Portugal 

Les cigognes joyeuses de Faro

Réputée pour ses stations balnéaires bondées, l’Algarve protège le charme pittoresque de ses villages. L’une des destinations de golf les plus prisées en Europe se dévoile entre nature, patrimoine et gastronomie 

L’été, Anglais et Allemands font bronzette sur les plages prises d’assaut d’Albufeira. Dans cette station balnéaire située dans l’extrême sud du Portugal, la Guinness coule à flots et les enceintes des bars crachent de la techno jusqu’aux premiers rayons de soleil.

Il faut sortir des sentiers battus de ce royaume du divertissement, pour découvrir les secrets d’une Algarve bordée par l’océan. La végétation semi-tropicale permet la présence d’oliviers, d’orangeraies, de champs de figuiers et d’amandiers. L’arrière-pays regorge d’espaces sauvages, de terres fertiles où la faune et la flore sont protégées de ce tourisme de masse. Les adeptes de golf savoureront, quant à eux, la plénitude du silence avec des parcours ensoleillés tout au long de l’année et souvent créés à flanc de falaise.

En octobre, le Portugal Masters, l’un des meilleurs tournois du pays, accueillait l’élite des professionnels. «Il y a une volonté du gouvernement et des privés de réajuster les points forts de la région en ciblant un tourisme haut de gamme», précise Henri Giscard d'Estaing, le PDG du Club Med, venu inaugurer, pour sa part, la nouvelle conciergerie de golf du Village Da Balaia.

Miel ambré, corsé ou fruité

A seulement 10 kilomètres de Faro, la capitale de la province, voilà qu’on plante les freins dans un chemin escarpé pour céder le passage à un troupeau de chèvres. Du lecteur CD, la voix mélancolique de la reine du fado, Amalia Rodrigues, berce le paysage chahuté par une douce brise. Dans le ciel virevolte déjà le premier contingent d’oiseaux migrateurs.

Première halte à Loulé. La petite bourgade construite au sommet d’une colline est peuplée de maisons coiffées de cheminées. On déambule dans les ruelles et les places bordées d’arbres avant de pénétrer à l’intérieur du plus grand marché couvert de l’Algarve. Inspiré de la culture maure, il anime tous les samedis la région entière. «On cultive tout dans nos montagnes! Des kiwis, des patates douces et même des mangues», lâche un paysan, son verre de blanc à la main. Le vin local fleure bon l’air des vents marins qui ont bercé les grappes. On apprend que l’Adega do Cantor, le vignoble du chanteur Cliff Richards, 
a attiré l’attention des médias sur la qualité du cépage de l’Algarve avec son premier cru, Vida Nova.

Parmi les agriculteurs, des expatriés originaires du nord de l’Europe ou de l’Angleterre se sont pris au jeu du verger et vendent fièrement leur confiture maison. «La moyenne d’âge dans le marché oscille autour des 70 ans. Les retraités travaillent encore leur terre et vendent ici leurs produits. Une manière de rester actif et d’arrondir les fins de mois», raconte Diana Nunes. Cette trentenaire lisboète sillonne l’Algarve comme guide et repéreur pour des tournages de film depuis dix ans.

Alcool d'arbouse

On ramènera dans sa besace du miel ambré, corsé ou fruité, des biscuits de patates douces aromatisés à l’orange, aux figues ou aux amandes. Le liège, spécialité de la région, se décline en meuble, sous-plat ou porte-clés. Avant de quitter la montagne, il faut finir cul sec son verre de Medronho généreusement servi. La fabrication des 50 degrés de ce spiritueux se transmet de génération en génération. On raconte que pour éviter que les femmes piquent du nez après leur premier verre, les maris ont agrémenté l’eau-de-vie de miel, de cannelle et de citron. «Cette nouvelle liqueur à 30degrés leur permet de reprendre la cueillette des arbouses rouges nécessaire à la fabrication du Medronho, au lieu de faire la sieste», s’amuse Diana.

Hauts-lieux ornithologiques

Au milieu d’un rond-point, au cœur de Faro, des cigognes nichent sans vergogne sur un lampadaire. «Elles sont nos amies. Elles se promènent et s’approprient même le clocher de la porte d’entrée de la ville», poursuit la guide. L’atmosphère de Faro a gardé ce parfum d’une époque révolue qui flotte sur le bord de mer ou dans les ruelles piétonnes et pavées du centre médiéval entouré de remparts. Des bougainvilliers et des citronniers agrémentent la ballade. Une grand-mère curieuse pointe son nez sur le balcon en fer forgé de sa maison coloniale. Certaines façades blanchies à la chaux sont parfois décorées d’azulejos, ces carreaux de faïence hérités de la présence musulmane.

Au sommet de la cathédrale Sé, la vue à 360 degrés dévoile le parc naturel de la Ria Formosa qui s’étend à perte de vue. Ce labyrinthe de canaux, d’îles, de marécages et de bancs de sable, qui s’étend sur 60 kilomètres du littoral de l’Algarve, sert d’habitat aux oiseaux migrateurs.

Cette plaque tournante devient un haut lieu d’observation pour les ornithologues. Les 280 espèces se laissent reluquer avant de rejoindre les côtes africaines. Tôt le matin, alors que la marée est encore basse, la barque glisse silencieusement, on découvre derrière ses jumelles des barges à queue noire, des flamants roses, des spatules blanches, des hérons pourprés. Le batelier Fernando Graça farfouille les noms parmi les pages de son encyclopédie écornée: «Voilà une pie bleue ibérique! On peut aussi croiser des crabes violonistes ou des hippocampes. La terre est si fertile en salicorne que les meilleurs cuisiniers du pays viennent ici se servir.» L’extrémité de la lagune touche la frontière espagnole.

Sur l’île de Culatra, une communauté de deux mille pêcheurs vit encore de manière autonome. «Ils possèdent une épicerie, une école et même leur propre équipe de foot», rajoute le skipper. Sur le chemin du retour, un ramasseur de mollusques s’est fait piéger par la marée et rentre à 
la nage en direction du port de plaisance. C’est au bout de celui-ci que les habitués se retrouvent le midi au restaurant Faro e Benfica pour y déguster la meilleure cataplana de la région: une bouillabaisse de poissons et fruits de mer servie avec des pommes de terre, du safran, du laurier et de la coriandre.


Y aller

Des vols directs sont desservis par easyJet au départ de Genève de mars à novembre à raison de deux à trois fois par semaine et ce dès 43 CHF l’aller simple. www.easyjet.com

Y dormir

Le Village 4 Tridents Club Med Da Balaia vient d’être rénové. Il propose une piscine zen réservée aux adultes ainsi qu’un espace relaxation avec les soins Cinq Mondes. www.clubmed.ch

Y manger

Faro e Benfica: avec sa vue sur la mer et le port, ce restaurant typique sert depuis une vingtaine d’années des poissons et crustacés issus de la pêche du jour. Sa cataplana aux langoustes et palourdes en fait l’adresse préférée des locaux.

Tertulia Algarvia, ouvert en 2013, la jeune équipe d’amis revisite les plats traditionnels. Des cours de cuisine précédés d’un tour guidé au marché se déclinent sur demande. Entre le patio et la terrasse, leur boutique propose aussi des produits du cru. www.tertulia-algarvia.pt

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