La plupart des horlogers ne les ont pas vues venir. Jusqu’à ce qu’une étude révèle qu’il s’est vendu près de 5 millions de smartwatches l’an passé à travers le monde selon une estimation Canalys, soit environ un cinquième de la production totale de l’horlogerie à quartz suisse, ce marché affichant une croissance de près de 900% en 2014. Ça pousse à réfléchir.

Le monde de l’horlogerie n’en est pas à sa première révolution, mais depuis la crise du quartz dans les années 70, les horlogers ont su mettre leurs atouts en avant et redonner le goût des montres mécaniques non seulement à ceux qui ne l’avaient plus, mais surtout à ceux qui ne l’avaient jamais eu.

Face à la déferlante de montres connectées, les horlogers, les manufactures, les marques cherchent à trouver leur place et à la garder. Il y a ceux qui s’engagent dans la bataille. Et puis il y a les autres, qui répondent autrement, qui parient sur l’art horloger dans ce qu’il a de plus pur, qui pensent que la valeur d’une montre ne peut se réduire à la simple fonction de donner l’heure. Ils s’interrogent sur la notion même du «temps», sur la nécessité d’en rester maître, et ces réflexions s’incarnent dans des pièces hautement symboliques auxquelles on s’attache pour des raisons irrationnelles .

Certaines maisons créent des garde-temps qui viennent titiller le statut d’objets d’art. Ils sont le fruit d’un savoir-faire ancestral, ils sont une ode à la beauté et à la poésie, et cela suffirait presque pour justifier leur existence.

En découvrant en avant-première le travail minutieux d’un glypticien-graveur, qui a fait naître tout un paysage sur un cadran, j’ai tellement envie de leur donner raison de croire, comme le prince Michtine, dans L’Idiot de Dostoïevski que «la beauté sauvera le monde».