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La ville de Valparaíso surplombe l’océan Pacifique.
© DR

Voyage

Le Chili par les côtes

De la vallée du paradis au désert d’Atacama, le pays de Pablo Neruda se longe lors d’une croisière d’exception à bord du Ponant. L’occasion, entre deux escales, de pénétrer dans les hauts plateaux de la Cordillère des Andes

«Et nous irons à Valparaíso…» chantaient jadis les marins avec entrain. Après avoir surmonté le houleux cap Horn, les voilà qui viraient joyeusement le guindeau pour jeter l’ancre dans cette baie exotique de l’Amérique du Sud.

Cotonnades, soieries, les navires ramenaient aussi des bibelots à la mode de Paris. Une fois la baie mouillée, ils remplissaient leurs cales, d’étain, de cuivre et d’argent, tant de matières premières chiliennes. Les navigateurs épuisés rejoignaient les vapeurs alcoolisées des lupanars avant de sombrer dans les bras d’une indigène.

Graffitis et créations «street art»

Cette vallée du Paradis a longtemps été considérée comme le plus grand port de la côte ouest d’Amérique du Sud mêlant la richesse d’une terre promise au nirvana de la débauche. Aujourd’hui, d’un funiculaire à un autre, on gravit les collines en découvrant les graffitis et créations street art qui habillent les devantures des bicoques bariolées avant de visiter la Sebastiana, l’une des demeures de Pablo Neruda. Ce havre de paix surplombe l’océan Pacifique. Sous la plume du prix Nobel de littérature, la ville devient «lumineuse et nue, feu et brouillard… Reine de toutes les côtes du monde».

Visite extraterrestre

Valparaíso n’a rien à voir avec la deuxième escale du voyage. Dans la bourgade de Vicuña, terre natale de Gabriela Mistral, autre poétesse chilienne, règne le calme. Ce havre de paix se rejoint depuis le port de Coquimbo, plus au nord. En deux heures de route pittoresque, la vallée del Elqui dévoile ses prairies verdoyantes, riches en vergers, arbres fruitiers et papayers. «Certaines communautés spirituelles se réunissent dans ces montagnes qui regorgent de minerai, commente le guide francophone. Pour recharger leurs batteries, elles mangent des laitues des jours durant dans ce lieu réputé énergétique et magnétique». Si les nuits étoilées se dévoilent scientifiquement aux astronomes de l’observatoire Mamalluca, les légendes pullulent au sujet des visites nocturnes de petits hommes verts.

Les écrits de Gabriela Mistral s’inspirent de la voile lactée et des tragédies qui ont bouleversé sa vie. Un parcours marqué par la nostalgie et la mort. Elle a trois ans, lorsque son père l’abandonne avec sa mère, dix-sept lorsque son grand amour se suicide. Son recueil Desolación connaîtra un succès international. L’activiste, féministe et éducatrice obtient dans la foulée le Prix Nobel de littérature en 1945.

Le raisin de la colère

Sur la terre ensoleillée de la poétesse pousse un raisin introduit par les conquistadors. Si les vignobles les plus connus se situent autour de Santiago, le cépage produit dans la vallée del Elqui se révèle trop sucré. Les exploitants ont vite fait de distiller leur muscat donnant ainsi naissance à une liqueur baptisée Pisco. Elle se boit, depuis, agrémentée de boissons gazeuses sucrées ou accompagné d’un blanc d’œuf monté en neige donnant naissance au Pisco sour. Le petit village de Pisco Elqui tient son nom depuis 1936 et rivalise ainsi avec l’origine de cette eau-de-vie de raisin dont les Péruviens revendiquent aussi la paternité.

C’est éloigné des côtes de la troisième escale, un verre de Pisco sour dans une main, une paire de jumelles dans l’autre qu’on assiste au festin de lions de mer tandis qu’au-dessus d’eux, des pélicans tout aussi affamés entament un ballet aérien.

«Bonjour Baracuda 4, ici le Ponant, nous voudrions vous acheter votre poisson», lance, depuis sa passerelle, Eric Garcia le commandant de notre bateau de croisière. La radio se met à grésiller. Le pêcheur chilien rétorque dans un anglais cassé que ses petits anchois ne sont pas destinés à la consommation, mais à finir en farine. «Bon, reprend le navigateur amusé, pas d’anchois au dîner.»

L’écho du désert 

A 1850 kilomètres de Santiago, le navire, jette l’ancre à Iquique. La ville portuaire donne accès au désert d’Atacama et plus particulièrement aux villes de Humberstone et de Santa Laura, deux sites abandonnés qui servirent à l’époque l’âge d’or du salpêtre de centres d’exploitation minière du nitrate. Les bâtiments abandonnés dans les années 1960 sont aujourd’hui transformés en musées inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco. Le décor est digne d’un western spaghetti. Mais ici, seul le vent siffle entre les plaques de tôles ondulées des usines qui crachaient jadis leur fumée.

Sous un soleil de plomb, l’écho du désert se perd dans les ruelles désolées et poussiéreuses de Humberstone. Le théâtre vétuste, crée en 1936, servait de salle de cinéma aux employés. Un enfant d’ouvriers devenu lui-même minier témoigne dans un texte affiché au mur: «On y projetait toujours le même film. Un jour, le projectionniste est tombé malade, on m’a demandé de le remplacer. J’ai inversé les bobines redonnant soudain vie aux cow-boys morts.»

De la coca pour l’altitude

Enfin, les hauts plateaux de la Cordillère des Andes, dernière étape du voyage. Départ tôt le matin du port Arica. La route grimpe au milieu de montagnes arides. Sur l’un des flancs, des géoglyphes. Ces motifs réalisés en positif par entassement de pierres, rappellent la présence d’une population d’avant les Incas.

Le bus fait halte dans un minuscule boui-boui: «Il faut boire du thé avec des feuilles de coca pour vous acclimater à l’altitude», glisse le chauffeur. Quelques heures plus tard, la Cordillère des Andes se dévoile en effet dans toute sa majesté. On s’arrête à Putre, village aymara perché à 3500 mètres à l’entrée du parc national Lauca, classé réserve de la Biosphère par l’Unesco. La route, elle, continue en zigzaguant à perte de vue au travers des montagnes de l’altiplano jusqu’en Bolivie.


Y aller:

KLM propose des vols quotidiens au départ de Genève pour Santiago de Chile à partir de 1139 francs. Le retour se fait de Lima via Amsterdam. Un conseil, ne pas lésiner sur les 100 francs supplémentaires permettant d’allonger ses jambes en Economy Comfort. www.klm.com

Y caboter:

La croisière «Cordillère & secrets andins» de Ponant de 13 jours de Valparaíso au Chili à Guayaquil en Equateur sera à nouveau organisée du 20 mars au 1er avril 2018. A partir de 4080 francs par personne dans une cabine supérieure avec pension complète. Le prix comprend les boissons alcoolisées ainsi que cinq excursions. Réservation auprès de Globus Voyages: Tél.: 058 569 95 07, www.globusvoyages.ch.

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