Vous pensez que La Ribot promène allègrement sa haute silhouette dans les rues de Genève et ensoleille les cafés avec sa manière directe et chaleureuse de saluer? Tout faux. L’artiste ne sort jamais, sauf pour aller au théâtre ou au cinéma. «Je suis Cancer. J’adore rester à la maison!» Le pire pour elle? «Les achats. J’attends des semaines pour aller acheter un article de déco ou de cuisine dont j’ai besoin. C’est viscéral, je n’aime pas les magasins.» Elle préfère coudre, lire, réfléchir et s’occuper des plantes que Pablo, son fils aîné, diplômé en horticulture, lui a ramenées. Dans ce bel appartement de Champel, un quartier résidentiel et haut perché de la ville, Maria La Ribot peut «passer des journées sans sortir». C’est que la danseuse insolite n’est pas seule.

Déjà, elle partage les lieux avec ses deux fils et les ami.e.s en visite. Surtout, chaque objet et chaque tableau rappellent des proches, des artistes souvent, qui peuplent sa vie. Il faut la voir décrire les qualités d’une photo et couvrir son auteur d’une pluie d’éloges; caresser un service à thé bariolé et évoquer l’ami cher qui le lui a déniché; sourire devant une figurine de princesse et se souvenir avec tendresse de la danseuse de la troupe Dançando com a Diferença, à l’origine de ce cadeau. L’intérieur de La Ribot est une caverne d’Ali Baba où chaque objet a une âme et gare à celui ou celle qui rompt le charme. «Je ne supporte pas qu’on touche à mes affaires. Ça doit venir de mon enfance où je n’avais rien à moi. J’héritais toujours des habits de mes grandes sœurs et lorsque j’avais enfin quelque chose, quelqu’un pouvait s’en emparer et le porter. Je suffoquais.»