Un jour, une idée

Ceci n’est pas un arsenal mais une papeterie

«Surtout ne pas baisser le crayon» disait Plantu. En ces périodes tourmentées où une mine grasse a valeur de kalachnikov, les papeteries sont comme des îlots de résistance. A l’image de Brachard, fidèle au poste depuis 1839

Un jour, une idée

Ceci n’est pas un arsenal, mais une papeterie

Par ces temps troublés où une mine grasse est comparée à une kalachnikov, où l’on tue pour une caricature et où le sang est versé pour une sanguine, il faut saluer les papeteries, ces arsenaux de la liberté d’expression. «Surtout ne pas baisser le crayon!» disait Plantu au lendemain de la tuerie de Charlie Hebdo.

Alors levons-le bien haut et rendons hommage à la papeterie Brachard qui, depuis l’année dernière, consacre un espace de 120 mètres carrés au crayon de notre enfance, celui qui a vu naître nos premiers gribouillis: Caran d’Ache. Vous y trouverez toute la gamme des produits de la célèbre marque genevoise, et quelques objets réservés exclusivement à ce point de vente.

Dommage d’en passer par les métaphores guerrières pour évoquer l’histoire de ce qui est bien plus qu’une papeterie, une véritable institution, créée en 1839, date à laquelle Nicolas Victor Alexandre Brachard, né à Paris, tombe amoureux d’une Genevoise et décide de s’installer où vit sa promise. La cité du bout du lac, tenue pendant longtemps dans les austérités calvinistes, redécouvre alors le plaisir des arts et le goût d’un certain luxe discret. L’aïeul, profitant de ce renouveau, ouvre une papeterie franco-anglaise où les artistes viennent s’approvisionner. Barthélemy Menn, et plus tard Ferdinand Hodler en seront les clients réguliers.

Cent septante-cinq ans plus tard, après quelques micro-déménagements liés au développement commercial des Rues-Basses, l’enseigne est toujours là, tenue par la cinquième génération des Brachard, Jean-Marc, et son neveu Pascal. Le tandem a réussi la fusion entre tradition et modernité.

Tradition avec sa papeterie de luxe, ses plumes et stylos de marque, parfois de collection, sa maroquinerie, ses fournitures de bureau, son matériel pour les beaux-arts, ses papiers d’emballage originaux – japonais, pop, psychédéliques, enfantins ou classiques – et sa carterie très variée. A propos, si vous pensiez vous manifester pour la Saint-Valentin autrement que par un smiley, il y a là de quoi inspirer de belles lettres d’amour.

Tradition encore avec la reprise en 1980 d’une galerie d’art jouxtant le magasin et d’une nouvelle enseigne, «La Vitrine du papetier antiquaire».

Tradition toujours – et même préservation du patrimoine – avec l’aménagement intérieur du magasin principal, témoin de cette architecture italienne un peu baroque des années 60 imaginée par Henry Perey, un ensemblier alors très en vogue à Genève. On lui doit aussi le concept de l’Age d’or, la première pizzeria du bout du lac. Pour Brachard, le décorateur avait imaginé un large escalier dont la rampe en fer forgé conduit à la première galerie alors que du faux plafond descend un lustre monumental, fabriqué sur mesure à Murano. Tout est resté en l’état. L’esthétique du lieu a prévalu sur sa rentabilité, on apprécie.

La modernité, maintenant. Hormis la boutique en ligne, il existe depuis 2008, au 18, rue de la Cité, une nouvelle enseigne, «Brachard contemporain», qui promeut tout ce qui est design dans le domaine de l’écriture, des accessoires et des meubles de bureau. Des expositions y sont organisées régulièrement. Pour l’heure, l’espace accueille le concours de dessin lancé l’année dernière sur le thème «Faites le portrait de quelqu’un qui vous est cher». Elle est visible jusqu’au 31 janvier, qui est aussi le dernier jour des soldes.

Brachard, rue de la Corraterie 10, 1204 Genève. Tél. 022 817 05 55. Du lundi au vendredi, de 9h à 18h30. Le samedi de 9h30 à 17h30. www.brachard.com

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