Bateau 

C’est l’auto qui prend la mer…

Aston Martin, Mercedes, Bugatti ou Lexus se lancent dans la fabrication de yachts rapides pour lester leur image exclusive

Pas de doute, c’est une Aston Martin. Le logo ailé sur la proue, la poupe et le volant. Le style élancé, élégant, puissant. Le cuir, les matériaux composites, le bois précieux. Un coût exorbitant (1,7 million) et l’assurance d’être vu, sauf en cas d’échappée belle en haute mer.

Absolutely, le constructeur automobile britannique, se lance dans l’univers de la navigation de plaisance. Il a commencé cet hiver la fabrication de son hors-bord AM37, au compte-gouttes, dans le chantier naval de son partenaire néerlandais Quintessence Yachts. Un autre partenaire batave, l’architecte naval Mulder, a conçu le bateau. Aston Martin s’est chargé du design.

Lire aussi:  Quand Porsche, Aston Martin et Bugatti réinventent les résidences de luxe

«Il faut désormais nous voir, toutes proportions gardées, comme Richemont ou LVMH, notait au récent Salon de l’auto de Genève Marek Reichman, patron du design chez Aston Martin. Un groupe spécialisé dans le luxe, capable de proposer des voitures de sport à moteur avant ou central, des résidences, des bateaux, même un sous-marin. Toujours en gardant un langage stylistique basé sur les valeurs élémentaires de la beauté et du maintien, l’usage dynamique des formes et des matériaux, l’élégance des proportions. Une robe ou un sac Chanel, vous les reconnaissez immédiatement grâce à leurs coupes franches et leur simplicité. Nous tendons au même but chez Aston Martin.»

Sous-marin de poche

Comme son rival Porsche, la marque britannique renforce sa notoriété en touchant à l’architecture haut de gamme et au yachting. Elle vient même de concevoir, comme l’indique Marek Reichman, un sous-marin de poche, le Nautile, avec le spécialiste des submersibles Triton en Floride. Le Nautile ne sera sans doute jamais commercialisé, tout comme le hors-bord AM37 ne se vendra sans doute qu’à une poignée d’exemplaires. Mais l’un et l’autre amènent une dose supplémentaire de rêve à l’image exclusive d’Aston Martin. Tout en visant, sait-on jamais, la clientèle raréfiée qui a les moyens de s’acheter à la fois la voiture de James Bond, un yacht et une île.

Capable de pousser des pointes à 50 nœuds (environ 90 km/h) dans sa version la plus puissante, le hors-bord AM37 n’est pas équipé de moteurs Aston Martin. Deux puissants Mercury Racing propulsent le bateau. Le constructeur britannique est ici obligé de faire allégeance aux technologies marines. «Le design industriel implique toujours la collaboration du style avec l’ingénierie, poursuit Marek Reichman. Il s’agit de réussir la meilleure intégration possible. Si je n’étais pas capable de travailler avec des techniciens, je serais un artisan. Ou un sculpteur. Heureusement, le design industriel vous forme à appliquer les mêmes principes de base – découvrir, évaluer, améliorer, réinventer – à toutes sortes de produits.»

Flèches d’argent

La vedette super-rapide d’Aston Martin, d’une longueur de 11 mètres, déploie au besoin un toit en carbone au-dessus du cockpit. Un autre élément mobile peut entièrement couvrir le poste de pilotage. La cabine, dotée de toilettes et d’une douche, accueille jusqu’à huit personnes. Son sofa se transforme en lit à deux places. Un four micro-onde et une machine à café font partie de l’équipement standard.

Le petit yacht de Mercedes-Benz, l’Arrow 460-Granturismo, a lui aussi des éléments mobiles. Son grand pare-brise se soulève à l’aide de vérins hydrauliques, ses vitres latérales se rétractent dans la coque. Evocateur des «flèches d’argent» qui dominaient les courses automobiles entre-deux-guerres, le bateau rapide de 14 mètres commence lui aussi sa production en petite série, au coût unitaire de 2,5 millions de francs. Mercedes signe le design du yacht, dont la réalisation est confiée à la société Silver Arrow Marine, basée à Monaco.

Yacht d’aristocrate

Bugatti entend accompagner son bolide subsonique Chiron (1500 ch, 420 km/h) d’une flèche marine qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau de mer. Capable d’atteindre 44 nœuds (environ 80 km/h), le yacht de 20 mètres reçoit sur le pont un jacuzzi et un barbecue, ainsi que du marbre, du cuir et un lit double dans l’habitacle. Développé avec le spécialiste monégasque Palmer Johnson Yachts, Niniette 66 devrait coûter plus de 4 millions de francs selon The Financial Times

Niniette? C’était le surnom de Lidia, fille d’Ettore Bugatti, le créateur de la marque alsacienne. Bugatti avait donné ce surnom au hors-bord sportif qu’il avait conçu en 1930 pour un aristocrate italien. Le «66» est le nombre d’exemplaires escompté pour le yacht. Même si le premier bateau n’est pas encore achevé.

Parmi les marques auto de luxe qui associent désormais leur nom au yachting, le japonais Lexus (Toyota) frappe fort avec son splendide hors-bord de 12 mètres. Le design du powerboat est plus réussi que la moyenne des berlines, coupés ou SUV de Lexus… Bien nourri par deux moteurs V8 de la marque japonaise, le bateau ne devait être qu’une étude de style, comme les équivalents marins de Jaguar, Porsche ou Peugeot. Mais il a gagné début mars le Prix du «Bateau de l’année» au Japon. Du coup, Lexus a décidé de lancer sa production pour la fin 2019.

Publicité