L’océan a le ressac incessant de ses vagues, notre corps a le mouvement constant de la respiration. Parmi les disciplines qui font de ce rythme intérieur inconscient le noyau de leur travail, le Wutao figure parmi les plus récentes. Sa création date en effet des années 2000 et découle de la rencontre entre Pol Charoy, ancien champion du monde de kung-fu, et Imanou Risselard, artiste pratiquant la danse et le théâtre. Le couple formule sa pratique à partir de deux fondamentaux: la respiration qui fait circuler l’énergie vitale, ou «chi» selon le taoïsme, et la colonne vertébrale, l’axe de notre corps. En position assise ou debout, les mouvements, toujours accompagnés d’un souffle conscient, se focalisent sur l’harmonisation du plexus, du bassin et de la tête. Le corps se balance et les bras bougent beaucoup, s’ouvrent, se lèvent et dessinent des spirales. Une progression en douceur et incessante afin de pouvoir ressentir le mouvement ondulatoire de la colonne se propager.

«Le but consiste à se relâcher totalement grâce à une écoute attentive de ce qui se passe à l’intérieur du corps, cela sans aucune recherche de prouesse sportive. Nous parlons d’écologie corporelle, car il est impératif de ne jamais le forcer», précise Céline Laly, professeure et formatrice à la WutaoSchool de Lyon. L’accomplissement de la gestuelle demeure relativement libre, sans chorégraphie stricte. Elle suit des postures fluides qui défoulent et, peu à peu, invitent à une transe douce.

A travers cette attention portée au ressenti et cet abandon dans le mouvement, le lâcher-prise vise le dénouement de nos blocages physiques mais aussi émotionnels. En mettant au deuxième plan l’esthétique de la chorégraphie, et ainsi le jugement extérieur, en se concentrant sur la justesse du geste, on vise la reconnexion à la «conscience du corps». Sara Cereghetti, enseignante certifiée de la danse des cinq rythmes, parle à ce propos de «puissance autonome» ou de «chorégraphie de l’âme». Dans ces danses, qui s’apparentent à la méditation, on laisse émerger les mouvements. Plutôt que des instructions, il est question de «guidance», d’accompagnement.

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Déployer ses ailes

Dans les cinq rythmes, danse d’inspiration chamanique popularisée par la danseuse Gabrielle Roth à la fin des années 1970, cinq qualités de mouvement permettent d’explorer les émotions enfouies et composent les étapes de ce chemin dansant appelé «vague». Tout commence par une attention portée à la position des pieds, à l’ancrage, dans une intention de réceptivité dans la phase de «fluidité». Vient ensuite le «staccato» qui engage le bassin et forme des mouvements plus énergiques, plus saccadés, qui puisent dans le feu intérieur. Le troisième rythme est le «chaos», qui mobilise la tête et la colonne vertébrale et qui correspond à la phase de nettoyage, du dépassement des rigidités. Ce passage ouvre la voie à une danse plus légère, aérienne, mais tout aussi créative du «lyrique».

«Il représente le point culminant du lâcher-prise, que j’aime nommer l’ouverture des ailes. Le cœur se dégage et on laisse libre cours à l’imagination. C’est le moment de la poésie, voire de la théâtralité, avant la phase finale de la quiétude, de la lenteur», précise Sara Cereghetti. «La progression se fait selon la musique proposée, ce qui laisse une marge de manœuvre très large à chaque professeur. J’utilise les chansons connues au compte-gouttes, car même si elles peuvent créer une sensation de lien au sein du groupe, qui va reconnaître la mélodie, elles risquent de les ramener à des expériences déjà vécues alors que nous nous sommes plongés dans un moment d’exploration.»

Un moment de danse libre, au cours duquel tout mouvement est permis, n’exclut pas des passages inconfortables. Même dans un espace empreint de bienveillance, notre propre regard peut entraver l’improvisation. Dans ce contexte, le choix de la musique revêt une importance majeure pour aider les participants à déconnecter, à laisser ressurgir leurs remous intérieurs par un mouvement qui est à la fois métaphorique et médicinal.

Ces danses introspectives et décomplexées prennent aussi la forme de rendez-vous informels, comme lors des sessions d’ecstatic dance qui réunissent une communauté grandissante en Suisse romande en soirée ou en journée. «ll y a actuellement une cinquantaine de personnes impliquées en tant que coordinateurs, nous explique Sacha Nielsen alias DJ Unity. J’ai créé le site «Ecstatic Dance Léman» afin de fédérer ces différentes entités et permettre aux intéressés de découvrir les prochains rendez-vous à proximité.» Le musicien est tombé dans la marmite en Californie, où ce courant de danse originaire d’Hawaï a pris véritablement son essor.

Définie comme du «clubbing conscient», cette pratique promeut la danse comme une effusion de joie, mais sans la nécessité de se cacher dans le noir ou de se désinhiber avec l’alcool, qui est d’ailleurs interdit lors de ces rassemblements. Pour favoriser l’état méditatif, la piste de danse est réservée exclusivement au langage de geste, sans parole. Photographies et vidéos sont aussi proscrites. Guidés pendant trois heures par les nappes sonores entre électronique et world music, les participants tâchent d’oublier les résistances et les règles de maintien corporel pour improviser leurs enchaînements. Il est possible de s’allonger par terre, de sauter comme une grenouille, ou de faire une posture de yoga si l’envie vous prend. Seul euphorisant admis, une boisson à base de fèves de cacao aromatisée avec des épices telles que cannelle, gingembre ou poivre de Cayenne. Considéré comme une nourriture des dieux par les Mayas, l’esprit du cacao vient nous aider à ouvrir notre cœur.

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