Technologie

Centenaire, BMW imagine son futur

Plutôt que de glorifier son passé, le groupe bavarois prend le risque pour ses 100 ans de prédire l’avenir. En préservant le plaisir de conduite, gageure dans le monde proche de la voiture autonome

D’abord constructeur de moteurs d’avion et de motos avant de lancer dans l’automobile, la Bayerische Motoren Werke commémore en 2016 un siècle d’existence. Beaucoup de marques auraient sauté sur l’occasion pour sortir un modèle anniversaire et encenser leur passé. Le groupe bavarois a préféré imaginer ce que seront ses quatre marques (BMW, Mini, Rolls-Royce, la moto) dans 20 ou 30 ans. Ce qui revient à prendre le risque de se tromper de voie sur l’autoroute de l’avenir. L’exercice prédictif est ardu à une telle échéance, surtout avec l’accélération des technologies numériques. C’est aussi prendre le risque de proposer des études hideuses, à l’exemple de la Rolls futuriste dévoilée en juin, paquebot sur roues dont ne voudrait même pas Cruella d’Enfer.

A l’enseigne de «Vision Next 100», le groupe bavarois a présenté ce printemps à Munich et Pékin le coupé BMW de l’an 2040 (environ), avant de passer à Mini et à Rolls cet été à Londres, puis à la moto en octobre à Los Angeles. Selon nos sources, le deux-roues devrait être pourvu d’un système gyroscopique qui garantirait sa stabilité en toutes circonstances. La technologie est la grande affaire de BMW, par exemple le premier constructeur à avoir informatisé la gestion de ses moteurs.

Conduire ou être conduit

Mais la projection dans un monde où la conduite sera de plus en plus assistée, connectée, autonome, est un défi pour un fabricant de voitures à identité sportive. Karim Habib, responsable du design de la marque BMW, pose l’équation: «Notre valeur première est émotionnelle: le plaisir de conduite. Comment dès lors se redéfinir dans un futur où l’automobiliste sera conduit plutôt que de conduire lui-même? Mais l’assistance, c’est une question de choix et de degré. On peut la choisir ou y renoncer, en partie. Lorsque nous avons pour la première fois introduit le contrôle de traction sur nos modèles, beaucoup de clients nous ont dit qu’ils maîtrisaient très bien leur BMW et qu’on leur gâchait leur plaisir. Mais ils s’y sont habitués. Le système a fait d’eux de meilleurs conducteurs. Voilà l’idée générale de notre exercice futuriste: garantir une conduite optimale, que l’on soit ou non au volant.»

C’est ainsi que la BMW, la Mini et la Rolls-Royce de 2040 sont des véhicules électriques autonomes, où les technologies numériques s’emploient à mener leurs passagers à bon port. Mais la BMW et la Mini Vision Next 100 prévoient aussi des modes «boost» où le conducteur est maître de sa trajectoire comme de son bon plaisir. Le meilleur des deux mondes, pour autant que les conditions de circulation de 2040 ou 2050 autorisent de telles échappées belles.

Durable et vertueux

La BMW d’après-demain ne propose plus d’écrans, mais des commandes intuitives. Les informations de conduite sont en réalité augmentée, se superposant à l’ensemble du pare-brise. Fini la laine, le bois ou le cuir, ces matières d’hier. Vive les alliages légers, les matériaux de synthèse, les celluloses, les fibres recyclées. Quitte à ce qu’ils se patinent avec le temps: ce monde-là sera durable autant que vertueux. Grâce à des modules mobiles en 3D, l’habitacle change d’apparence selon que la BMW est en mode autonome ou conduite humaine. Cette «géométrie vivante» est aussi de mise à l’extérieur, pour signaler aux autres usagers que la voiture est en pilotage automatique ou conventionnel. Ou pour modifier l’aérodynamique, la carrosserie pouvant s’étendre ou se contracter comme une peau flexible.

Si la BMW visionnaire est toujours un véhicule individuel, la Mini Vision Next 100 est partagée. Une fois réservée, elle se rend toute seule vers son destinataire. Mais celui-ci peut personnaliser à l’envi sa Mini d’une heure ou d’un jour, grâce au toit et à l’habitacle à couleurs variables, à des informations projetées comme l’on veut sur le pare-brise ou un instrument circulaire kaléidoscope dont la teinte dominante change comme une humeur.

Enfin, la Rolls de l’anthropocène bien avancé restera une Rolls. Certes électrique, mais toujours ultra-élitaire. Son propriétaire pourra en choisir la carrosserie comme le sanctuaire intérieur, à deux ou quatre places. Mais sans chauffeur: la berline de luxe ultime sera entièrement autonome. En guise de valet, le système d’assistance anticipera les moindres désirs des personnes à bord. Arrivé à destination, par exemple devant un palace, le toit et les portes s’ouvriront pour que les heureux élus puissent se redresser et descendre en majesté de leur carrosse. Quitte à prendre les parapluies logés dans la carrosserie s’il pleut, Rolls restant ce qu’elle est: anglaise.

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