Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire

Mode

Chez Haider & chez Alber

Avec leurs collections respectives, le Belge Haider Ackermann et Alber Elbaz pour Lanvin ont fait planer la semaine de la mode qui a débuté à Paris. Moments choisis, rumeurs de succession et théâtres croisés

La vague et l’aile.

La vague, pour raconter le défilé présenté samedi par le Belge Haider Ackermann durant la semaine du prêt-à-porter féminin pour l’automne-hiver 2011. Un show commençant par le respect des noirs et des gris puis montant crescendo pour bouleverser le public par une lame de fond couleur bouteille, turquoise brumeuse et bleu pétrole. Un départ ancré dans une beauté grave. Un final ivoire et blanchi, comme un peu d’écume effeuillée par le vent.

Et l’aile, l’aile pour dire la collection peuplée de blouses soufflées, de chapeaux fendant l’air et d’épaules vivantes comme des haleines, délivrée par Alber Elbaz pour la maison Lanvin.

La vague et l’aile, oui. Pourquoi? Parce que si la mode a décidé de tourner la page des grands shows à la Galliano (LT 05.03.2011), elle ne serait rien, rien qu’un cortège d’habits ou de produits inanimés, sans un peu de passion et d’altitude. Sans tempêtes ni visions.

La vague, donc. Soit le défilé de Haider Ackermann. Cela fait des années qu’ici, dans Le Temps, on le répète: ce designer belge né en Colombie, qui fut jadis lauréat du Prix Swiss Textiles, est l’un des plus bouleversants de la décennie. Jusqu’ici, sa cote restait plutôt confidentielle. Mais là, brusquement, elle s’est envolée. C’est d’abord Lady Gaga (oui, la chanteuse fofolle a du goût et des lettres) qui s’est mise à porter les tenues de Haider Ackermann, jusqu’en une du magazine Vogue US. Puis c’est Karl Lagerfeld qui a déclaré récemment que Haider était le seul à pouvoir lui succéder chez Chanel. Interrogé dans le dernier Journal du dimanche français à propos du remplacement de John Galliano à la tête de Christian Dior, Lagerfeld a repris la rumeur la plus répétée, ici, à Paris: Riccardo Tisci pourrait quitter Givenchy qu’il dirige, pour reprendre les rênes de Dior où il serait secondé par Carine Roitfeld, l’ex-rédactrice en chef de Vogue. Et qui occuperait le poste laissé libre chez Givenchy? Haider Ackermann, justement. Mercato du luxe, autant en emporte le vent des rumeurs.

Mais retour au défilé Haider ­Ackermann. Une lumière à contre-jour. Des mannequins qui entrent pieusement, le chignon haut et bleuté. Leurs lourds manteaux de laine ou de cuir balaient le sol et libèrent leurs dos. Les grosses ­ceintures serrées en biais et les liens de kimonos nouent, à la taille, les cuirs lavés, les soies luisantes et quelques paillettes patinées. Silence. Et puis des notes d’un piano gymnopédique, et le discours s’éclaircit. Les vestes ne s’inspirent plus, cette fois, du perfecto ni du kimono, mais du smoking masculin et de la blouse. Les manteaux jouent le double jeu des ­matières, divinement serrées dans des petites vestes, les silhouettes se mettent à flotter, sous l’effet bluffant de soies prune, pétrole, bouteille, marine ou noires. C’est à la fois archi-dépouillé et complètement raffiné, évident et impossible, comme l’encre des vagues qui épouserait la nuit.

Lanvin, maintenant, du côté des ailes, des soies soufflées rose œillet, rouge fraise, orange sanguine. Ici aussi, comme dans beaucoup de défilés parisiens, ces derniers jours, c’est la blouse qui sert de matrice et de voile à la collection. Les filles surgissent de dessous un baobab. Au début, elles sont en noir, en rouille, en rose bai et à plat. Leurs manteaux pratiques et coupés comme des cos­tumes stricts masculins sont à peine soulignés d’un trait de métal, pas de boutons, pas de poches visibles, tout est ravalé, dépouillé. Puis la silhouette s’échappe, passent des robes imprimées de roses en noir et blanc, des ensembles de dentelles. Les sacs sont épais comme des lames, les bijoux ont toujours leur grâce baroque et courageuse, mais ils semblent s’être allégés. Eux aussi. Un défilé qui commence sous un arbre, racines, talons plats, manteaux au décorum ramené à l’essentiel. Et qui s’envole vers le frôlement du gazar ou des satins. Le chic sans chichis, comme un soupir de soulagement.

Prochain rendez-vous: Mercredi, chez Céline et Hermès.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo lifestyle

Les secrets d'un dressing minimaliste

«Moins, c'est mieux», y compris dans sa garde-robe. En collaboration avec responsables.ch, la blogueuse et auteure de «Fashion mais pas victime» Mélanie Blanc vous donne ses conseils pour acheter modérément et rester branché.

Les secrets d'un dressing minimaliste

n/a