Il porte chaque jour une chemise blanche et une cravate en tricot sous un pull-over bleu. Parle calmement sans varier les notes dans un langage érudit où vibre un léger accent. Jette ses livres dès qu’il les a lus. Et ne s’entoure en principe que de l’art des autres…

Alfredo Aceto a gardé l’élégance et la pudeur de ses origines piémontaises. Le goût des vêtements taillés sur mesure, comme ces cravates en tricot colorées qui signent désormais sa tenue d’artiste plasticien et se retrouvent jusque sur certaines de ses œuvres. L’allure est sobre. Comme le décor de son appartement situé dans un bâtiment orange sur les hauts de Lausanne. «Une cravate, à la base, sert simplement à cacher les boutons, mais elle a aussi été au fil du temps un instrument d’ostentation d’un pouvoir hétérocentré. En tant qu’homosexuel, on peut détourner cet objet qui redevient une surface de choix chromatique, libérée de sa dimension hétéronormative.»