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Bienvenue dans ce manoir où la démesure et les excès les plus fous s’ébattent dans une ambiance de glamour décadent en plein cœur de Los Angeles, calfeutré derrière une végétation luxuriante.
© FG/Bauer-Griffin/GC Images

Boire et manger

Chateau Marmont, hôtel excentrique

Cet hôtel légendaire, construit en 1929 sur le modèle du château d’Amboise, est couru par le Tout-Hollywood. Visite d’un monument où le client n’est pas roi

Pour se dire bonjour, les Américains préfèrent les hugs aux traditionnels baisers sur les deux joues, qu’ils accompagnent d’un long «hiiiiiii». Les Californiens ne faisant rien comme les autres, ils s’inspirent, eux, de l’embrassade européenne avec des baisers distants mais sonores qui font «mouah». Au Chateau Marmont, ceux-ci sont la règle. Bienvenue dans ce manoir où la démesure et les excès les plus fous s’ébattent dans une ambiance de glamour décadent en plein cœur de Los Angeles, calfeutré derrière une végétation luxuriante.

De Montgomery Clift à Led Zeppelin, en passant par Jim Morrison, Clark Gable, Humphrey Bogart ou encore James Dean et Natalie Wood, l’endroit compte une longue liste de célébrités parmi sa clientèle. Et aussi quelques fantômes. James Belushi et Helmut Newton y sont tous les deux morts (le premier d’une overdose, le second des suites d’un accident de voiture à la sortie du parking). L’histoire veut qu’ils hantent encore les couloirs de cet hôtel indéfinissable, inclassable et hors du commun construit en 1929 sur le modèle du château d’Amboise.

Snobisme décalé

Alors qu’un acteur oscarisé déjeune avec son agent, un jeune homme fait son entrée au restaurant. Sandales aux pieds, dreadlocks, il est entièrement tatoué et arbore une trentaine de bracelets aux poignets. Il est vêtu d’un jogging mauve assorti d’un pull noir à pois blancs et d’un bonnet à pompon; certes, sa dégaine (d)étonne. Quoique. Juste à côté, trois jeunes femmes hyper-maquillées, en jupe fendue et à la voix cassée, tiennent à préciser au moment de la commande – afin d’éviter tout malentendu – qu’elles sont (à ce jour) toutes les trois véganes.

D’une manière étonnante, ce joyeux melting-pot d’individus aussi différents les uns des autres s’accorde. Les personnes qui fréquentent cette pension de famille pour adultes se moquent du regard des autres; bien au contraire, ils l’alimentent sans y accorder la moindre importance. L’excentricité est ici un art qui se fond dans le décor. Et nourrit l’esprit du Chateau Marmont, qui déconcerte par son profond snobisme décalé, auquel on adhère ou pas. «Si tu n’aimes pas, va t’ennuyer au Beverly Hills Hotel», entend-on à une table voisine dans un débat animé.

Dans son jus

Le temps s’est littéralement arrêté au 8221 Sunset Boulevard. Seuls quelques signes du monde extérieur – comme le wifi ou les écrans plats – sont parvenus à franchir les barrières touffues d’une jungle de palmiers, de canisses et de bambous plantés pour protéger les clients des regards indiscrets. Car il faut pousser le paroxysme du style décalé jusqu’au bout: le Chateau doit rester dans son jus; même les cuisines, que l’on trouve dans certaines chambres, sont dignes des fifties! Si la moquette est neuve, il faut qu’elle ait l’apparence d’être ancienne; si le fauteuil et le tapis ne s’harmonisent pas, il faut prétendre le contraire et considérer qu’ils vont parfaitement ensemble.

Ici, le Chateau est roi, pas le client! Une telle prouesse étonne dans un pays où la notion de service est une religion. C’est à l’hôte d’attendre, pas au Chateau. Car lui partira à un moment ou à un autre; le Chateau restera. Un sens de l’accueil en total décalage avec l’hôtellerie moderne qui reléguerait presque un Hôtel Costes au rang de banal Hilton. La symbiose entre le style «hush hush» élégant et classique – qui rappelle le film L.A. Confidential – et le modernisme ordinaire d’un plateau de téléréalité s’avère être le tour de force de l’établissement. Comment expliquer une telle décadence assumée, une redéfinition du luxe en mode «je-m’en-foutiste»… le tout baigné dans l’atmosphère paresseusement engourdie d’un lendemain de nuit blanche?

Mare aux canards

La discrète piscine extérieure (exclusivement réservée aux résidents de l’hôtel) bordée de transats en fer forgé rouillés ressemble davantage à une mare aux canards. Le lobby, par contre, est une pure réussite. Une console abrite une première platine Technics MK2 surélevée par un magnifique amplificateur McIntosh. Deux bacs remplis de 33 tours contiennent des vinyles, de Gloria Gaynor à Bob Dylan en passant par le cultissime Purple Rain de Prince. Un peu plus loin, un minuscule bar avec quatre tabourets sert des cocktails à côté d’un piano à queue. Sous les lustres et les plafonds aux larges poutres apparentes, canapés et fauteuils en tout genre jouent des coudes dans une ambiance d’hacienda espagnole.

Alors que le restaurant est un havre de paix (encore faut-il passer le filtrage à l’entrée de l’hôtel), la nourriture proposée est cosmopolite et ne reflète pas la diversité de la scène culinaire de la Cité des Anges. Le Chateau Marmont entretient le mythe d’une parfaite imperfection dans un monde qui l’est tout autant. Et c’est aussi ça qu'il plaît. Changer? Finalement, à quoi bon…


Chateau Marmont, 8821 Sunset Boulevard, 90046 Los Angeles, +1 (323) 656 1010, www.chateaumarmont.com

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