Un jour, une idée

Des boutons par millions

A l’heure où les merceries ferment leurs portes à Lausanne, Marjorie Balissat a ouvert il y a une année sa boutique-atelier dans le quartier de Grancy. Sa spécialité? Les boutons

Un casaquin, c’est une veste ajustée à longues basques qui descend sur les jupons en crinoline des demoiselles du début du XVIIIe. C’est aussi le nom que Marjorie Balissat, couturière lausannoise, a donné à sa boutique atelier en plein Boulevard de Grancy. Une mercerie aux allures de caverne d’Ali Baba, véritable microcosme coloré où le bouton est roi, qui donne envie de se mettre au tricot illico et de revenir au passé: s’imaginant autrefois, assis en train de coudre, le regard perdu dans «l’ancien temps».

Tout commence chez Karl Lagerfeld

L’histoire derrière l’atelier a, elle aussi, le goût d’un autre temps, puisqu’elle commence à Paris, il y a quelques années, chez Karl Lagerfeld. Son œil, son sens du détail et de la beauté s’aiguisent dans une ambiance d’effervescence, qu’elle retrouvera plus tard, en confectionnant des habits pour le théâtre. En 2007, elle ouvre son propre atelier. Elle transforme, modifie, relooke, remet au goût du jour des vêtements, crée de toutes pièces.

Mais c’est en découvrant une incroyable collection de boutons issus d’une usine de Munich fermée en 1956 qu’elle s’est prise de passion pour les boutons. Des boutons en verre, de nacre, de bois, de bakélite, de cuir, tous reliés à des histoires, à des époques, à des reconnaissances sociales. Des boutons de couleur, si vintage qui redonnent à des habits une nouvelle vie, des boutons d’uniforme qui ont habillé les punks anglais dans les années 60, mais aussi des petits boutons qui deviennent des objets artistiques et qu’on retrouve sur des tableaux, dans les chambres d’enfants. Le quartier de Grancy et ses habitants à la fibre artistique l’ont accueillie les bras ouverts: «Certains s’arrêtent par curiosité et ne partent plus. J’aime quand les gens se sentent chez eux, quand ils ouvrent les tiroirs, s’émerveillent devant des boutons en verre.»

Un succès incroyable

Victime de son succès, Marjorie Balissat? «Je ne m’y attendais pas. La couture, les articles de mercerie, les boutons… un univers que je pensais réservée à une génération révolue. Aujourd’hui, le DIY fait des émules, c’est devenu tendance.» Avec une réelle volonté d’ancrer à nouveau une esthétique et des savoir-faire oubliés, elle prend le temps d’expliquer aux clients l’histoire derrière ces trésors et propose ponctuellement dans sa boutique à taille humaine des cours de broderie et de couture. «Parfois, je n’arrive pas à me séparer de certains boutons. Alors je ne montre pas tout, je les garde dans une petite boîte et je pense aux vestes, robes et cardigans qu’ils ont ornés dans une autre vie.»

Dans un coin de l’atelier, à côté de bobines de fil, patrons et mètres de tissu – un arrivage sublime de coupons de soie et de lainage Valentino, Chanel, YSL ou encore Versace – on trouve un grand saladier rempli de centaines de boutons de toutes grandeurs et de différentes couleurs. Comme une salade de fruit, on se sert avec une louche. Une louche, 320 boutons, et autant d’histoires à raconter, ou à imaginer.


Atelier Casaquin: Boulevard de Grancy 21, 1006 Lausanne

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