Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire

matière à fantasmes

Cheveux et ensorcellement

Charriant mythes et légendes, tissant poèmes et récits romanesques, la chevelure féminine traîne derrière elle depuis la nuit des temps fantasmagories et promesses de bonheur

Le cheveu, évoluant sans cesse mais principalement composé de cellules mortes, est un oxymore anatomique qui agite les esprits. Les poètes se perdent avec délices dans ce faisceau de souvenirs, prolongement de l’âme de la femme aimée. Attribut tantôt divin tantôt maléfique, la chevelure féminine déroule, à travers les siècles, une existence tiraillée entre modes et fantasmes, à la fois réceptacle des pensées ou des souvenirs, vitrine sociale et accessoire érotique.

Plus que tout autre partie du corps, le cheveu féminin envoûte l’homme amoureux, balayant sa raison sur son passage. « Le cheveu est originellement lié à la sexualité, à la fertilité, à la force et à la naissance», explique Vincent Chenille, historien des représentations. Leur couleur donne à elle seule une tonalité à la personnalité tout entière. « Dans toutes les mythologies, il était considéré qu’être blond est plus noble que d’être brun car c’est le signe de la divinité. Le brun, c’est le terrestre, les entrailles, le paysan. Et le roux c’est l’enfer, une couleur maudite. On a brûlé des gens parce qu’ils avaient les cheveux roux» ajoute l’expert. Aujourd’hui heureusement, les projections inconscientes que renvoie ce miroir à chimères se sont sensiblement édulcorées. Si le blond, qui est un gène en régression depuis 2000 ans, représente la séduction et la féminité, le brun a trait au masculin et le roux a perdu son aspect maudit mais conservé sa notion d’étrangeté.Dans les mythes et les contes, qui se confronte à la chevelure féminine peut voir le cours de sa vie s’infléchir. Méduse, rivale d’Athena par la beauté de sa chevelure, eut ses boucles transformées en serpents par la déesse jalouse. Rapunzel, princesse séquestrée, permit au prince de la rejoindre en s’agrippant à sa longue crinière pour escalader la tour. Quant à la reine Bérénice, elle sacrifia son opulente toison en l’offrant au temple d’Aphrodite pour voir revenir son mari de la guerre, donnant ainsi son nom à une constellation céleste.

Les écrivains et les poètes puisent leur inspiration romanesque au cœur du follicule pileux. Guy de Maupassant contait dans « La Chevelure » la folie d’un homme littéralement possédé par une tresse de cheveux trouvée dans un tiroir. «Une planche glissa et j’aperçus, étalée sur un fond de velours noir, une merveilleuse chevelure de femme! Oui, une chevelure, une énorme natte de cheveux blonds, presque roux, qui avaient dû être coupés contre la peau, et liés par une corde d’or.

(…) Je la pris, doucement, presque religieusement, et je la tirai de sa cachette. Aussitôt elle se déroula, répandant son flot doré qui tomba jusqu’à terre, épais et léger, souple et brillant comme la queue en feu d’une comète. » S’ensuit une passion pour cet attribut capillaire, et à travers lui pour la femme inconnue qui l’a porté, qui le conduira à l’asile d’aliénés. « Je m’enfermais seul avec elle pour la sentir sur ma peau, pour enfoncer mes lèvres dedans, pour la baiser, la mordre. Je l’enroulais autour de mon visage, je la buvais, je noyais mes yeux dans son onde dorée afin de voir le jour blond, à travers. » Un cannibalisme romantique pour mieux se fondre dans la psyché de la femme aimée, qui transparaît aussi dans l’œuvre de Baudelaire : «Laisse-moi mordre longtemps tes tresses lourdes et noires. Quand je mordille tes cheveux élastiques et rebelles, il me semble que je mange des souvenirs. »

Publicité
Publicité

La dernière vidéo lifestyle

Les secrets d'un dressing minimaliste

«Moins, c'est mieux», y compris dans sa garde-robe. En collaboration avec responsables.ch, la blogueuse et auteure de «Fashion mais pas victime» Mélanie Blanc vous donne ses conseils pour acheter modérément et rester branché.

Les secrets d'un dressing minimaliste

n/a