Slash/flash

Carine Roitfeld/Fantômette

Et si les figures légendaires et les people qui nous inspirent et nous font rire n’étaient que des avatars? Aujourd’hui, la preuve avec l'instigatrice du porno chic

La mode, ce n’est rien d’autre qu’un scénario. La mode, c’est Netflix, en mieux. La mode, nous y puisons des personnages dans lesquels nous nous glissons, comme nous nous lovons, le matin, dans un costume de banquier, dans une robe de diva italienne ou dans un sweater à capuche. On croit acheter un vêtement. On emprunte une personnalité. La mode, c’est des bouts de vies en leasing qu’on quitte sans remords, comme on jette un t-shirt sale dans la corbeille à linge.

Certains se servent des modes successives pour accompagner leurs métamorphoses, pour éprouver et donner à voir que «je est un autre». Ceux-là s’habillent comme on se choisit un rôle. D’autres, au contraire, usent de la mode pour se recentrer, pour se définir au plus près, pour se recadrer, pour creuser un seul personnage. Ils se composent une sorte d’uniforme qui finit par être leur première peau. J’ai toujours pensé que Carine Roitfeld et Fantômette appartenaient à cette espèce-là. Parce que la première a longtemps souligné ses yeux d’un trait de noir, élégant et mystérieux comme un loup?

Carine Roitfeld, on en reparle parce que, en mai, elle sortira sept parfums dont on attend des merveilles. Carine Roitfeld est l’une des muses qui ont façonné le goût des autres et notre paysage visuel – celui des années 2000. Fille d’un réalisateur fantasque, Parisienne jusqu’au bout de ses ongles au naturel, elle a commencé par être vaguement mannequin avant d’être styliste et de rencontrer le designer américain Tom Ford, l’homme qui fit la gloire de Gucci. A eux deux, et avec notamment le photographe Mario Testino, Roitfeld et Ford ont lancé ce que l’on a appelé ensuite le porno chic, des images et des habits très hot – on se souvient de ce mannequin révélant un pubis rasé en forme de G (comme Gucci).

A la fois rock et désinvolte

En bonne styliste qu’elle était alors, Carine Roitfeld a su cristalliser son époque: celle qui allait voir des hommes et des femmes mater YouPorn sur leur smartphone dans les embouteillages ou profiter de la stérilité des réunions pour booker des nuits sans lendemain. Puis, portée par son succès, Carine Roitfeld a pris la tête de la version française du célèbre magazine Vogue – qui n’était pas encore ce catalogue vain, demi-mondain et désolant qu’il est devenu aujourd’hui. Pourquoi Carine Roitfeld a-t-elle quitté brusquement Vogue en 2011? Mystère. Depuis, elle vole de projet en projet – un magazine, un livre avec Karl et, bientôt, ces parfums – silhouette crayon toujours parfaite, à la fois rock et désinvolte, l’œil impardonnable et le sourire sibyllin de celles qui en savent plus, immuablement.

Comme Fantômette, justement. Fantômette – je l’écris pour les garçons qui ne lisaient que Michel Vaillant –, c’est l’une des héroïnes pour enfants les plus populaires de la seconde moitié du XXe siècle, et l’un des piliers de la Bibliothèque Rose. Bonne écolière le jour, Fantômette enfile sa cape noire, son body jaune et son loup pour jouer les Catwoman de nuit. Personne ne se doute qu’elle mène une double vie, surtout pas ses copines Boulotte et Ficelle.

Roitfeld/Fantômette. Deux façons de s’être constitué une garde-robe et d’avoir, ainsi, trouvé son personnage. Deux manières de donner l’impression que leur élégance aérienne les définit sans les enclore. Que ce qu’elles donnent à voir leur correspond mais qu’elles cachent quelque chose. Que l’habit contribue à faire le moine. Que le paraître n’est pas trop différent de l’être. Roitfeld/Fantômette drôle d’attelage? Pas tant que ça, mille pompons!


Chroniques précédentes: 

Publicité