L'HORLOGERIE

Les bracelets de montres mettent la gomme

Classique, cousu de cuir ou taillé dans le métal, le bracelet était jusqu’à il y a peu, un simple accessoire. Il fait aujourd’hui l’objet de toutes les attentions des horlogers

Des dentelles aussi délicates que frivoles pour envelopper l’avant-bras, des tours infinis de cuir ou de satin à enrouler autour du poignet, des morceaux de caoutchouc découpés dans les pneus d’une formule 1, de la maille de métal aussi souple qu’une étoffe, du bois, des cordes de parachute et des ors gravés… le bracelet de la montre ne se contente plus d’un rôle de figuration. Joaillier ou sportif, raffiné ou robuste, il incarne un nouveau territoire d’expression créative pour les horlogers. Un argument chic qui surfe en roue libre sur les tendances et confirme que la montre est aussi devenue un accessoire de mode. Donner l’heure, d’accord. Avec style, c’est encore mieux.

Cheveux d’or

Le début du XXe siècle est marqué par le commencement de l’ère automobile comme par les prémices de l’aviation. C’est à cette époque aussi que la montre-bracelet remplace progressivement la montre de poche. Les modèles sont alors montés principalement sur des bracelets en cuir dont la fonction d’attache préside sur toute autre considération de style. Aux alentours de 1810, pour Caroline Murat, sœur cadette de Napoléon et reine du royaume de Naples, Breguet crée la toute première montre-bracelet avec des cheveux garnis d’or!

Ce modèle unique, dont les archives de la marque décrivent avec précision la silhouette ovoïde, le mouvement ainsi que le bracelet, a disparu depuis des décennies dans les méandres de l’histoire. Il a pourtant inspiré la collection Reine de Naples lancée en 2002. Aujourd’hui, dans un paysage horloger où le bracelet est traité comme un thème de création à part entière, cette originalité capillaire ne choquerait sans doute plus personne.

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Qui veut la peau du cuir?

Le cuir est toujours un basique, au même titre que l’acier, l’or ou le caoutchouc, matériau prisé pour les montres sportives, plus particulièrement pour les modèles de plongée. Mais il n’est désormais plus une fin en soi. De cheveux garnis d’or, on ne parle plus. Ou peut-être pas encore. En attendant, les horlogers rivalisent d’imagination en présentant des modèles montés sur des bracelets produits dans des matériaux qui, du plus solide au plus délicat, se réfèrent à des domaines aussi divers que la mode, l’automobile ou l’armée.

Incontournable, le bracelet NATO, bande de tissu réglable, cousu de fils de nylon et ponctué par trois barrettes de métal, a envahi les collections des horlogers ces cinq dernières années. A tel point qu’une marque comme Omega, dans le sillage de ses apparitions répétées sur grand écran au poignet de James Bond, en a fait l’objet unique d’une boutique éphémère ouverte à Paris ainsi que d’un site dédié proposant plus d’une quarantaine de variations de couleurs. Et pourtant, le bracelet NATO – version anglaise de l’OTAN – avait à l’origine été développé pour les montres des soldats britanniques.

Des pneus et des cordes

Chez Victorinox Swiss Army, parangon de la robustesse horlogère, l’inspiration militaire n’a jamais été un secret. Le bracelet de la montre I.N.O.X. est ainsi tressé de paracorde, une corde de nylon composée d’une gaine extérieure et de sept brins, utilisée initialement par l’armée pour les suspentes de parachutes. Son point de rupture atteint 250 kg et les aventuriers qui auraient quelques velléités de se prendre pour MacGyver sont invités à l’employer, en cas de nécessité, pour pêcher, pour remplacer un lacet de chaussure ou pour créer un arc.

Chez Roger Dubuis, l’inspiration sent la gomme et c’est sur le bitume des circuits de formule 1 que l’aventure du bracelet se poursuit cette année. Depuis que l’horloger s’est offert un retentissant partenariat avec les pneus Pirelli, quelques-uns de ses modèles, comme l’Excalibur Spider Pirelli, s’accordent au poignet avec du pneu véritable. Et pas n’importe lequel. Ce caoutchouc hyper robuste n’est découpé que dans les roues de bolides ayant remporté des épreuves de F1.

Seconde peau

Dans un registre plus féminin, le bracelet est un exaltant sujet de créativité qui emprunte à la mode des formes et des allures propices à habiller le poignet d’une note de fantaisie. Manchettes rock en cuir ou tissées de dentelles suggestives Lesage chez Chanel avec une version revisitée de l’emblématique J12, Tubogas qui s'enroule sur tout l’avant-bras chez Bulgari, travail d’orfèvre chez Piaget, qui sculpte et grave l’or pour un fini aussi voluptueux et molletonné qu’une fourrure…

A ce jeu-là, les variations sont infinies. Sans compter la forme des bracelets, que les marques n’hésitent pas à allonger en de multiples tours, découpés dans les plus beaux cuirs ou sculptés dans le métal et tressés en mailles milanaises, à l’instar d’Hermès et sa Cape Cod Miroir, bracelet milanais à l’effet seconde peau.

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En mode caméléon

Dans le vocabulaire horloger, l’accessoire de mode n’est définitivement plus un vilain mot. La montre ne sert pas uniquement à donner l’heure, elle est aussi une signature de style versatile pleinement assumée par les marques. Grâce aux bracelets interchangeables en un tour de main, sans outils ni accessoires, une montre peut désormais adopter mille visages. Cartier en a fait l’un des points forts de la nouvelle Santos dévoilée en début d’année. Non seulement, il est possible de remplacer à l’envi un bracelet en cuir par un bracelet en métal, mais ce dernier peut aussi être allongé ou rétréci grâce à un système discret qui permet d’ajouter ou d'enlever des maillons sans devoir se rendre dans une boutique.

Chez Vacheron Constantin, un mécanisme équivalent d’interchangeabilité du bracelet est mis en avant depuis deux ans dans la collection Overseas tandis qu’Hublot adopte le mouvement avec son système One Click dans un festival de couleurs et de matières inédites. Quand Louis Vuitton équipe sa Tambour Moon d’un mécanisme permettant de choisir parmi plus d’une trentaine de bracelets en toiles Damier ou Monogram, en alligator ou en cuirs de toutes les couleurs, Bulgari twiste sa Serpenti avec plusieurs dizaines de possibilités de personnalisations à choisir sur l’application My Serpenti développée par la marque.

A peine plus d’un siècle après l’avènement de la montre portée au poignet, le bracelet continue de faire sa mue et impose son règne. Sur la scène horlogère, il peut désormais aussi prétendre au premier rôle.

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