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Chantelle Winnie, bien dans sa peau

La mode et les réseaux sociaux se passionnent pour la Canadienne de 20 ans. Sa particularité: elle souffre de vitiligo

Il n’y a pas que les vêtements qui se ringardisent, les filles qui en assurent la promotion aussi se démodent. Pour pallier cette obsolescence programmée, les marques se mettent régulièrement en quête de nouvelles têtes, et pour trouver la perle rare les réseaux sociaux s’avèrent utiles. C’est justement sur Instagram qu’est née Chantelle Winnie – de son vrai nom Chantelle Brown-Young et de son autre surnom Winnie Harlow – qui positive sa maladie de peau par un hashtag, le #vitiligo .

L’histoire de Chantelle sensibilise au-delà des personnes souffrant de cette dépigmentation. Comment ne pas être touché par le récit de cette petite fille qui, dès l’âge de 4 ans, voit son apparence physique se dégrader, des taches blanches s’étendre sur son visage, ses poignets et ses genoux? Comme si la détérioration de sa propre chair ne suffisait pas, il lui faut encore supporter les surnoms – «zèbre», «panda», «vache» – que lui donnent ses camarades. «Je me sentais exclue et rejetée, sans comprendre pourquoi», confiait le mannequin lors de son passage aux TEDx Talks de Londres en novembre dernier.

En grandissant, la Canadienne décide de faire de son complexe sa force. Elle veut faire carrière grâce à son physique prétendument imparfait dans une industrie qui ne carbure qu’à la perfection. Il faut dire qu’outre sa carnation singulière, elle possède de nombreux atouts: port de reine caribéenne (sa mère est originaire de Jamaïque), jambes interminables et taille de guêpe.

A force de selfies postés sur ses comptes Instagram et Twitter, elle ne tarde pas à s’attirer un large fan-club qui se reconnaît dans ses hashtags évocateurs comme #inmyskiniwin ou #oneinamillion .

En 2013, dans un mouvement semblable à celui qui pousse les marques à changer régulièrement les visages qui vantent leurs produits, l’ex-top model des années 1990 Tyra Banks cherche des beautés atypiques pour son émission de télé-réalité America’s Next Top Model. Elle découvre alors Chantelle Winnie et voit en elle l’anti-blonde californienne capable de donner à son show une aura d’avant-garde.

La Canadienne ne gagne pas l’émission de télé-réalité, qui la fait passer – à tort ou à raison – pour une peste égocentrique.

Un moindre mal pour le milieu de la mode, qui se met à la courtiser. Au printemps 2014, le célèbre photographe Nick Knight la fait venir dans son studio pour l’immortaliser. En septembre, elle défile pour le label Ashish lors de la Fashion Week de Londres. A la fin de l’année, le magazine I-D la consacre, tout comme la marque de prêt-à-porter Desigual qui la choisit pour sa campagne publicitaire. Enfin, Eminem lui donne le premier rôle féminin de son dernier clip.

Chantelle Winnie n’est pas la première personne au physique hors norme à enflammer l’industrie de la mode et du divertissement. Amputée des deux jambes, l’Américaine Aimee Mullins a défilé pour Alexander McQueen, joué dans des films expérimentaux de Matthew Barney et posé pour le calendrier Pirelli. Dès 2011, l’ultra-tatoué Rick Genest – alias Zombie Boy – connaît une trajectoire semblable en grimpant sur le catwalk de Thierry Mugler et en accompagnant Lady Gaga dans le clip «Born this way». Quant au mannequin albinos Shaun Ross on l’a vu dans les vidéos de Katy Perry, Beyonce ou Lana Del Rey.

Mais que sont devenus Aimee Mullins, Rick Genest et Shaun Ross? Dans un milieu qui s’est imposé un cycle de renouvellement à six mois, les vêtements comme les mannequins qui les portent se fanent à la fin de chaque saison.