Savoir-faire

Au carrefour de l'horlogerie et de la joaillerie, tout est permis

Entre scintillements extravagants et illuminations hivernales, le temps en filigrane, l’horlogerie revêt sa tenue de fête. En robe de diamants, évidemment

Drapée dans sa robe fourreau rose fuchsia, port altier avec une rivière de diamants, poignets gantés soulignés de manchettes scintillantes, Marilyn Monroe les a encensés dans une scène culte du cinéma en entonnant Diamonds Are a Girl’s Best Friend. Rihanna en a fait le refrain entêtant de son titre planétaire Diamonds. Les Beatles, un tube psychédélique intergénérationnel: Lucy in the Sky with Diamonds.

Les diamants ont de tout temps fasciné par leur brillance unique. Les artistes, les joailliers mais aussi les horlogers. En mode monochrome ou au gré d’un parfait accord avec des pierres précieuses de couleur, les diamants mettent le temps au diapason de leur éclat. Au point de croisement entre l’horlogerie et la joaillerie, l’heure se fait incandescente. Théâtrale, précieuse.

Ribambelles de diamants, lignes de fuite soulignées de lumière, volumes décomplexés, formes chahutées, contrastes chromatiques ou, au contraire, architecture d’une seule couleur… Quand la joaillerie s’empare de la mesure du temps, il est avant tout question de folie, d’inédit, de frénésie. Comme si le champ lexical de l’interdit n’avait pas droit de cité sur le territoire du précieux. Tout serait-il permis? Presque. Joaillier des rois bien longtemps avant de devenir horloger, Cartier ne s’impose aucune censure. La plus fantasque de ses collections réunissant horlogerie et joaillerie, la bien nommée Cartier Libre incarne cette philosophie à travers cinq nouvelles pièces en éditions limitées entre 15 et 50 exemplaires, dont quatre variations autour de la très classique montre Baignoire.

Etoilée, la montre Baignoire est bercée par une cascade de spinelles noirs et de diamants. La Baignoire se fait aussi Interdite avec son ovale de diamants recouvert de « rubans » d'un noir brillant. Dans la version Infinie, combinaison de nacre blanche, de nacre de Tahiti, de diamants baguette et de spinelles noirs, la Baignoire donne le vertige. Dans sa forme Débordante, enfin, elle déploie autour de son cadran une immense corolle rythmée de diamants et spinelles noirs. Pétillants comme des bulles de champagne.

Jardin enchanté

Chez Van Cleef & Arpels, le temps est une poésie contée par des fées, des coccinelles, des insectes graciles ou des fleurs délicates. Il se mue en une collection de haute joaillerie aux accents naturalistes qui explore un jardin parsemé d’une flore extraordinaire.

Au poignet, la montre Chrysanthème Secret offre à sa généreuse corolle finement ciselée tout le loisir de s’épanouir autour d’un minuscule cadran couleur d’automne serti de grenats spessartites, dissimulé sous un pétale amovible. Cette pièce présentée au sein d’un jardin composé de huit montres à secret en pièce unique illustre le savoir-faire joaillier cultivé par Van Cleef & Arpels, qui, bien avant de s’intéresser à la mesure du temps, concentrait sa créativité dans le domaine de la haute joaillerie. Chaque pétale de ce chrysanthème est ainsi souligné par un subtil dégradé de diamants et de saphirs roses, tandis que le feuillage se pare de diamants de divers diamètres.

A propos de la célèbre ligne de Van Cleef & Arpels: Alhambra, la modernité à quatre feuilles

Dans le registre des montres précieuses, Chanel nourrit le présent à la lumière des codes esthétiques qui ont jalonné son histoire. Le camélia, fleur fétiche de Gabrielle Chanel, les paravents de Coromandel, dont les détails sont régulièrement interprétés sur des cadrans de montres, sont autant de motifs présents dans les garde-temps de la maison parisienne depuis les années 1980.

Pour tout savoir sur  Les mystères des paravents de Coromandel

Les codes de la couture et de la maroquinerie également, tels le tweed, le gansé des tailleurs ou l’iconique sac matelassé 2.55. Le fermoir de ce dernier s’invite au cœur de la montre Code Coco dans une version joaillière intégralement sertie de 56,47 carats de diamants en édition limitée à 5 exemplaires. Souple comme une étoffe, le bracelet en or blanc se drape de diamants taille princesse, la lunette est soulignée par des diamants baguette tandis que deux cadrans sont ornés d’un parterre de diamants taille brillant. Pareille à une fine manchette, la montre Code Coco est avant tout un bijou précieux. Qui, accessoirement, donne l’heure.

Orfèvres virtuoses

Les heures précieuses ne sont pas l’apanage des maisons entrées tardivement dans l’histoire de la mesure du temps. Avec le développement des créations de haute joaillerie, l’horlogerie féminine de Chopard s’est au fil du temps enrichie de techniques virtuoses propres à la discipline. L’édition 2018 de la Montre de l’Impératrice, modèle le plus sophistiqué de la collection Impériale, est inspirée par la couronne de Catherine II de Russie, dite «Catherine la Grande».

Le jour du couronnement de cette dernière, en 1762, le fameux symbole de majesté arborait quelque 5000 diamants ainsi qu’un impressionnant spinelle de 298,72 carats orné d’une croix. A l’intérieur de la couronne, une ganse de velours rouge impérial. Chopard réinterprète cet objet d’apparat à travers une montre à secret dont le couvercle ajouré est serti de diamants, de perles et, en son centre, d’un rubis. Auréolé d’une lunette sertie de diamants, le cadran met à l’honneur la technique de l’émail «Grand Feu». En coulisse, heures et minutes sont cadencées par un mouvement automatique maison entièrement décoré à la main selon la technique de gravure fleurisanne qui permet de sculpter le métal en relief pour obtenir un contraste avec l’arrière-plan.

Cornes asymétriques

Parmi les marques horlogères historiques, Piaget cultive également une longue tradition de modèles joailliers. Les années 1970 constituent un vivier d’une richesse extraordinaire dans lequel les montres manchettes en or aux formes extravagantes, les cadrans en pierres dures et les bracelets en or tressés de mailles ont valu à la maison le surnom de «joaillier de l’horlogerie».

Cet héritage est régulièrement revisité à travers des modèles qui témoignent d’une grande maîtrise des codes de l’orfèvrerie, telle la nouvelle Limelight Gala Haute Joaillerie. Née dans les seventies, cette montre reconnaissable à ses cornes asymétriques allongées témoigne de ce souffle créatif dans une version scintillante inédite, entièrement sertie de 741 diamants de diverses tailles.

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La pure mécanique horlogère s’habille elle aussi de précieux atours chez Audemars Piguet. Pour concevoir la Royal Oak Concept Flying Tourbillon, première montre féminine de cette collection dévoilée en 2002, la marque s’est inspirée des paysages hivernaux de la vallée de Joux. Le scintillement du givre et de la neige est incarné par un sertissage invisible de 120 diamants baguette de 48 diamètres différents.

Plus d’une heure de travail est nécessaire à l’artisan pour sertir chacune des pierres sur l’or blanc du boîtier qui révèle le mouvement et son tourbillon volant au gré d’une ouverture en forme de flocon. Au poignet, l’hiver s’impose comme la saison la plus festive. Brillant exemple d’un raffinement horloger qui signe la symbiose de la mécanique du temps et de la poétique du précieux.

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