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Christian Lacroix l'émerveillé

En 2007, la maison Christian Lacroix aura eu 20 ans, et le Musée de la mode de Paris lui offre ses vitrines. Plutôt que de se livrer à une rétrospective attendue, Christian Lacroix a préféré emprunter le rôle du conservateur, et propose un face-à-face entre les réserves cachées du musée et ses propres collections. Retour sur la carrière de ce couturier flamboyant. Interview exclusive.

Chut... D'abord, il faut se souvenir. Lorsque Christian Lacroix paraît, dans le petit monde de la mode, en 1978 chez Hermès, chez Guy Paulin en 80, et enfin chez Patou en novembre 1981, la haute couture est moribonde. Quant au prêt-à-porter, il reçoit cette année-là les assauts de deux créateurs japonais prêts à tout désintégrer: Yohji Yamamoto et Rei Kawakubo (Comme des Garçons). Boutant le feu à l'élégance bourgeoise, ils offrent en alternative une mode de purgatoire, des teintes post nucléaires, noirs de suie, gris poussière... Ces haillons poétiques, ces défilés sans sourire déconcertent pendant plusieurs saisons. Avant d'inspirer une poignée de créateurs belges, le «Groupe des Six», qui poursuivront cette voie de l'austérité... Alors oui, lorsque Christian Lacroix paraît, avec ses rêves de silhouettes du Second Empire, ses envies de tissus chatoyants, ses mannequins qui éclatent de vie, son horreur du vide et son vocabulaire de couleurs flamboyantes, Paris recommence à sourire. A partir de ces années-là, la couture va vivre un nouvel âge d'or.

En 1987, avec l'appui de Bernard Arnault, propriétaire du groupe LVMH, Christian Lacroix ouvre sa maison de couture. Les défilés s'enchaînent, baroques, voluptueux, exubérants. Sans oublier les costumes qu'il dessine pour la danse, l'opéra ou le théâtre, dès 1984: «Chantecler», «Carmen», la «Gaieté parisienne». En janvier 2005, l'entreprise est revendue au groupe Falic. Un coup pour le couturier. Et pourtant, la première collection qu'il a conçue sous cette nouvelle bannière avait des airs de déclaration d'indépendance. En 2007, la maison Christian Lacroix fête ses 20 ans, bel âge de déraison.

Cela fait des années qu'Olivier Saillard, chargé de la programmation du Musée de la mode et du textile, rêve d'organiser une exposition dédiée au couturier. Cela fait des décennies que Christian Lacroix, 57 ans, rêve d'endosser les habits de conservateur de Musée de la mode. Le premier a exaucé les vœux du second en lui laissant les clefs des réserves pour monter une exposition inédite: un dialogue muet entre 500 pièces historiques et 80 silhouettes signées Lacroix autour des thèmes qui lui sont chers (l'Arlésienne, les pois, la liturgie, le noir,...) (p. 10). Le résultat est déroutant: où est l'ancien, le contemporain? La mode serait donc une écriture perpétuelle...

Christian Lacroix nous a reçus dans son bureau au lendemain du défilé printemps été 07, en octobre. Aucune rencontre ne ressemble à la précédente, mais il est des personnalités que l'on tarde à quitter, continuant la conversation sur le pas de la porte, en espérant en reprendre le fil, un jour. Avec Christian Lacroix, on a envie d'user de mots qui ne s'emploient pas dans le monde de la mode, comme «exquis» ou «délicieux». Des mots qui ont du goût, de la texture, qui disent le vrai, qui lui ressemblent.

Le Temps: Certains modèles du défilé évoquaient des tableaux de Kandinsky.

Christian Lacroix: La peinture du XXe siècle était très présente. Kandinsky? Je n'y avais pas pensé. Il y avait les nabis, un peu les impressionnistes, Marie Laurencin, l'Action Painting, le pointillisme,... Il peut se passer un précipité intéressant, quand on mélange du Kandinsky, peut-être inconsciemment, avec l'impressionnisme. Je pars avec beaucoup d'ingrédients pour faire une robe, mais je n'aime pas me laisser circonscrire à une seule thématique, ou influence.

- L'évocation de l'art pictural, avec cette multiplication de couleurs, d'imprimés, était un thème récurrent, tant à Milan qu'à Paris. Comment explique-t-on ce faisceau d'idées communes à une majorité de couturiers et de créateurs?

- On a des antennes bizarres, quand on fait ce métier. Tout ce que l'on perçoit, on le régurgite, même si chacun l'exprime différemment. Pendant toute cette semaine (ndlr: des défilés parisiens), on ressentait fortement cette envie de couleurs, de choses moins minimales, plus sensuelles, plus picturales. On ne sait pas exprimer d'où ça vient. Bien sûr qu'il y a ce système de vagues dans la mode qui fait qu'après le noir et blanc, il y a la couleur, et qu'après la couleur, il y a le noir et blanc... Mais ce n'est pas aussi simple. Cette saison très colorée est peut-être la réponse à un quotidien un petit peu plus fatigué, plus morne, plus perdu. Dans une époque pas facile, on a envie de se redonner une épine dorsale, une musculature à travers le vêtement. L'apparence que nous donnons chaque jour doit agir à la fois comme un bouclier, et, sans violence, doit permettre d'aborder la vie. Nous rendre capable d'être ici et maintenant, avec l'énergie nécessaire pour exister.

- Donc le vêtement donnerait une force, et ces collections printemps-été seraient autant de propositions permettant de sublimer le réel?

- Si je suis monté à Paris de mon Sud natal, c'est parce que j'avais l'impression que Paris était le centre d'un creuset d'où partait vers le monde entier un message de beauté, d'intelligence et de culture. Il est vrai que la mode que je fais, et en particulier celle que vous avez vue hier, est la résonance, l'écho de ce que j'avais en tête quand je regardais Paris de loin et que j'en faisais la capitale d'une coquetterie à la fois vaillante, efficace, conquérante et en même temps émouvante. Moi, j'adore la vie, les êtres et les choses qui possèdent à la fois le pouvoir d'émouvoir et celui de convaincre. La poésie toute seule, hélas, ne peut pas grand-chose et le pouvoir seul est très nocif. Pour avancer, il faut avoir ces antennes dont je parlais, qui font que l'on perçoit les choses six mois, un an, deux ans à l'avance. C'est ce qui nous réunit tous, dans ce métier: on n'a pas une prémonition mais des intuitions. Et je pense que la poésie - non pas guerrière mais énergique - est la clé de ces collections d'été.

- Il y avait quelque chose dans votre défilé - peut-être ces chapeaux, ou la musique - qui évoquait la joie, l'énergie et en même temps une profonde nostalgie...

- J'avais envie de rendre hommage à une époque qui m'a toujours bouleversé, à la France occupée, et à ces femmes qui ont résisté par la mode interposée. Ma mère, qui avait 16 ans alors, me disait que chaque jour, les gens essayaient de porter un peu de rouge, un peu de blanc, et un peu de bleu, ce qui était interdit. Les nazis sont là, mais on va faire ses courses et on essaye d'être le plus élégant possible. Ils auraient pu se calfeutrer, mais il fallait montrer que l'énergie française était encore vive, dans une période de restriction terrible. Les femmes faisaient des accessoires avec un morceau de tissu, de carton, une boîte de camembert qu'elles se posaient sur la tête, tout en levant fièrement le menton. C'est un peu ça que j'ai essayé de retrouver. J'y pense tout le temps à Paris, dans ces années-là... Avec le défilé d'hier, j'ai essayé de redonner corps à une élégance un peu 1940.

- C'est étonnant cette faculté que l'on a de transcender les épreuves par des gestes qui semblent futiles.

- J'aime l'idée qu'il n'y a rien de plus grave que la futilité. Cette période tellement viscéralement dramatique a quand même suscité quelque chose d'esthétiquement pas mal. Je crois que c'est dans le drame qu'on a la capacité à atteindre le futur... Je ne sais pas comment expliquer ça. Quand on étudie l'histoire du costume, on remarque que c'est toujours dans les périodes de crise que la mode avance.

- Par exemple?

- La guerre de 1914, par la force des choses, a permis les jupes plus courtes et la disparition du corset. Même à la Révolution française, à la fin du XVIIIe siècle, une mode magnifique est arrivée, qui annonçait tout le XIXe siècle. Je ne sais pas si c'est le cas aujourd'hui. Mais j'aime la manière dont les nouvelles générations s'affirment avec, esthétiquement, quelque chose d'étonnant. Avec la vague de tecktonik, du côté des Halles, on voit des gens de 16 ans avec une allure qui évoque à la fois le dandy 1930, qu'ils n'ont pas connu, et quelque chose de déjà indescriptible. Dans leurs vêtements il y a un peu de fluo, mais il y a aussi un peu de 1930-40, sans qu'ils le sachent. Ça veut dire que l'homme a un pouvoir de renouvellement formidable.

- Vous avez beaucoup fait usage des imprimés, mais aussi des noirs. On vous connaissait comme le maître des couleurs. Comment vous est venue l'envie de faire coup sur coup deux collections mettant le noir en scène?

- Pour moi, en tant que Méridional, le noir est une couleur d'initiation. C'est la couleur de la sagesse des vieilles dames, du deuil. Quand j'étais enfant, ce rite était très important: je me souviens quand les femmes de ma famille allaient commander leurs vêtements chez la couturière. Il y avait toute une rhétorique là autour: on parlait de grand deuil, de demi-deuil,... Il y avait des degrés très byzantins. A la fin, leur garde-robe se cantonnait à une gamme de teintes dans les gris, les noirs, les blancs, les parme et les pastel. Mais le noir ne m'évoque pas la tristesse: c'est au contraire une couleur très énergétique qui fait que les autres paraissent dans leur majesté. A côté du noir, le rouge a une telle amplitude! Je suis plus attaché au noir qu'au blanc. Le blanc me rend un peu mutique. Et si j'aime la feuille blanche, c'est parce que je vais la couvrir de noir, de signes et de couleurs. Elle est un tremplin. Par exemple, ce nouveau bureau où nous nous trouvons (ndlr: rue Monceau), avec ses murs blancs, j'ai envie qu'il soit plein, plein, plein d'images que j'ai achetées, de tableaux de photos. La vacuité du blanc me rend mal à l'aise.

- Lorsque vous mettez du noir dans vos collections, est-ce une manière de faire le deuil de votre enfance, de conjurer ces années-là?

- De les conjurer en les habitant, bien sûr... Je me rends compte en vous parlant, en regardant la moquette à pois de ce bureau, que les pois, c'était le degré maximum d'extravagance que pouvaient atteindre les femmes de ma famille! Elles étaient d'une élégance folle, chacune avec leur degré de sophistication ou de rusticité. Mais elle avaient cela en commun: le pois. Le pois blanc sur noir, ou sur marine. Pour moi, la notion d'élégance, quand j'étais enfant, c'était le pois sur un fond foncé. Plus tard, j'ai bien vu que ma mère était remplie de toutes les énergies d'après-guerre. Qu'elle avait ce désir de connaître des choses moins tragiques que la guerre et l'Occupation, et des envies de couleurs. Le rouge, c'est elle. Elle m'a fait aimer le rouge et m'a aussi inculqué le goût de l'imprimé. Je m'en suis aperçu quand j'ai retrouvé sa garde-robe de jeune fille. Le mariage et la maternité l'avaient un peu calmée, mais le jour où, dans un placard, j'ai retrouvé ses vêtements d'avant son mariage, j'ai découvert des robes imprimées avec des tableaux, des dessins représentant la Joconde ou un Rembrandt, des trucs à l'américaine, des motifs de chemises hawaïennes. Le rouge, c'était sa pilule du bonheur de tous les matins, qu'elle m'a fait infiniment partager. Le rouge, c'était peut-être son armure à elle. Il y avait toujours du rouge à la maison. Je vois une fille en rouge le matin, un géranium de l'autre côté de la rue, et cette vibration me donne confiance, plus que tout autre couleur.

- Qui d'autre a influencé vos goûts?

- Je rêvais de percer le secret de mon grand père. Il travaillait pour le PLM (Paris - Lyon - Méditerranée) qui est devenu la SNCF et ma grand-mère avait des épiceries. Cet homme, qui était né en 1893, n'avait jamais eu énormément d'argent, mais il ne supportait que les doublures de soie verte! Il allait chez les meilleurs tailleurs, même s'il ne pouvait pas les payer avant longtemps. Il avait fait peindre son vélo en or. C'était un type d'un baroque incroyable. Je pense qu'il me trouvait trop timide, trop renfermé, pas assez flamboyant.

- On dirait que vous avez puisé votre palette de couleurs dans le roman familial...

- Effectivement ce sont des personnages de caractère qui m'ont frappé par leur apparence.

Tous ces gens, j'aimerais les avoir avec moi aujourd'hui, parce que j'ai peut-être mis un peu plus de temps que la normale pour devenir adulte. Je le suis devenu le jour de la mort de ma mère en fait. J'ai perdu mon père assez jeune, je n'avais pas 30 ans, ma mère est morte en 1999. Il y avait chez tous ces gens cette culture de la vérité: «on est qui on est», «on ne ment pas», «on est droit». Ils m'ont donné une épine dorsale. J'aurais peut-être été beaucoup plus mou, plus lâche, plus indolent si je n'avais pas senti derrière moi le devoir d'être digne de ces gens-là. Et je me force à être bien, parce que peut-être que ça ne me gênerait pas tout à fait de ne pas l'être: je peux me contenter d'une vie de gitan un peu paresseux. Tout ce que je veux c'est perpétuer un petit peu de leur empreinte, y compris dans la mode. J'ai une religion un peu imprécise, je ne sais pas très bien où j'en suis, mais je ne peux pas accepter que ces gens aussi forts soient effacés de la surface.

- En puisant dans les réserves du Musée de la mode, pour réaliser l'exposition en cours, vous avez rappelé le passé à vous.

- Olivier Saillard a commencé à me parler d'une exposition Lacroix il y a cinq ans. Je pensais au départ que ça ne valait pas la peine, puis finalement cela devenait ridicule de toujours reculer. J'ai accepté, mais je ne voulais pas d'une rétrospective, avec uniquement des vêtements Lacroix: ça aurait été un peu comme un tombeau. J'ai trouvé que ce serait formidable de rendre hommage à tout ce qui avait pu m'inspirer, en puisant dans les archives du musée. Je ne suis pas un révolutionnaire de la coupe, je ne suis pas Balenciaga, je ne suis pas Courrèges, je ne suis pas quelqu'un qui cherche des matières nouvelles, une façon d'inventer le vêtement du XXIe siècle. Ce que j'essaye de faire, c'est de traduire, à la manière d'aujourd'hui, tous les raffinements, toutes les sophistications et les délicatesses des époques qui m'ont précédé. J'ai toujours eu comme fantasme de remonter le fil du temps, de retrouver le temps perdu. Enfant, je regardais des photos jusqu'à presque entrer dedans, pour essayer de capter le tissu, le détail, l'élégance. Et Olivier m'a donné l'opportunité de réaliser ce rêve. Je crois que je serais mort de bonheur et d'émotion, si on m'avait dit, quand j'avais 7-8-9-10 ans, qu'un jour, j'aurai accès à ces vêtements, alors que j'étais en train de traquer dans la moindre gravure, le moindre livre, des traces des costumes d'avant.

- Olivier Saillard explique que, pendant un an et demi, vous avez passé tous vos vendredis dans les réserves du musée. Avez-vous fait des découvertes inattendues?

- Par exemple, la pièce la plus ancienne que le musée possède, est une maille italienne de la fin du XVIe ou du début du XVIIe. Elle est incroyable! On dirait du Missoni. Elle est en parfait état, dans un vert qui est resté très vif, avec des fils d'or, très moderne. On pourrait la porter aujourd'hui. On a aussi consacré une vitrine à Mainbocher, un Américain qui travaillait à Paris et qu'on a un peu oublié. Il a fait des fourreaux entièrement brodés, complètement portables aujourd'hui, d'une fraîcheur étonnante, et qui n'ont jamais été montrés. J'ai découvert des tenues d'enfant aussi, de très jolies choses de chez Poiret, des accessoires... La règle du musée, c'est de ne montrer que ce qui est en bon état, or j'ai obtenu de montrer des choses dont le haut est peut-être abîmé, mais dont le bas est resté fastueux. Dans chaque vitrine, il y a une silhouette qui est le résultat d'un mixage, effectué avec la bénédiction du musée, par exemple entre un haut de Poiret porté avec une jupe que j'ai adoré créer en 2002. Jamais je n'ai eu l'impression d'être à ce point dans le cœur de ce que j'aime faire.

- Cette exposition c'est donc l'accomplissement d'un rêve d'enfant ?

- Oui, une sorte d'état de grâce. Il y a quelqu'un à remercier quand même, les dieux ou je ne sais qui, parce qu'il faut bien que quelqu'un ait tiré les ficelles pour transformer mes jeux d'enfant en mon activité d'adulte. Je m'amusais à découper des images, des dessins et je faisais des collages: je mettais une tête du XVIIIe sur un corps du XXe et avec un bas africain par exemple. Et dire qu'aujourd'hui, je le fais pour de vrai!

- On dirait que cela vous émerveille.

- Enfant, les notions de musée, de costume, de passé, d'histoire, de film, de théâtre, m'occupaient tout entier, comme une religion. Si Olivier m'a proposé cette exposition, c'est peut-être parce que, depuis cinquante ans j'ai provoqué ce moment. C'est plus qu'un rêve, plus qu'un hasard, une sorte de prière.

- Avez-vous le sentiment qu'il vous a manqué quelque chose pour exprimer pleinement votre propos sur l'histoire de la mode?

- Peut-être que s'il y avait eu un élément ethnique à mélanger au reste, j'aurais été complètement à l'aise. Dans le vêtement ethnique, il y a des formes qu'aucun designer d'aujourd'hui ne pourra jamais inventer. En Suisse, vous avez des choses effarantes! Des masques, des croix, des bijoux, des chapeaux, des broderies, des tenues incroyables! Plus particulièrement pour les hommes, d'ailleurs.

- ... Et à Arles vous avez le costume de l'Arlésienne.

- Quant j'étais enfant, ma grand-mère pouvait deviner de quel quartier de la ville d'Arles une femme était originaire, rien qu'à sa manière de porter la coiffe. Quand elle voyait une coiffe avec un ruban qui était un peu comme ci, ou comme ça, elle disait: «Ah! Ça c'est une Roquettière.» Elle voulait dire une dame du quartier de la Roquette, donc une pas sérieuse - c'était un quartier très populaire, avec des prostituées. Alors que c'est juste un ruban avec une épingle! Mais chacune avait quand même trouvé le moyen de le porter à sa manière : plus long, plus à gauche, plus à droite, plus en arrière,.. En 1990, j'étais invité dans le jury pour élire la reine d'Arles, une cérémonie qui se déroule tous les cinq ans. Rien à voir avec une miss! Elle doit savoir parler le provençal, connaître la culture locale, porter des costumes de famille très beaux, savoir monter à cheval, être élégante, etc. A la table, il y avait toutes ces filles sublimes de toutes les générations qui papotaient. Or à un moment donné, il y a eu des disputes énormes sur la matière de la robe, du ruban, et le fichu porté comme ci, et pas comme ça. On était quand même en pleine guerre de Yougoslavie! Et finalement, je me suis dit que c'était tant mieux si les gens se battaient parce qu'une dentelle était trois centimètres trop bas. C'est ce qui fait qu'on est vivant.

- On dirait que la vie a exaucé nombre de vos prières.

- Je pense souvent à un livre de Truman Capote, une histoire où il y a plus de larmes versées sur les prières exaucées que sur celles qui ne le sont pas. Quelles sont mes prières aujourd'hui? J'en ai, c'est sûr mais, est-ce que je les ai avec autant de fébrilité, d'intensité qu'un enfant peut prier? Je pense à des choses très banales comme désirer que tout redevienne comme on aimerait que ce soit...

- Avec vous, on a envie de réécrire «Je me souviens», de Georges Perec...

- Ce livre, c'est ma femme Françoise qui me l'a offert en 1973, lorsque je suis arrivé à Paris. Si je commence, on en a pour plusieurs jours! Toute ma vie, chaque minute, c'est «Je me souviens».

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