pour la naissance de bébé. Une autre dans les décorations d’anniversaire.

On vous l’accorde, l’univers d’Eva Staub est, si l’on ose le dire ainsi, profondément girly. Ses créations cultivent l’amour des matières, l’art du détail, la méticulosité des finitions, l’inventivité des astuces, le goût des étoffes, le sens du pratique. «Pour certaines de mes doublures, j’utilise ainsi de la toile de parachute»… De parachute? On demande immédiatement à voir. Les doigts frétillent, glissent sur une surface quasi aérienne. Et où se procure-t-on de la toile de parachute? «L’armée. Et puis vous savez, un parachute c’est vaste!» Là, au contraire, c’est la toile cirée qui est à l’honneur; là le coton organique.

«Je partage ma vie entre une Bernina et une Elna», plaisante l’ex-danseuse qui n’a rien perdu de son port altier ni de ses pieds à dix heures dix. Et dans la boutique, une antique Singer fait dans la nostalgie, tandis qu’une Remington trône, illustrée, dans son cadre. On parle ici, bien sûr, de machines à coudre.

Ce qui a poussé Eva Staub dans cette aventure? «L’envie de créer des objets dont les gens se servent réellement, qu’ils prennent en main, qu’ils usent, transportent, ouvrent, ferment, froissent, manipulent.»

L’envie aussi de créer «à la demande». On sent, à la voir se mouvoir dans son échoppe, qu’elle mène La Boutik avec cette discipline de fer propre au monde de la danse.

Pour en projeter, avec précision, tout l’imaginaire. Une idée cadeau vous manque? Tapoter sur le Web www.laboutikeva.ch, faites-vous une idée, commandez. Et mieux encore, faites un saut dans les 15 m2 d’Eva Staub.

La Boutik, 1, rue du Vélodrome, 1205 Genève, du lundi au mercredi de 12h à 18h30.