C’est un projet de Vitra baptisé Citizen Office, un bureau qui aurait à son bord des travailleurs «citoyens», naviguant «de manière autonome selon une diversité de scénarios spatiaux, temporels et typologiques», stipule le projet Citizen Office 2011. Dès ses débuts, en 1991, trois papes de l’architecture et du design se sont penchés sur son berceau: Andrea Branzi, Michele de Lucchi et Ettore Sottsass. Entre-temps, ce concept a pris différentes formes, différents noms, au gré des évolutions culturelles et technologiques: il est appelé à être en constante évolution. Mais le principe reste identique; il est conçu comme un lieu des possibles, ultra-personnalisable, où le collaborateur évolue dans une culture du travail basée sur la confiance et «décide seul du rythme, de la forme et du site approprié à son activité: travail concentré, communication, en position debout ou assise – sur un siège de bureau ou dans un canapé».

Le Citizen Office est axé autour de deux différentes formes de base. Chacun de ces deux modules offre des opportunités d’interconnexion tout comme la possibilité de se retirer pour se concentrer ou se détendre. Il y a, d’une part, un Office Forum central, comparable à la place de marché d’une ville, et, d’autre part, des Workstation Areas agencées tout autour, à la manière de quartiers urbains. Ces dernières offrent des possibilités pour le travail de groupe ou le travail individuel, générées par différents types de postes. Ceux-ci sont plus compacts, grâce à la miniaturisation que permet la technologie, et ergonomiques – grâce à des tables à hauteur réglable et des chaises flexibles. Ces places peuvent être assignées à une tâche particulière ou non territoriales et destinées à des usages temporaires. Les anciens bureaux traditionnels existent toujours mais ne sont plus réservés à la direction: ils constituent des lieux de retrait possibles sous forme de pièces de silence, de débat ou de centre de médias. Le bureau est de plus en plus dépourvu de papier; ce qui ne peut être numérisé n’est pas classé sur le lieu de travail mais dans des archives centrales de proximité. «Les voies d’échange, au sein des Workstation Areas, sont organisées et planifiées, de sorte que le travail des individus soit le moins possible interrompu. Les discussions ont lieu dans les salles de réunion, dans les pièces communes ou dans l’Office Forum. Un protocole de bureau sert à fixer les règles pour un travail et une vie entre collaborateurs dans le respect des autres.»

L’Office Forum est une sorte de centre social. On s’y rencontre, on se parle, on y travaille aussi sans pour autant qu’il soit pourvu de postes de travail classiques. On y trouve des lounges, des fauteuils et des canapés, une cafétéria, une bibliothèque, des tables de réunion et de projets. C’est à la fois un espace public et privé, un lieu de repli et de réseau. Des postes permettent de s’isoler: leur occupation signale que l’on a besoin d’intimité et que l’on ne souhaite pas être dérangé.

Plus globalement, ce cadre dynamique incite les collaborateurs à la mobilité. Ils sont appelés à se déplacer souvent au sein du bureau et à adopter différentes postures: l’activité physique est de ce fait naturellement intégrée à la façon de travailler. Enfin, dans ce bureau idéal, «la variété des impressions, des associations et des atmosphères est propice à la créativité et à l’apprentissage. Bon nombre d’individus regrettent de ne pas trouver cette diversité au bureau et sont en quête de lieux extérieurs propices à l’inspiration ou leur permettant de se changer les idées. Dans un Citizen Office, les individus peuvent choisir les ambiances, les couleurs, les matériaux qui leur conviennent le mieux en termes d’atmosphère ou correspondant à la réalisation d’une tâche particulière», nous assurent les promoteurs de ce projet. La vie professionnelle s’y déroule-t-elle de manière aussi idéale que sur le papier? Vos projets se réalisent-ils sans peine ni sueur? Devient-il pour autant beaucoup plus simple de demander une augmentation à votre chef? Vos collègues se transforment-ils soudainement en une gentille meute apprivoisée? A voir… Quoi qu’il en soit, ces réflexions sont une source d’inspiration certaine. Lors d’une visite des bureaux de l’entreprise Vitra, à Weil am Rhein, agencés selon les principes du Citizen Office, cette musique d’avenir était parfaitement concrète et donnait, il est vrai, à rêver. V. F.