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INDIscrétions

Chantal Thomass: «Je n’ai pas porté de soutien-gorge jusqu’à l’âge de 25 ans»

La reine des dessous chics revient après huit ans d’absence. Elle se confie dans son appartement lumineux, plein de couleurs, devant une tasse de thé russe parfumé à l’amande

Le Temps: Quel sens donner à cette mode où la lingerie est devenue un vêtement à part entière?

Chantal Thomass: Je le vois comme¬ une manière d’assumer sa féminité, la montrer. On expose ses dessous pour montrer sa liberté.

– Pourtant les corsets, les guêpières, les porte-jarretelles furent des objets symbolisant la soumission de la femme à l’homme…

– Je dirais plutôt un objet de séduction. Je n’ai jamais ressenti ce sentiment de femme soumise car je suis arrivée après la grande vague féministe. Dans les années 60, les féministes avaient déjà fait le travail pour nous. C’est vrai qu’à l’époque on ne mettait pas de soutien-gorge, on l’avait aboli et je n’en ai pas porté jusqu’à l’âge de 25 ans. Je n’avais pas connu le porte-jarretelles non plus: je portais des collants. Le pouvoir de séduction par le sous-vêtement, je l’ai découvert plus tard, à travers les films des années 30-40, les pin-up du dessinateur Vargas. Je l’ai pris comme un amusement.

– Vous avez été la première à introduire une connotation sexuelle dans les défilés de mode en 1976. C’était à contre-courant. Etonnamment, vous n’avez pas essuyé de critiques de la part des féministes à l’époque.

– Non, elles avaient compris que c’était fait avec humour et fantaisie. Que ce n’était qu’une évocation de la séduction. Le seul gros problème que j’ai rencontré, c’était en 1998, avec les chiennes de garde, lorsque j’ai exposé des femmes en lingerie dans les vitrines des Galeries Lafayette. Je l’avais conçu comme un happening. Ça n’avait rien d’obscène: c’était délicat, gracieux. Cela a fait énormément de bruit pour pas grand-chose! La même chose avait été réalisée trois ans avant, au même endroit, mais avec des hommes en sous-vêtements: et là, personne n’avait rien dit, évidemment. Il y a des choses qui passent mieux lorsqu’elles sont faites par un homme que par une femme… Les chiennes de garde, elles, se sont fait un sacré coup de pub. Et finalement, cela m’a fait de la publicité à moi aussi. C’était insensé et injustifié: on était déjà en pleine vague du «porno chic», on voyait des choses tellement plus choquantes dans les pubs!

– Pensez-vous que le regain d’intérêt pour les guêpières a quelque chose à voir avec le succès du film «Moulin Rouge»?

– Oui, certainement. Il faut dire que c’était tellement joli et bien porté… Lorsque l’on met des sous-vêtements raffinés, un bustier, ce n’est pas pour se déshabiller automatiquement devant un monsieur. Cela donne une confiance, une attitude particulière: on marche différemment avec un soutien-gorge à balconnet, même si personne ne le voit. Le porte-jarretelles, c’est une autre histoire… On est déjà dans un rapport de séduction.

– Où en est votre projet de lingerie haute couture?

– C’est quelque chose que j’aimerais faire, mais malheureusement, cela coûte très cher. Je vais déjà ouvrir une boutique fin juillet, au plus tard début septembre, au 211, rue Saint-Honoré. On y trouvera des séries spéciales, des petites lignes de prêt-à-porter de luxe, vendues en exclusivité.

– En 1995, vous avez perdu le droit de créer des collections sous votre nom. Vous avez dès lors été consultante pour Woolford, Victoria’s secret. Qu’avez-vous appris en travaillant pour les autres?

– Je me suis rendu compte que j’étais capable de penser autrement qu’en «Chantal Thomass». Je devais leur faire des choses totalement différentes. C’étaient de gros groupes avec une forte empreinte du marketing, or ce domaine m’était totalement étranger. Heureusement, j’ai pu racheter ma propre marque avec le groupe Dim Sarah Lee. Tout ce que j’ai appris ces dernières années m’est désormais devenu très utile.

– Comment définissez-vous la femme Chantal Thomass?

– Je pense que c’est une femme moderne, mais qui a des références au passé. Une femme libre, mais qui a des attaches amicales, familiales. Elle a de l’humour, de la fantaisie. Comme on essaie de l’être…

– Pourquoi êtes-vous toujours vêtue de noir?

– Les gens de la mode sont souvent en noir. On pourrait l’expliquer par le fait qu’on travaille beaucoup sur les couleurs, et surtout qu’on travaille un an à l’avance – je parle du prêt-à-porter. Or c’est très frustrant: on a envie de porter ce que l’on a créé pour l’année d’après et l’on doit mettre ce qu’on a fait un an auparavant. J’ai commencé à porter du noir, il y a 20 ans. C’est tellement facile à vivre! Parfois je mets du blanc. De temps en temps, j’ose une pointe de rouge. J’adore le rose bonbon, mais je n’ai plus l’âge, et le rose pâle ne me va pas au teint. Je pourrais porter du rose fuchsia, mais il faudrait que je change de rouge à lèvres, et là je serais très embêtée…

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