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Le cirque de Pierre Keller

Pierre Keller n’est pas un Vaudois comme les autres. L’ancien directeur de l’ECAL devenu président de l’Office des vins vaudois possède une personnalité qui détonne avec la retenue légendaire de ses compatriotes. Créatif, exubérant, il adore occuper le devant de la scène. Mais chut, ne le lui répétez pas: il risquerait de piquer une de ses colères légendaires. Lors d’un voyage au Japon avec des vignerons vaudois, l’écho d’une prise de bec avec l’ambassadeur de Suisse avait résonné jusqu’aux contreforts du mont Fuji.

«Le négrier de Saint-Saph’», comme l’appelle avec ironie mon ami sommelier Jérôme Aké Béda, a parfois été critiqué pour avoir orienté la promotion des vins vaudois sur l’étranger, l’Asie en particulier, où il possède un large réseau. Une stratégie innovante. Aujourd’hui anecdotique, l’exportation de nos crus dans le vaste monde constitue la meilleure publicité sur le marché intérieur.

Du coup, Pierre Keller a un peu délaissé la Suisse alémanique, terra incognita qu’il a laissée à son directeur, Nicolas Joss. Il a attendu de trouver un filon original pour s’aventurer outre-Sarine. Pour sortir des sentiers battus et «faire le clown à l’occasion», comme il l’a écrit dans une chronique pour Le Matin Dimanche, il a signé un partenariat avec le cirque Knie. Un joli coup doublé d’un slogan efficace qui devrait faire mouche lors des 200 représentations données par le cirque national en Suisse alémanique: «Mir gö i d’Knie vorem Waadtländer Wii!» («Je me prosterne devant les vins vaudois!»)

C’est la première fois que le Knie associe son image à celle d’un office de promotion vitivinicole. Pourtant, marier le cirque et le vin est une idée ancienne. A Pompéi, l’amphithéâtre qui accueillait les jeux du cirque et les combats de gladiateurs était entouré de jardins et de vignobles. Lors des vendanges, la vinification était réalisée sur place, comme en atteste la présence de pressoirs et d’amphores enterrées utilisées pour ­stocker le précieux nectar. Il était ainsi possible de vendre en tout temps du vin «maison» aux 20 000 spectateurs du grand stade.

Comme l’empereur Titus, Pierre Keller a commis une erreur, une seule. Il n’a pas obtenu l’exclusivité pour les vins vaudois qu’il chérit tant. Les spectateurs de la tournée «Phénoménal» pourront également déguster des crus valaisans, une offre proposée de longue date par la famille Knie. Avec un slogan tout trouvé pour la promotion des vins du Vieux-Pays: «Bienvenue autour de la piste aux (treize) étoiles.»