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La Fashion Week new-yorkaise est le symbole d’une mode tournée vers un style accessible où le vêtement retrouve sa place

A l’été 2015, le sportswear et le streetwear ne sont plus des tendances. Là où il y avait une certaine apathie à porter des tenues destinées aux activités sportives, seigneurs de la mode et maisons parisiennes ont adoubé le genre et comblé le fossé qui le séparait du luxe. Quand la couture commence à porter des baskets, on ne peut plus vraiment faire abstraction du confort, ou omettre de joindre l’utile à l’ornemental. L’impression la plus prégnante parmi ces silhouettes qui défilaient il y a six mois a été celle d’un fondu entre des formes regorgeant de détails utilitaires – poches, pattes, et autres tailles ajustables – et une légèreté d’être, presque une disparition du vêtement au profit du corps qui affleure à la surface.

A Paris ou à Milan, les maisons se recentrent sur leur identité, travaillent leur univers et proposent une idée forte. A New York, le vêtement part à la rencontre de celle qui le saisit. Des idées, il y en a mais elles sont diffuses, un courant de conscience d’où jaillit une multiplicité de possibles. Au final, accepter de savourer une forme de décontraction sans chercher la réinvention à tout prix.

Le combat est ailleurs, la femme n’est plus tout à fait une guerrière et la peau n’est plus l’ultime rempart contre les agressions. Les carapaces sont internalisées face à un monde pétri d’incertitudes et une mode devenue sport de haut ­niveau. Et les petites robes blanches d’Alexander Wang sont faites pour le pratiquer, avec leurs perforations délicatement graphiques qui ne sont pas sans rappeler les tenues de tennis.

Sous les matières techniques apparaît la peau, nouvelle matière phare sur les podiums. On la devine chez DKNY sous les perforations d’une robe maillot et pareillement retranscrite dans la maille imaginée par le duo Proenza Schouler. Le jeu se fait plus sophistiqué pour Milly, où le graphisme de ces géométries simples fascine comme autant d’illusions d’optique. La sophistication est de mise dans les cannages partiels qui habillent un pantalon ou un haut de Phillip Lim.

Capteur hors pair du temps présent, Marc Jacobs aura exprimé le plus clairement l’idée à laquelle renvoyaient ces transparences, isolant ses invités dans une bulle personnelle grâce à des écouteurs, tout en proposant un réel vestiaire. Dialogue autour de l’uniforme, sa collection explorait la dissolution de l’individualité au profit d’une globalisation des codes pour ceux qui oublieraient que la nature a l’uniformité en horreur. La seule différence qui demeure au final est soi-même, nu comme au premier jour, et sous la gaze transparente, cette précieuse cargaison s’entrevoit, se réaffirme.

Parfois même, on ose les découpages inhabituels, laissant voir à dessein de nouvelles zones érogènes. La taille apparaît par l’asymétrie d’une tunique Prabal Gurung. Chez Cushnie & Ochs, le tissu disparaît presque entièrement, ne laissant derrière lui qu’une trame verticale qui retient des modules encore entiers. Là, un triangle sous une clavicule, où cet espace oublié sous la poitrine revoit le jour sans être des failles d’armure.

En somme, les podiums new-yorkais offraient le digne reflet de notre époque, faite d’une transparence toute relative et où il faut savoir se mettre en scène.

Des bandes noires barrent les robes translucides de Lela Rose comme pour censurer la peau, ce tissu interdit. A cela près que le secret et la présomption de culpabilité changent de main. Il n’est plus donc à celle qui se dévoile de cacher cette peau qu’on ne saurait voir, c’est au voyeur qu’il incombe de ne pas se frotter à ces créatures d’un genre nouveau.

Et poussant plus loin, on pourrait presque deviner dans ces jeux de transparence un cocon de métamorphose. Celle de New York en premier lieu. Le Lincoln Center ne sera plus, passé les collections de février, le point focal, et la «Fashion Week» devra se trouver un nouveau centre névralgique. Pour le secteur de l’habillement, ensuite, qui se voit injecter des capitaux municipaux pour ceux qui voudraient faire du «Made in New York». Mais surtout celle des humains. Une certaine fluidité du genre s’exprime croissant, dans laquelle on rejette la définition du soi par l’habillement, à la manière de Shayne Oliver chez Hood by Air, qui a raflé une mention spéciale à la première édition du Prix LVMH pour son travail défiant conventions et normes arbitraires.

Adaptation et évolution, en somme. Le vivant est ainsi fait.

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