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figures de style

A Cannes, un autre corps?

Depuis une semaine, nous voilà submergés de photos de stars posant sur le tapis rouge cannois, parées par les grandes maisons de luxe. Que nous dit cet engouement sur l’évolution des icônes de mode?

Que voit-on à Cannes? Quelques bons films et beaucoup de stars. Le cinéma, à cette occasion, paraît sortir d’un écrin de velours rouge, et le glamour semble être le socle même sur lequel repose cette industrie. Que fait aujourd’hui une marque de mode, de cosmétiques ou de joaillerie qui souhaite avoir une visibilité maximale? Elle prend une suite dans un grand hôtel cannois, une attachée de presse avec des nerfs solides et espère qu’un maximum d’actrices A-list porteront ses créations sur le tapis rouge, s’assurant ainsi d’innombrables retombées médiatiques. La célébrité, cette merveilleuse vitrine animée du XXIe siècle.

Au fil de l’histoire et des révolutions esthétiques, le corps dans lequel la mode a cherché à s’incarner n’a cessé de se transformer. Pas seulement dans ses mensurations, mais aussi dans ses représentations symboliques. Du buste en osier qui servait à poser les robes des couturiers à ces jeunes femmes défilant un numéro à la main dans les salons de haute couture, des top-modèles des années 1980 aux it-girls d’aujourd’hui, l’identité propre et la valeur des modèles n’ont cessé de s’étoffer. Jusqu’à la figure ultime, aujourd’hui, de la célébrité ambassadrice d’une marque.

L’anonymat du portemanteau a fait place à la recherche de personnalités capables de porter le vêtement plus qu’il ne les porte: l’évolution est a priori plutôt flatteuse. Elle incite à croire que la figure du mannequin s’est progressivement distanciée de celle de la femme-objet pour laisser place à la reconnaissance de vraies personnalités. C’est en partie vrai, comme en témoigne également l’ouverture (relative) du métier de mannequin à des physiques plus atypiques, des «gueules» plus que des beautés lisses. Pourtant, cette trajectoire nous parle en filigrane d’une autre évolution et d’un autre métier: à mesure que les mannequins se sont incarnées, les «comédiennes», elles, sont devenues des «actrices» et, pour certaines, des mannequins. Et ce corps-là a lui aussi évolué, dans ses contours tout comme dans ce qu’il représente; il répond à des normes de plus en plus stéréotypées. Dans le dernier numéro de Vogue, Julianne Moore rappelait ainsi à quel point la beauté, pour les actrices, est un combat au quotidien.

Cette fascination pour les stars n’est pas nouvelle, bien sûr: Brigitte Bardot arrivant sur la Croisette, quoiqu’elle ne fût l’égérie d’aucune marque, c’était un événement. Mais l’exposition médiatique dont les célébrités font aujourd’hui l’objet, tout particulièrement à l’heure du numérique et des réseaux sociaux, démultiplie leur capital de visibilité et leur aura publicitaire. Elles sont devenues des «icônes» – un mot dont la mode raffole aujourd’hui et qui désigne indifféremment une personnalité, un rouge à lèvres ou un sac à main. Démultipliées et dématérialisées par des campagnes de pub mondialisées tout comme par ces images du tapis rouge cannois, les «icônes» ont fini par acquérir la force des images liturgiques auxquelles renvoie leur étymologie. Les icônes, ces héroïnes des temps modernes, tête d’actrice sur corps de mannequin – à moins que ce ne soit l’inverse –, semblent incarner la singularité tout en se conformant poliment à une beauté normative. Des figures d’inspiration complexes, dans lesquelles il est possible de projeter nos désirs ambivalents d’indépendance et de conformité. Et qui entretiennent, plus que jamais, le merveilleux bal des illusions.

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