Beauté

Buly, des cosmétiques à l’aura nostalgique

A Paris, l’Officine Universelle Buly renoue avec la beauté d’antan «à la française»

Ce qui frappe, ce sont les détails. Le costard blanc du serveur, son plateau en argent et ce service à thé en porcelaine baroque. Ici, on ne dit pas «expresso» mais café minute, on sert des «feuilles de glace» au sirop d’épine-vinette et des onigiris (en-cas japonais à base de riz) fourrés à la ratatouille.

En face du bar en marbre, un hipster gominé en blouse de pharmacien veille sur des produits de beauté aux noms complètement surannés: Eau de la Belle Haleine, Pommade Virginale, Huile Antique ou Opiat Dentaire. Les emballages rappellent furieusement les apothicaires d’antan. Ça sent Balzac à plein nez.

Bienvenue au 45, Saintonge, la nouvelle adresse parisienne de Victoire de Taillac et Ramdane Touhami, fondateurs de l’Officine Universelle Buly. Pour les aficionados de la beauté, Buly est le champion de la cosmétique nostalgique, la ligne de soins made in France qui a remis le XIXe siècle dans les salles de bains. Chaque boutique de la marque – huit à travers le monde – traduit une vision fantasmée du vieux Paris. Situé dans le Haut Marais, repère de bobos mondialisés, le 45, Saintonge s’est installé dans la fonderie qui coulait autrefois les œuvres de Rodin et Maillol. Y sont rassemblés le café Tortoni (du nom d’un célèbre cafetier du XIXe siècle), le comptoir japonais Nani Koré, un fleuriste proposant des bouquets séchés et, bien sûr, un corner Buly. «Toutes nos boutiques sont différentes, c’est notre façon de lutter contre la globalisation esthétique», se félicite Victoire de Taillac, la quarantaine naturelle et raffinée.

Duo d’esthètes

Dans le petit milieu de la beauté, le duo d’entrepreneurs de Taillac-Touhami fait figure de pionniers. Elle, l’aristo passionnée par la cosmétique et l’histoire de la beauté, lui, le fils d’ouvrier agricole d’origine marocaine féru de mode et d’histoire. En 2002, ils lancent Parfumerie Générale, premier concept store dédié à la cosmétique de niche, dont ils finissent par se séparer. Quatre ans plus tard, les époux remettent au goût du jour Cire Trudon, une manufacture de bougies née en 1642. Visionnaires, ils ont compris que dans une société où la mondialisation et le digital engendrent une perte de repères, le passé a valeur de refuge. Bingo. Trudon est un succès éclatant qui assoit leur réputation et l’influence.

Nos boutiques sont un écrin dans lequel nous exprimons notre vision de la beauté

Victoire de Taillac, cofondatrice de Buly

En 2014, place à Buly, un nom que le couple veut également réhabiliter. L’officine d’apothicaire a été fondée en 1803 par Jean-Vincent Bully (aujourd’hui amputé d’un «l» car trop péjoratif en anglais), un parfumeur qui connut la gloire grâce à son revigorant «vinaigre de toilette» et inspira justement Balzac pour le personnage de César Birotteau. Installée au 6, rue Bonaparte, à Saint-Germain-des-Prés, la première boutique de la marque offre dès ses débuts une expérience hors norme, avec cette saisissante impression de plonger au cœur du XIXe siècle. Une simple mise en bouche, insiste Victoire de Taillac. «L’histoire que nous racontons n’est qu’une toute petite partie de Buly. Les boutiques ne sont qu’un écrin dans lequel nous exprimons notre vision de la beauté. Ce qui compte vraiment, ce sont les produits que nous créons.»

Modernité à visage rétro

La force de Buly, c’est d’abord la diversité des produits. Sept cents au total. Loin de la rationalisation marketing ambiante, la marque ose ainsi proposer 120 sortes de peignes différents. Il y a aussi les multiples huiles végétales, argiles, poudres, savons, bains dermatologiques, produits parfumés pour le corps et autres bougies d’intérieur. Le tout proposé dans des emballages personnalisables. «La beauté est quelque chose de profondément individuel. Nous avons tous des obsessions et des besoins très différents et la richesse de notre offre entend y répondre», expose Victoire de Taillac.

Et contrairement aux (belles) apparences, les formulations de la marque n’ont rien de passéiste. Au contraire. Si Buly fait la part belle aux ingrédients traditionnels (encens du mont Athos en Grèce, poudre Bukkake du Japon, huile d’émeu, etc.), ceux-ci sont intégrés dans des préparations modernes et adaptées aux besoins contemporains. «Mon mari dit souvent que nous avons un pied dans le passé et un autre dans le futur. Nos parfums sans alcool à l’eau sont micro-encapsulés par exemple. C’est quelque chose d’incroyablement technologique qui n’existait pas il y a dix ans. Pareil pour les allumettes parfumées. Pour nous, il est crucial de rester extrêmement créatif», assure la patronne. Dernier projet en date? Un atlas de la beauté naturelle répertoriant l’origine et l’histoire des ingrédients cosmétiques, ainsi que leurs bienfaits. «Un jour, nous aimerions aussi reprendre de vrais bains publics, ajoute Victoire de Taillac. Aujourd’hui, les spas sont trop uniformes, et ça nous amuserait beaucoup. Mais nous sommes encore très occupés avec les boutiques que nous ouvrons.» 

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