Le sport

Boxe: les femmes opèrent une mise au poing

Sensations fortes, corps galbé et préjugés archivés, la boxe féminine se démocratise. Rencontre avec quelques femmes qui se sont mises au «noble art»

De plus en plus de femmes décident d’enfiler les gants pour s’initier à la boxe. Phénomène de mode peut-être, changement de mentalité sans aucun doute, si l’on considère que le «noble art» a été réservé exclusivement à la gent masculine pendant très longtemps. En effet, la compétition ne s’est ouverte aux femmes qu’à la fin des années 1990 et ce n’est qu’en 2012 que la boxe féminine a fait son entrée parmi les disciplines des Jeux olympiques. Sa médiatisation a donc contribué à promouvoir l’accès à ce sport grâce notamment à l’émergence d’athlètes de renom, de nouvelles championnes qui balaient d’un revers de main les a priori.

La Française Estelle Mossely, médaille d’or aux JO en 2016, mentionne souvent devant la caméra sa satisfaction d’avoir contribué à «briser le plafond de verre». Animée par cette vocation, elle a d’ailleurs fondé, en avril 2017, l’Observatoire européen du sport féminin, afin de favoriser l’essor de nouvelles et futures athlètes. Dans la promotion de l’égalité hommes-femmes, le sport demeure un bastion important pour la lutte contre les discriminations, comme le prouvent les intéressantes initiatives menées par la ville de Genève dans le cadre de sa campagne «Le sport n’a pas de genre» lancée en 2014.

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En parlant de sa carrière, la Suissesse Ornella Domini, qui en mars dernier a décroché pour la troisième fois le titre européen des poids welters (catégorie des moins de 66 kg), évoque les réticences initiales de son futur coach, Samir Hotic, qui n’avait jamais entraîné une femme auparavant. «Aujourd’hui, les femmes ont leur place», déclare avec satisfaction la Vaudoise qui, malgré son titre, ne peut pas encore vivre de son art. Sans penser à la compétition, cette championne, qui a commencé la boxe avant tout pour gagner plus de confiance en elle, n’est donc pas surprise de l’engouement que suscite cette discipline. «C’est un sport qui vous révèle! Il permet d’évacuer et de canaliser des émotions en réalisant une incroyable richesse de mouvements. On se sent tellement bien et on dort tellement mieux après! C’est pour moi un antidépresseur naturel.»

Mettre KO le mental

La pratique de ce sport de combat permet d’exercer la maîtrise de soi, d’affronter ses peurs et d’apprivoiser, au passage, les premiers réflexes de défense. Que cela soit Sylvester Stallone dans Rocky ou Robert De Niro dans Raging Bull, pour ne citer que les films les plus célèbres, le leitmotiv est l’utilisation du combat comme d’un canal pour le dépassement de ses tourments intérieurs, voire des inégalités sociales. Loin de ces fameuses images de boxeurs au visage tuméfié et en sang, la pratique du sport au niveau amateur est plutôt de l’ordre de la puissance maîtrisée. Nombreuses sont les personnes qui associent encore l’art pugilistique à une notion dérangeante de violence.

«Les gens s’imaginent que les personnes qui font de la boxe ont un penchant agressif, mais c’est plutôt le contraire. Tout le monde peut faire de la boxe, et l’on n’est pas obligé de se confronter au combat», nous précise Pamela, coach au Boxing Club Genève. «L’autodiscipline et le respect règnent en maîtres. Il y a beaucoup de règles à intégrer et les cours sont adaptés en fonction des niveaux pour que chacun puisse en tirer bénéfice, sans s’ennuyer, ni se décourager. La pratique demande énormément de concentration, d’où vient aussi cette agréable sensation de détente à la fin d’un cours.» Encouragée à rester vigilante et réactive, l’élève chasse toute pensée parasite, en éliminant de la conscience tout ce qui ne concerne pas l’action en cours, pour être complètement dans l’instant présent. Pamela, en bonne professionnelle, met l’accent sur la technicité de ce sport: «Au premier abord, on pourrait penser qu’il s’agit de travailler les bras, alors que la souplesse des jambes, pour moi, vient avant. Les exercices impliquent plusieurs parties du corps, exigeant parfois de dissocier les mouvements. Cela n’est pas simple.»

La corde et les coups

En observant des débutantes s’initier aux fondamentaux de la boxe, nous constatons que le plaisir dépasse largement la complexité imposée par la coordination. Dans son cours Fight Club à l’Usine Club de Genève, Aurélien fait découvrir la boxe aux filles qui n’oseraient pas pousser la porte d’un club spécialisé. Après quelques mouvements de mobilité pour les articulations, les participantes empoignent la corde à sauter en caoutchouc pour commencer véritablement à s’échauffer. Un jeu d’enfant, pensez-vous? C’est pourtant loin d’être évident pour celles qui n’en ont plus fait depuis l’école. Quelques bonds suffisent déjà à faire monter les pulsations cardiaques, d’où l’importance d’alterner les pieds, car l’essoufflement arrive très vite si l’on saute à pieds joints. Chacun doit trouver son rythme et garder un tempo régulier.

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Direct, crochet, uppercut, Aurélien introduit les coups de base selon des combinaisons simples que les boxeuses réalisent face à face en livrant les coups à tour de rôle. Les sourires un peu gênés de celles qui n’ont jamais eu l’occasion de la confrontation, même simulée, laissent rapidement la place à une expression plus apaisée. La magie de la boxe opère déjà. On rentre dans les mouvements en douceur et après trois minutes d’intensité, on alterne avec une mini-pause de récupération. Puis face au sac de frappe, on travaille le bas du corps avec des enchaînements de sidekicks, les coups de pied latéraux. En fin de séance, une série d’exercices au sol permet de renforcer la sangle abdominale, une zone très sollicitée, car il est nécessaire d’engager tout le torse dans une sorte de rotation pour donner de la force au coup de poing.

Entrer dans la danse

Endurance, tonification, mais aussi réflexes, les vertus de la boxe en font une activité sportive complète. Dans les mouvements d’un professionnel, musclé et agile, on retrouve à la fois la force et la fluidité. Avec leur jeu de jambes, leur mobilité, les boxeurs sont souvent comparés à des danseurs. Si, lorsqu’on parle de boxe, on fait référence à la boxe anglaise, d’autres variantes englobent aussi un travail plus important du bas du corps. Il s’agit des disciplines BPP, boxe poings-pieds, qui associent coups de poing et coups de pied comme la boxe française, ou savate, la boxe thaïlandaise, ou muay-thaï, ainsi que le full-contact et le kickboxing.

A seulement 19 ans, Zoé pratique depuis trois ans plusieurs types de boxe au Fight-District de Prilly. Portée par le pouvoir libérateur de ces disciplines, elle vient de commencer des combats amateurs dans le Championnat suisse de kickboxing: «En plus du plaisir de partager cette passion avec d’autres filles, cela m’a aidée à devenir plus sûre, plus tenace. Et grâce à ces entraînements, mon corps s’est développé de manière harmonieuse. C’est pour cela que je préfère la boxe à d’autres sports, qui ont tendance à mettre plus en valeur certaines parties du corps, les épaules et le dos dans le cas de la natation par exemple.»

Marie, âgée de 44 ans, nous parle de cet amour pour l’adrénaline qu’elle retrouve dans le kickboxing: «J’aime le côté cardio et j’aime aussi que ce sport soit complet. La silhouette s’affine rapidement, le corps se tonifie. J’aime l’affrontement, même si la puissance est maîtrisée, il s’agit plus de touches que de coups. Ça peut faire un peu mal, mais sans le risque d’une vraie blessure.» Partant du besoin du gainage prescrit par les médecins pour des problèmes de dos, la kickboxeuse suit assidûment des cours privés depuis une année, afin de peaufiner l’endurance, la posture et le moral. «La position et les gestes justes sont assez difficiles à acquérir, mais mon physique a complètement changé au niveau de la musculature. Je ressens déjà une nette différence dans ma force physique, sans compter le fait que, le soir dans la rue, après avoir subi une agression il y a deux ans, j’ai moins d’appréhension.»

Produits dérivés

N’en déplaise aux puristes, la boxe est tellement à la mode que les salles de fitness en piquent des éléments pour donner naissance à un florilège de formules hybrides, qui mettent en avant l’aspect cardio et le défoulement. Particulièrement intensif, le BodyCombat, marquée déposée par la société Les Mills, gagne en popularité. eEgalement appelé fitness boxe ou cardio boxing, il se pratique lors de cours collectifs d’une heure qui sollicitent alternativement toutes les parties du corps pour une silhouette tonique. Ici on ne se frappe jamais, les mouvements pieds-poings à vide sont rythmés par une musique entraînante qui confère un côté festif à ce programme hautement énergique. Les mouvements suivent des chorégraphies précises qui se renouvellent, en règle générale, au bout de trois mois. Le cœur palpitant et le maillot trempé, il n’y a pas de répit pendant l’heure d’entraînement. Avec un rythme soutenu, la pratique est réservée aux personnes ayant une bonne condition physique de base dont les articulations ne sont pas fragiles.

De l’aéroboxe à l’aquaboxing, les déclinaisons de la boxe n’ont pas fini de bourgeonner. Le choix sera large entre les disciplines puristes ou d’autres assaisonnées à la sauce fitness, sans se priver de passer des unes aux autres selon les envies. Chasser les tracas à coups de poings, transpirer les émotions négatives, l’effet psychologique est immédiat, et celui sur le corps dépendra de la constance.


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