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Chez les De Sousa, on cultive la vigne depuis quatre générations.
© ERIC VANDEN

Portrait

Chez les De Sousa, l'amour du champagne d'exception coule dans les veines

Installée depuis bientôt un siècle à Avize, la famille De Sousa est arrivée au sommet en cultivant l’art du contre-pied. Elle propose des cuvées à forte personnalité qui s’exportent un peu partout sur la planète

Ce matin-là, il y a marché sur la Place Léon Bourgeois d’Avize, au cœur de la côte des Blancs. Derrière l’étal du boucher et le va-et-vient des clients, la cour du numéro 12 est protégée de la rue par une barrière de fer forgé. Sur le mur blanc, une inscription en lettres délavées indique qu’on est bien arrivé: « Champagne De Sousa&Fils.» Après un bref coup de sonnette, c’est Michelle De Sousa, la maîtresse des lieux, qui vient ouvrir pour nous emmener à l’intérieur de la maison aux fenêtres cerclées de briques, selon la tradition champenoise. Ici, ni faste ni attaché de presse, comme dans les grandes maisons de champagne. Juste la simplicité d’un accueil familial.

Lire également: Chais d’œuvre: le grand renouveau architectural des domaines viticoles

Car chez De Sousa, on travaille en famille, de la vigne à la commercialisation des bouteilles. Le patriarche, Erick, 54 ans, est à la tête du domaine de 10 hectares depuis 1986. A la force du poignet, il a rejoint le cercle restreint de l’élite des récoltants-manipulants (RM) de Champagne, avec 60% des 100 000 bouteilles produites chaque année qui partent à l’export. Avec Michelle, il a eu trois enfants. Tous travaillent au domaine depuis peu, avec des compétences complémentaires acquises pendant leurs études. A Charlotte, l’aînée, la partie administrative, à Valentin les vinifications et à Julie la viticulture.

Aventure familiale

Attablé dans la petite salle de dégustation, Valentin souligne sa chance de pouvoir assurer la continuité: « Avec mes sœurs, nous représentons la 4e génération de la famille à travailler la vigne, détaille le jeune homme longiligne et posé. On baigne dedans depuis tout petit, mais nos parents nous ont toujours laissés libres de faire ce qu’on voulait. Au final, on a fait tous les trois un lycée viticole. Les choses se sont enchaînées naturellement.»

Une trajectoire linéaire qui tranche avec celle du grand-père d’Erick, Manuel, Portugais arrivé à Avize après la Première Guerre mondiale. Ouvrier viticole, il se marie avec une fille du cru avant de décéder en 1929 des suites d’une intoxication au gaz moutarde. Son fils, Antoine, père d’Erick, a également connu l’enfer durant la Seconde Guerre mondiale. Capturé, il a été contraint de travailler dans une mine de sel allemande. A la Libération, il rentre à Avize où il épouse une fille de vigneron. C’est le début de l’histoire d’un domaine qui n’a cessé de se développer depuis lors.

Converti à la biodynamie

De Sousa&Fils est monté progressivement en gamme, profitant notamment de ses magnifiques terroirs en Grand Cru à Avize, Aÿ, Ambonnay, Cramant ou encore Le Mesnil-sur-Oger. Dès son entrée dans l’entreprise, Erick De Sousa a apporté de nouvelles idées, avec l’envie forcenée de se distinguer de la concurrence, notamment celle des grandes maisons.

A la vigne, cela s’est traduit par une émancipation progressive des produits phytosanitaires – une curiosité dans une Champagne ou le bio représente aujourd’hui 1% des 35 000 hectares de l’appellation. Depuis 1999, le domaine a été converti parcelle par parcelle en biodynamie. Il est certifié Demeter depuis 2010. « On est très satisfait du résultat, précise Valentin. Les vins ont gagné en intensité des arômes et en minéralité.»

Lancée en 2015, la cuvée Mycorhize illustre cet esprit. Issu de la plus ancienne parcelle de chardonnay Grand Cru, ce blanc de blanc impressionne par sa structure vibrante et sa salinité finale. « Pour cette cuvée, les sols sont travaillés avec une charrue tractée par un cheval, la passion de ma sœur Julie, reprend le jeune vigneron. Cela limite le tassement du sol et favorise la vie microbienne. Nous sommes convaincus que cela contribue à améliorer la qualité du vin. C’est un effort que nous allons élargir à d’autres parcelles de vigne.»

Travailler avec Mozart

Ce sens du détail transparaît également dans les vinifications, avec l’utilisation de levures indigènes et de longs élevages sur lies. Dans la cave où sont stockés les fûts de chêne utilisés pour les fermentations des vins clairs, surprise: on est accueilli par de la musique de Mozart, diffusée 24/24h. « Cela stimule le travail des levures, assure Valentin. Nous n’avons pas encore assez de recul pour savoir si ça améliore la qualité des vins. Cela a un mérite incontestable: ça nous apaise quand on travaille ici.»

Pour proposer des cuvées « atypiques», un adjectif qui revient souvent dans le discours de Valentin, la famille De Sousa ne s’interdit rien. Que ce soit avec la cuvée Caudalies, une solera sur le modèle des xérès et des portos, ou la cuvée Umami, assemblage de chardonnay d’Avize et de pinot noir d’Ambonnay du millésime 2009 qui retranscrit la fameuse cinquième saveur des Japonais dans l’univers liquide, le dépaysement est permanent.

Grand-père depuis l’an dernier, Erick de Sousa souhaite laisser la jeune ßgénération prendre de plus en plus de responsabilités. Rebaptisé De Sousa – il y a désormais des filles à la barre – le domaine « continuera à innover», promet Valentin. Avec, qui sait, un retour aux sources: Erick rêve de racheter des vignes dans le Douro, sur la terre de ses ancêtres. « Il n’y a rien de concret à ce stade, mais papa y pense sérieusement», confirme Valentin. Décidément, la famille Da Sousa n’a pas fini de faire parler d’elle.

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