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mode hommes

Brioni, Flower Power

Pour sa collection printemps-été 2015, Brendane Mullane, le directeur artistique de Brioni, a choisi d’orner les costumes masculins de fleurs. Entretien

Rome, 1945. L’année fondatrice de l’entreprise qui va devenir une institution de la couture masculine: Brioni. En 1952, la marque défrayait la chronique en organisant le premier défilé de mode masculine. Janvier 2015 : Brioni retrouve les podiums qu’elle avait abandonnés et présente son premier défilé d’une nouvelle ère, comme un pont entre le passé et le futur.

Ce qui caractérise la marque, qui appartient au groupe Kering, c’est la consécration d’un style italien évoluant au rythme de la demande et se ressourçant au travers de ses propres créations. Aujourd’hui, Brioni compte plus de 500 points de vente disséminés dans le monde.

Cette maison italienne possède sa propre école de couture et forme ses tailleurs, qui eux-mêmes transmettent leur savoir-faire. Selon le Luxury Institut de New York, il s’agit de la marque masculine la plus prestigieuse. Brendan Mullane lui donne une impulsion en osmose avec son temps. Comme il le dit lui-même, il ne le fait pas seul, mais avec toute l’équipe de Brioni qui travaille avec les mêmes critères de qualité depuis 70 ans. La carrière de ce directeur de création l’a ­conduit à travailler dans les maisons les plus prestigieuses: il a fait ses classes chez Hermès, Louis Vuitton, Burberry, Alexandre McQueen avant d’être nommé senior menswear designer chez Givenchy, puis, en juillet 2012, il a été nommé directeur artistique de Brioni. Rencontre.

Le Temps: Devant votre collection printemps-été, on pense au luxe, au vrai, celui qui ne se voit pas, l’antithèse de l’ostentatoire.

Brendane Mullane: Cela résume parfaitement notre savoir-faire et notre esprit. Le concept de l’Homme Brioni, c’est un luxe en soi et pour soi dont seul celui qui le porte détient les arcanes. Un luxe discret qui vous singularise.

La maison Brioni date de 1945. Comment en faites-vous perdurer l’esprit aujourd’hui?

Je me sens privilégié parce que c’est une maison italienne qui a su rester fidèle à elle-même. Dès le départ, les fondateurs ont parié sur la différence. En installant cet atelier de couture, ils ont mis en place un système paradoxal. Les libertés qui m’ont été accordées m’ont permis le dépassement de certaines normes. Mais il y a toujours quelqu’un qui vous dit: «Brioni doit être ceci ou cela.» J’ai les archives, je sais ce qui correspond à Brioni. C’est une marque très contemporaine. Le premier défilé homme date de 1952, déjà! Et la couleur y avait été utilisée alors que c’était considéré comme une abomination pour les hommes.

Comment avez-vous vécu le premier défilé de la marque en janvier 2015 à Milan?

Une grande pression. J’étais bizarrement calme parce que je me suis dit: «Nous l’avons fait.» Ce fut le résultat de six mois avec les maîtres tailleurs, les gens en interne et mon équipe.

Pourquoi avoir choisi une évocation équestre?

Il y a des points communs entre l’équitation et la marque: l’allure, le maintien, le mouvement, le contrôle et la discipline. Il faut compter neuf ans pour devenir un écuyer qualifié, et neuf ans pour devenir un tailleur Brioni.

La première chose à laquelle on pensait, en voyant ce défilé, c’est la matière: on avait envie de toucher.

J’adore l’idée. Les invités sont placés dans un espace à la fois immense et suffisamment proche pour pouvoir voir les détails dont ils conserveront la vision. Le fait que vous ayez le désir de toucher ces matières est la preuve que nous avons réussi notre pari.

Vous rendez-vous souvent à Penne dans les Abruzzes, où se trouvent les ateliers de tailleurs?

Je vis à Rome, mais je vais souvent à Penne. J’adore m’y rendre. C’est vraiment là le cœur de Brioni, nous y sommes à la maison.

Comment ont réagi les artisans de Penne lorsque vous avez été nommé?

Au début, ils étaient assez surpris, mais j’ai l’habitude de travailler avec des artisans: ils donnent vie à votre travail. Je sais faire une veste, ils savent de quoi je parle. Je valorise leur travail. Quand on travaille pour une telle marque, on doit gagner le respect de ces maîtres artisans. Une armée de tailleurs a préparé le défilé, tous mes tailleurs de Penne. C’était comme si Brioni avait déménagé à Milan. Nous voyageons ensemble pour les essayages, les shootings. Il y a un vrai esprit d’équipe, de camaraderie. Ce défilé, c’était aussi le leur. J’en suis très fier. C’est le premier d’une longue série.

Cherchez-vous à conquérir une clientèle plus jeune?

Oui, je souhaiterais montrer des aspects de la marque que je perçois et que les autres ne voient pas parce qu’elle s’est institutionnalisée au fil des années. Il est temps de montrer son essence véritable. On m’a donné un diamant: mon travail est de faire qu’on le regarde différemment. Je souhaite toucher des personnes qui aiment ce savoir-faire, l’idée du fait main et qui ne seraient jamais rentrées dans une boutique Brioni parce que c’était une marque intimidante. Or nous cherchons à traduire à travers nos vêtements une volonté: celle de ne pas être formaté. La personne qui se rend chez Brioni aime s’habiller pour mettre en valeur sa personnalité, et non par conformité.

La collection printemps-été est très importante puisqu’elle vous permet de communiquer l’image. Pourquoi un costume avec des impressions fleuries en 3D?

Personne ne s’y attendait. Je voulais qu’on ait le sentiment d’acheter non pas un costume avec des fleurs dessus, mais une œuvre. L’impression a été créée par un artiste – James Welling – et terminée par des artisans.

Le luxe est-il un privilège?

Avoir le temps d’être soi-même est un privilège, je dirais même plus une considération. Vous ne devriez pas être privilégié pour vivre dans le luxe. C’est une perception. Vous pouvez faire partie de la haute société, être riche, et n’avoir aucune compréhension de ce qu’est le luxe. Vous pouvez avoir un goût horrible. C’est un sens qui n’est pas donné avec l’argent. Cela vient de l’éducation en général. A un certain niveau de goût, cela relève d’une intuition.

Comment expliquez-vous que les jeunes générations, dans le domaine vestimentaire, se tournent vers le passé avec nostalgie?

Je pense qu’ils trouvent une certaine sécurité dans la tradition. D’autant que les plus jeunes ont besoin d’avoir l’impression d’être l’objet d’une grande attention, que ce qu’ils portent soit passé entre de nombreuses mains et ait nécessité des heures de travail. Il y a une nouvelle appréhension de ce désir de luxe ultime. Ils se rendent compte de ce qui est magnifique et pourquoi ça l’est. Aujourd’hui, c’est une tendance que vouloir du sur-mesure, de se sentir unique, de vouloir ne pas être stéréotypé. Il ne faut pas perdre de vue que les personnes qui ont 20 ans aujourd’hui seront les prochains dirigeants dans dix ans. Ils vont plus vite. Ils ne veulent pas acheter 15 costumes, mais un seul et le garder, le porter pour chaque occasion importante. Nous faisons des vêtements qui plus ils sont portés, mieux ils évoluent. Ils se façonnent à votre corps. Comme un autre soi-même.

On parle souvent de bon ou de mauvais goût, ce qui est très relatif. Qu’est-ce que le bon goût signifie pour vous?

Le bon goût signifie comprendre ce qui vous va.

Et l’élégance masculine?

C’est transmettre sa personnalité au travers de ce que l’on choisit de porter.

Les hommes sont-ils des clients difficiles, je veux dire plus que les femmes?

Oui! Les hommes sont tellement plus difficiles que les femmes! Vous devez vraiment les séduire et cultiver leur intérêt, car ils sont très loyaux mais aussi très exigeants.

L’image de Brioni est en train de changer. Elle devient plus originale, moins rigide. Cela est dû à votre travail sur les collections, mais aussi à une nouvelle façon de communiquer, de nouvelles campagnes de pub. Le message?

Nous sommes juste en train de retourner aux origines de la marque et mettons en place la différence comme concept. Le fait d’être unique.

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