Plus le monde change rapidement, plus le développement des technologies s’accélère, plus le besoin de repères se fait sentir. A l’instar de la famille ou du foyer, certains objets constituent des refuges permettant de renouer avec une forme d’authenticité – réelle ou fantasmée. Les créations joaillières en font partie. Issus de savoir-faire ancestraux, solides, durables, ces ornements de l’intime ancrent les individus dans un temps immémorial, les (re)connectant à la vérité inaliénable d’un métal ou d’une pierre précieuse.

Pour autant, la bijouterie n’a rien d’une industrie poussiéreuse. Prenez Bulgari. Fondée en 1884, la maison italienne, aujourd’hui propriété du groupe LVMH, combine avec brio haute joaillerie d’un côté – ses audacieuses associations de pierres précieuses et de couleurs ont marqué l’histoire des arts décoratifs – et créations ultra-contemporaines de l’autre. Le passé et le futur, la tradition et la modernité, deux temporalités que la marque ne cesse de faire dialoguer.

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Dernier exemple en date: la collection B.Zero1 Rock, lancée en très grande pompe lors de la Fashion Week de New York, en février dernier. Derrière ce nom pour le moins cryptique se cache une nouvelle interprétation de B.Zero1, la ligne star de Bulgari, lancée en 1999 – le B. se réfère au nom de la marque, tandis que le Zero1 indique la première collection du nouveau millénaire. Bijoux sculpturaux inspirés de la circularité du Colisée, les bagues, pendentifs et bracelets se parent désormais de rangées de clous en or, de céramique noire et même de diamants.

Fluidité de genre

Derrière ces choix esthétiques, une volonté de coller à l’air du temps et de séduire les plus jeunes générations, loin des étiquettes genrées. «Il y a quelques années, nous avons remarqué que de nombreux hommes achetaient des pièces B.Zero1, pas seulement pour leur femme ou leur compagne, mais pour eux-mêmes. Nous avons donc voulu que cette nouvelle collection soit ouvertement unisexe. Par exemple, les clous sont un classique de la joaillerie que portent aussi bien les hommes que les femmes. Ils donnent un côté plus géométrique et plus contemporain à cette ligne», expose Jean-Christophe Babin, CEO de Bulgari. Pour 2020, la marque a également renouvelé son écurie d’égéries avec la star afro-américaine Zendaya, l’actrice britannique Naomi Scott et la top-modèle américaine Lily Aldridge, sans oublier le chanteur et acteur sino-canadien Kris Wu. Un casting très diversifié, chose encore rare chez les grands joailliers.

Il faut dire que depuis ses débuts, B.Zero1 a vocation à bousculer les codes établis. «Il y a vingt ans, la joaillerie féminine était un univers tout en finesse et en délicatesse. La marque, elle, est arrivée avec une bague au design monumental. C’était une proposition très audacieuse», raconte Jean-Christophe Babin. Le PDG ajoute que cette collection a révolutionné la maison Bulgari elle-même. «Dans les années 1980-1990, nous étions encore une maison de moyenne-haute joaillerie et nous n’avions quasiment pas de collection destinée à être portée au quotidien. B.Zero1 a véritablement marqué l’entrée de la marque, de façon puissante, globale et massive, sur le marché principal de la joaillerie.»

Tradition revisitée

Audacieuse et novatrice, oui. Reste que la collection B.Zero1 s’inscrit fortement dans l’histoire de Bulgari, puisque le corps de la première bague reprenait le célèbre Tubogas, un motif de ressort tressé grâce à de longues et fines bandes d’or enroulées entre elles. Une signature stylistique qui a connu plusieurs réinterprétations depuis vingt ans, en acier lisse sculpté par l’artiste Anish Kapoor en 2010, ajourée comme une dentelle par l’architecte Zaha Hadid en 2013.

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«Ce n’est pas facile de réinterpréter des pièces iconiques, car il faut savoir innover sans dénaturer leur personnalité, confie Lucia Silvestri, directrice artistique des bijoux Bulgari. Pour B.Zero1 Rock, l’idée est vraiment de permettre aux jeunes gens de jouer avec les différents métaux et les différentes tailles des bijoux. C’est une collection que l’on peut facilement mélanger à d’autres pièces que l’on possède déjà. Il s’agit vraiment de pouvoir exprimer sa personnalité.»