Il faut ouvrir l’œil, éventuellement prendre une loupe, pour être en mesure d’apprécier tous les détails de ces œuvres à peine plus larges qu’une pièce de monnaie. La finesse d’un trait incisé dans le métal par le burin du graveur, les pigments en dégradés de l’émail, les mille nuances de beiges d’une marqueterie de paille transforment certains cadrans en objets d’art… Si ces derniers sont rares et précieux, c’est plus par la valeur du geste des artisans qui les ont conçus que par le caratage des diamants qui les illuminent. Ces pièces d’exception, éditées en petites séries confidentielles, reposent sur des techniques ancestrales, qui, pour la plupart, ne s’enseignent pas dans les écoles mais se transmettent de maître à apprenti.

Un monde animalier

Dans un bâtiment adjacent à la Manufacture Cartier de La Chaux-de-Fonds, la Maison des métiers d’art de la marque abrite d’inestimables savoir-faire. Ici, la granulation et ses assemblages minutieux de billes d’or, la marqueterie, la mosaïque, l’émaillage réinventent tour à tour la figure emblématique de la panthère. Cette année, la tête du félin se taille encore une fois la part du lion au cœur de la montre Ronde Louis Cartier (marqueterie de paille et d’or) produite en 30 exemplaires. Surgissant du cadran, elle est composée de 75 brins de paille de tailles et d’orientations différentes, travaillés en 11 couleurs et associés à plus de 65 éléments en or gris, jaune et rose, satinés un à un. Quelques fils d’or jaune discrètement incrustés dans certains éléments en paille rehaussent le tableau, tout comme ces petites touches d’émail distillées çà et là en guise de taches sur le pelage. Note finale de cette œuvre miniature née au terme d’un travail de 97 heures, l’œil de la panthère est coloré de quatre nuances différentes.